Discours de Madame Catherine Pégard,
Ministre de la Culture
Réunion des directions régionales des affaires culturelles
Paris, ministère de la Culture
Mardi 24 mars 2026
Seul le prononcé fait foi
Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs régionaux des affaires culturelles,
Madame et Messieurs la directrice et les directeurs des affaires culturelles de La Réunion, Martinique, Guadeloupe et Mayotte,
Madame la Directrice Générale de la Cohésion et des Populations de Guyane,
Madame la Directrice de la culture, de la jeunesse et des sports de Guyane,
Madame et Messieurs les chefs de missions aux affaires culturelles de Polynésie, Nouvelle Calédonie et St Pierre et Miquelon,
Je suis très heureuse de vous rencontrer aujourd’hui, vous qui incarnez la politique culturelle de la France précisément partout en France, dans nos territoires.
Je sais que je vous rejoins dans des temps particulièrement incertains si l’on considère le monde qui nous entoure et la situation de notre pays.
Je sais votre engagement et votre volonté de défendre ce qui fait encore l’admiration de tous ceux qui découvrent l’offre culturelle de notre pays.
J’irai au plus vite à votre rencontre, à celle de vos équipes, sur le terrain, pour partager vos réussites et vos difficultés. Mais dès aujourd’hui, je souhaitais vous écouter, entendre de vous les incompréhensions auxquelles vous vous heurtez, les appréhensions qui peuvent être les vôtres voire vos critiques.
Trop souvent encore, on oppose Paris et les territoires. Trop souvent encore, on parle de nos grandes institutions sans mettre suffisamment en lumière ce qui fait le tissu culturel de notre pays. La politique culturelle ne se décrète pas depuis Paris. Il suffit d’avoir eu comme moi, la chance d’aller un peu partout pour savoir que la créativité, l’inventivité se trouvent bien souvent là où l’on ne l’attend pas. Vous y êtes pour beaucoup par les expérimentations que vous testez, les partenariats que vous nouez, les politiques que vous bâtissez avec vos équipes sur le terrain pour garantir l’accès à la culture pour tous, avec des réponses adaptées à des lieux qui sont tous originaux.
Sur ce point, je veux être très claire : l’accès à la culture dans les territoires ne peut pas être une politique venue d’en haut. Elle doit être construite avec vous, en tenant compte des réalités locales, et en lien constant avec les acteurs politiques des territoires : les maires, les conseils départementaux, les conseils régionaux, mais aussi les parlementaires.
Et j’ajouterai avec les acteurs économiques qui par leur mécénat notamment peuvent soutenir nos projets.
Dans le contexte politique que nous connaissons, il faut plus que jamais mobiliser tous les efforts pour développer, accompagner et soutenir la culture partout. C’est un enjeu profondément démocratique.
C’est aussi une obligation impérieuse dans un contexte budgétaire particulièrement contraint, mais aussi dans une période de profondes transformations que nous ne maîtrisons pas toujours à l’image de l’omni présence des réseaux sociaux ou bientôt, de l’intelligence artificielle. C’est cette double incertitude sur notre modèle, l’une que j’espère conjoncturelle et l’autre structurelle qui nourrit le scepticisme et les angoisses.
Je sais les arbitrages que vous devez rendre, les tensions que vous devez gérer, les attentes auxquelles vous devez répondre avec des moyens parfois limités.
*
Pour donner tout son sens à cette action, nous devons donc nous appuyer sur des priorités claires, sur des choix assumés et sur des politiques concrètes. Je n’en prendrai rapidement que quelques exemples. Je pense au Pass Culture, qui permet aujourd’hui à des millions de jeunes d’accéder à une offre culturelle diversifiée sur l’ensemble du territoire. Ce n’est pas au moment où les jeunes citent le Pass culture comme le premier dispositif fait pour eux – devant Erasmus - qu’il faudrait l’amputer voire le dénaturer. Au contraire, il faut étudier la façon de lui donner une visibilité plus grande.
Je pense également à l’éducation artistique et culturelle, que nous devons continuer à renforcer pour garantir à chaque jeune un véritable parcours culturel.
Mais bien plus qui doit être notre premier combat contre les excès des écrans.
Comme vous le savez, le Président de la République a souhaité que s’affirment des alternatives à l’intérêt parfois addictif des jeunes pour les réseaux sociaux. La culture peut et j’oserai dire doit en être l’antidote.
Il y partout en France des initiatives magnifiques qui sont prises dans le domaine de la lecture ou dans les expériences de visite des musées, dans les rencontres avec les artistes comme avec les artisans. Je voudrais que les idées les plus efficaces puissent être recensées par vous et viennent illustrer notre propos dans les semaines à venir.
Je pense aussi au soutien à la création, qui repose sur un réseau d’établissements et d’acteurs que vous accompagnez au quotidien, dans un contexte là-encore complexe, d’inflation, de recul du soutien des collectivités locales, et de baisse de nos budgets.
Il convient de pouvoir préserver les artistes et les structures labellisées, du spectacle vivant aux arts visuels, pour maintenir la vitalité de l’émergence artistique à l’échelle nationale. Je sais combien cette tâche est à la fois exigeante parfois épuisante mais essentielle. Comme elle l’est pour défendre la préservation et la valorisation du patrimoine, qui constituent un pilier de notre histoire commune et un levier de développement pour les territoires. Le patrimoine n’est pas seulement un héritage : il est une ressource pour les territoires, un facteur d’attractivité, un repère aussi dans un monde changeant. Sa protection est une responsabilité régalienne de l’Etat, que vous incarnez sur le terrain.
C’est ainsi une vision d’ensemble que nous devons porter. D’abord, une vision transversale des politiques culturelles. Les différents champs — création, patrimoine, industries culturelles — ne s’opposent pas : ils se complètent et se renforcent. La création, c’est un truisme, c’est le patrimoine de demain. Nous devons en fait être présents sur tous les fronts.
*
Vous êtes au cœur de cette ambition. Par votre engagement, par votre capacité à articuler vision stratégique et action concrète, par votre connaissance fine des territoires, vous êtes les acteurs décisifs de la réussite de notre politique culturelle. Je me battrai pour que vous en ayez les moyens.
Mais je ne veux pas aujourd’hui entrer plus avant dans mon analyse des défis que nous devrons relever ensemble dans un temps qui peut nous sembler compter – quelques 385 jours – mais dont la brièveté précisément nous oblige. Je ne suis pas là pour dessiner un bilan mais pour contribuer à ouvrir un avenir.
Nous n’allons pas multiplier les grands soirs mais je crois qu’il nous faut savoir valoriser les talents et les succès qui créent pour l’ensemble d’un territoire, une dynamique, identifier les points faibles qui laissent certains quartiers, certaines zones rurales en marge de la vie culturelle, évaluer lucidement nos choix, reconnaître nos échecs aussi. Et puis surtout faire des artistes, des écrivains, des musiciens nos ambassadeurs auprès du public, de tous les publics de plus en plus désireux de vivre des « expériences » qu’ils découvrent d’ailleurs un spectacle ou qu’ils visitent un lieu patrimonial.
J’ai appris pendant les années que j’ai passées au Château de Versailles qu’il fallait chaque jour ouvrir davantage les lieux, les événements d’abord avec ceux qui les font vivre aujourd’hui.
Et avec vous, c’est pour cela que je voulais vous entendre ce matin pour pouvoir porter ensuite une parole juste. Merci.