Au cours de la nuit du 12 au 13 janvier 2017, la tempête Egon frappe la cathédrale Saint-Gervais Saint-Protais (Soissons, Aisne) et détruit sa rose occidentale. L’écrasement de celle-ci sur l’orgue situé en contrebas rend l’instrument inutilisable.
Après un premier démontage partiel de l’orgue au lendemain de la tempête pour le sécuriser dans l’immédiat, l’ensemble de l’instrument est désormais en cours de démontage, avant de connaître une importante restauration dans les deux ateliers de facture d’orgue retenus.
Restaurer et moderniser l’instrument pour redonner une voix à la cathédrale
L’essentiel des dégâts observés sur l’orgue touche la mécanique de l’orgue, son buffet, ses boîtes expressives, et surtout, ses tuyaux. Sur plus de 4900 tuyaux qui composent l’orgue, près d’un quart sont aujourd’hui endommagés et près de 10 % d’entre eux nécessitent de lourdes réparations, voire une reconstruction. Après un démontage minutieux, tous les éléments de l’orgue commenceront dès novembre leur voyage vers les ateliers de la manufacture d’orgues Thomas (Luxembourg) et de l’atelier des Orgues Quoirin (Vaucluse).
Deux tranches de travaux sont prévues, d’une durée de 18 mois chacune. Elles portent notamment sur :
- la restauration de la tuyauterie ;
- la rationalisation de l’alimentation en vent, pour se rapprocher de sa conception initiale ;
- la restauration complète de la mécanique des notes.
Au-delà de la remise en état fonctionnel de l’orgue, plusieurs améliorations techniques sont prévues à l’occasion de ce chantier dont :
- la redisposition des grands tuyaux dans la largeur ;
- l’avancement du buffet.
Ces interventions ont pour objectif d’améliorer la diffusion sonore de l’instrument dans la nef, et d’ouvrir plus largement la vue sur la rose occidentale.
Le grand orgue de la cathédrale de Soissons, une histoire mouvementée, un symbole de résilience
Au cours des bombardements de la Première Guerre mondiale, l’orgue de la cathédrale Saint-Gervais Saint-Protais est entièrement détruit. Un nouvel orgue ne sera construit qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, par le facteur d’orgue Victor Gonzalez, qui signe ici, en 1956, sa dernière œuvre.
Cet orgue est un témoignage important de l’esthétique néo-classique française ayant séduit les organistes et compositeurs du XXe siècle, et représente l’aboutissement de la carrière de Victor Gonzalez.
La restauration qui débute, en lui rendant toutes ses qualités musicales, redonne un avenir à cet instrument.
La DRAC Hauts-de-France, par l’intermédiaire de son service de la conservation régionale des monuments historiques (CRMH), intervient sur ce chantier en tant que maître d’ouvrage. La maîtrise d’œuvre a été confiée à l’agence Brottier, également mobilisée sur la restauration de l’orgue de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens. Le montant des deux tranches de travaux s’élève à 1 830 000 euros, financé par le ministère de la Culture et complété par les nombreux dons recueillis depuis 2024.
Une restauration financée par l’État, accompagnée par les citoyens
Depuis novembre 2024, la DRAC Hauts-de-France, l’association des Amis de la cathédrale de Soissons, l’association des Amis des orgues de Soissons et la Fondation du patrimoine sont associés dans le cadre d’une campagne de collecte de dons, ouvrant au grand public la possibilité d’une participation au financement de cette restauration.
Portée par la remarquable mobilisation de ces associations et de la délégation régionale de la Fondation du patrimoine, cette collecte a fédéré en quelques années un véritable enthousiasme en portant à plus de 280 000€ les dons récoltés, sur les 300 000€ souhaités d’ici 2029.
Cette convention de partenariat multipartite, inédite, est unique en région Hauts-de-France, et continue de faire vivre la collecte de don qui se poursuit. Elle illustre une démarche collective de sauvegarde du patrimoine, et démontre combien la collaboration récurrente et essentielle entre acteurs publics, associations de sauvegarde, et citoyens peut contribuer à la préservation du patrimoine commun.
Partager la page

