Si les masques sont emblématiques du carnaval de Venise, et l’exécution du roi carnaval marque le carnaval de Granville, dans le nord de la région Hauts-de-France ce sont d’autres traditions qui animent les carnavals : des rigodons aux cortèges de géants, de nombreuses pratiques participent à la spécificité des carnavals flamands.
Des festivités marquées et remarquées
La Flandre maritime, terre de carnaval
Historiquement associé à la fin du Carême puis à la période de mardi gras sur plusieurs semaines, ou propre aux festivités de l’été sur quelques jours, chaque carnaval est unique à sa ville. Cependant, certains codes se retrouvent d'un carnaval à l'autre, en particulier dans la Flandre maritime, sous l'influence du carnaval de Dunkerque : les différentes bandes défilent sous le son des tambours et des fifres, avec un rigodon final. De cette particularité vient l'expression « est-ce que t'as pas vu la bande ? », parole de l'un des chants entonnés en chœur pendant les festivités, auquel il convient de répondre « elle est chez Stanche ».
Le spectacle ne vient alors pas tant d'une parade que des « carnavaleux » eux-mêmes. La période de mardi gras compte près d'une trentaine de bandes, c'est-à-dire de communes faisant carnaval, de Bray-Dunes à Esquelbecq ou encore Leffrinckoucke.
Le vocabulaire des carnavals en Flandre maritime
Bande - la bande désigne le défilé des personnes costumés qui se réunissent pour faire carnaval dans la rue.
Beste cle'teche - C'est l'expression dunkerquoise pour désigner son plus beau costume.
Carnavaleux - Participant ou participante au carnaval, l'expression est surtout utilisée pour les carnavals du nord de la France et de la Belgique.
Chahut - Les participants avancent en ligne, bras-dessus et bras-dessous, poussant les rangées de devant : au signal du tambour-major, les premières lignes se bloquent et retiennent les lignes de derrière qui poussent.
Rigodon - À la fin de la journée, les participants tournent autour d'un kiosque dans un dernier chahut.
Tambour-majors - Habillés en gardes impériaux, ils ouvrent le défilé et agissent en chefs d'orchestre des tambours et fifres qui les suivent. Ils sont une figure hautement respectée du carnaval, et veillent à son bon déroulé.
Un patrimoine représentatif
Depuis juin 2025, le site du ministère de la Culture propose la plateforme « Vivre le patrimoine culturel immatériel », dédiée à la valorisation des pratiques culturelles vivantes en France : rituels, événements festifs, pratiques sociales, savoir-faire artisanaux. L'importance des carnavals en Hauts-de-France y est remarquée, en particulier dans le Nord et le Pas-de-Calais, avec l'inscription à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel des carnavals de Lesquin, de Cassel, de Wormhout, ou encore du carnaval international d’été de Steenvoorde.
Les géants au rendez-vous
Autre tradition des carnavals du Nord et du Pas-de-Calais : les géants. Pas moins de cinq cents géants animent les fêtes locales du nord des Hauts-de-France, y compris lors de certains carnavals : parfois, ils se mêlent aux « carnavaleux », comme à Wormhout ou Godewaersvelde. Ils constituent un emblème fort de leurs cités, avec chacun leurs généalogies et leurs histoires. Appelés le Reuze à Dunkerque ou Gayant à Douai, la légende les considère comme les fondateurs de Lille avec Lydéric et Phinaert.
Conçus pour être portés par une à plusieurs personnes (chaque géant mesure plusieurs mètres de hauteurs et pèse des dizaines de kilos), leur structure est le plus souvent en osier : une technique spécifique à la région, témoin d’un savoir-faire pluriséculaire. Depuis 2005, de nombreux géants font ainsi partie de la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’Unesco, au titre des « Géants et dragons processionnels de Belgique et de France ». Certains autres sont même protégés et classés au titre des Monuments historiques : c'est le cas du Reuze Papa de Cassel, fabriqué il y a plus d’un siècle.
Joueurs et rassembleurs, les géants ne sont pas que des emblèmes mais des véritables acteurs de la vie locale.
Jusqu'au 2 mars 2026, le Palais des Beaux-Arts de Lille (Nord) propose une "Petite histoire de géants : la légende de Lydéric et Phinaert", retraçant dans son exposition l'histoire des géants dans la région, de leur origine jusqu'à leur rôle en passant par leur conception.
« Le carnaval ça s’apprend, sois pas trop pressé d’être devant »
Le carnaval est avant tout une affaire de transmission, au-delà même des déguisements qui remontent parfois à plusieurs générations. Le carnaval des enfants, présent dans la plupart des communes participant aux festivités, assure la transmission le plus tôt possible des codes propres à l'événement. Les plus jeunes défilent alors dans leur propre bande ou bal des enfants, parfois reprenant les mêmes musiques et les mêmes rues qu’emprunteront les adultes.
Car si le carnaval est ouvert à tous, et que sa pratique est avant tout organique, il participe de certaines règles qui assurent son bon déroulé (notamment lors du rigodon) afin d’éviter aux nouveaux participants de se blesser. Les carnavals font face à de nouveaux défis qui nécessitent de conjuguer liberté de fêter et sécurité des participants.
En 2025, la ville de Dunkerque a alors pris l’initiative de créer un groupe de travail rassemblant notamment tambours-majors, historiens et agents de la ville pour étudier la transmission des valeurs et des traditions du carnaval, rappelant que « le carnaval ça s’apprend, sois pas trop pressé d’être devant ».
Enfin, la création des géants dans la tradition est devenue une tâche plus complexe qu'auparavant. Les fiches de l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel recensant les géants du nord indiquent que « la qualité et la variété des osiers ne sont plus les mêmes qu'il y a une trentaine d'années, il y a des difficultés d'approvisionnement pour trouver des osiers de forte section et de grande longueur produits dans la région, convenant bien à la réalisation des structures de géants ». Pareillement, les évolutions urbaines peuvent rendre difficile voire incongrus certains cortèges.
La valorisation et le recensement de ce patrimoine culturel immatériel permet ainsi de s'assurer de sa sauvegarde, de notifier ses caractéristiques, mais aussi et surtout de continuer à le faire vivre.
Parmi une petite sélection des carnavals à venir :
Carnaval de Cassel : mardi 17 février et lundi 6 avril
Bande de Dunkerque : dimanche 15 février
Bande de Grand-Fort-Philippe : mardi 17 février
Carnaval de Bailleul : du vendredi 13 au mardi 17 février
Bande de Malo-les-Bains : dimanche 22 février
Bande de Wormhout : dimanche 1er mars
Carnaval de Lesquin : jeudi 5 mars
Bande de Leffrinckoucke : samedi 7 mars
Bande de Gravelines : samedi 21 mars
Carnaval de Croix : mercredi 25 mars
Bande des enfants d'Esquelbecq : samedi 28 mars
Carnaval de Steenvoorde : samedi 25 et dimanche 26 avril
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