Si le milieu hospitalier n’est pas toujours instinctivement associé au monde culturel, le CHU de Lille est pourtant propriétaire de la deuxième plus importante collection publique d’œuvres d’art de la ville, dont de nombreuses ont été protégées au titre des monuments historiques entre 1897 et les années 1980 : tableaux, sculptures, et même matériel médical, soit près de 300 œuvres disséminées dont le récolement est aujourd’hui entrepris.
Un important travail d’inventaire
Depuis les années 1990, plusieurs des œuvres appartenant au centre hospitalier sont conservées au Palais des Beaux-Arts de Lille, voire exposées au sein du musée de l’Hospice Comtesse ou encore dans les espaces communs de l’Hospice Gantois, toujours propriété du CHU. Cependant, à la suite des déménagements et des réinvestissements successifs des différentes annexes du CHU de Lille dans l’agglomération (notamment de l’Hospice général de Lille, et de l’hôpital de la Charité) de nombreuses œuvres ont été dispersées, tandis que d’autres sont actuellement conservées dans des espaces inoccupés de l’établissement.
Dans un effort conjoint entre le CHU de Lille et la DRAC Hauts-de-France par l’intermédiaire de sa Conservation régionale des monuments historiques (CRMH), un projet d’inventaire de l’ensemble de ces œuvres a ainsi été lancé, afin de procéder à son récolement : à savoir la vérification sur pièce et sur place de la présence des œuvres déposées, permettant d’identifier l’état ainsi que le lieu de chacune d’entre elles.
C’est dans ce cadre que plusieurs étudiantes de l’Institut national du patrimoine de Paris, spécialisées en conservation et restauration, ainsi que des étudiantes de l’école du Louvre, spécialisées en régie des œuvres, ont été invitées à procéder à l’inventaire et au reconditionnement des œuvres entreposées, étape essentielle dans le cadre du récolement plus général.
Identifier et procéder aux premiers secours sur les œuvres
Les étudiantes se sont ainsi mobilisées le temps d’une semaine : déballage des œuvres, numérotation, soins de « premier secours » aux œuvres, identification. Le but : retrouver les œuvres inscrites ou classées au titre des monuments historiques, voire proposer à l’inscription certaines œuvres passées sous les radars.
Le chantier est important, et délicat. En effet, les conditions d’entrepôt ne permettaient pas jusqu’alors la bonne conservation des œuvres. Par ailleurs, nombre d’entre elles n’ont jamais quitté leur emballage de déménagement, remontant parfois aux années 1990. Les papiers bulles et autres plastiques utilisés tombent alors en lambeaux, abîmant les œuvres dans le processus et imposant le déballage de chacune d’entre elles afin d’enrayer les dégradations.
Certains tableaux portent des marques de nettoyage hâtif, d’autres les conséquences de précédentes restaurations vieillissant mal ou présentant des traces de moisissures, de salpêtre ou encore de poussière de suie. Les étudiantes procèdent alors à des restaurations limitées mais minutieuses pour éviter que la dégradation ne s’aggrave. Enfin, une fois ce travail d’identification et de restauration de sécurité effectués, les œuvres seront transportées dans un espace aménagé spécifiquement en réserve afin de respecter les conditions de conservation préventive, et permettre à ce patrimoine de perdurer.
Un patrimoine médical désormais reconnu
Le patrimoine du CHU ne se limite pas aux œuvres d’art dont il est propriétaire. En parallèle de ces collections publiques, ce sont au total 24 objets et matériels médicaux qui ont fait l’objet d’une reconnaissance patrimoniale en 2025, en étant désormais protégés au titre des monuments historique (section mobilier). Cet échantillon de matériel, conservé et recueilli avec soin par l’Association du musée hospitalier régional de Lille puis soumis à la protection par la Conservation régionale des monuments historiques des Hauts-de-France, retrace l’évolution des techniques scientifiques et médicales. Cette collection témoigne également de l’attention portée par une société aux soins du corps et de la recherche constante d’amélioration des conditions de vie des patients.
Parmi cet échantillon dont une partie seulement est exposée au sein de l’institut Cœur Poumon, se trouve notamment un poumon d’acier des années 1950, utilisé pour les victimes de la poliomyélite. Autre exemple avec plusieurs modèles de couveuses datant des années 1930 aux années 1970 et qui constituent une première patrimonialisation à échelle nationale. Enfin, l’une des pièces les plus imposantes reste un modèle de polytome, tomographe universel, plus simplement ancêtre du scanner, unique en France et dont le deuxième modèle encore existant au monde se trouve en Belgique. S’il existe des ensembles similaires en France, ils sont rarement documentés et témoignent d’une reconnaissance progressive du fragile patrimoine hospitalier en tant que composante de notre héritage culturel et sociétal.
Une patrimonialisation dans le cadre de la mission PATSTEC avec l’université de Lille
La démarche entreprise par la DRAC Hauts-de-France et l’association du musée hospitalier régional de Lille rentrent dans le cadre de la mission de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain (PATSTEC), initiée par le Conservation national des arts et métiers, en soutien avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche.
Cette démarche s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large, menée à échelle nationale, sur la place et la reconnaissance de la culture scientifique comme partie intégrante Du patrimoine national.
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