- Seul le prononcé fait foi -
Chers élus,
Madame la Présidente, chère Dominique de Font-Réaulx,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Il y a, peut-être, dans ce jardin du Palais-Royal, en cette fin d'été où la lumière inonde le salon des Maréchaux, quelque chose qui parle d’abord à ceux qui ont fait de la lumière elle-même leur matière de travail.
Et c’est ici, aujourd'hui, que nous ouvrons le Bicentenaire de la Photographie : treize mois qui, jusqu’au 30 septembre 2027, vont conduire notre pays et le monde à célébrer une invention française qui a changé notre rapport au réel, à la mémoire et à la vérité.
Cette journée est l'aboutissement d'un projet voulu il y a deux ans par le ministère de la Culture, porté avec une inventivité que je veux saluer par vous, chère Dominique de Font-Réaulx, et l'ensemble du comité scientifique dont le travail a permis d’élaborer le récit que nous nous apprêtons à partager.
Je tiens également à remercier toutes les équipes du ministère, très nombreuses, qui ont rendu cette ambition possible ainsi que les directions régionales des Affaires culturelles et leurs établissements, dans toute la France.
Cette manifestation bénéficie aussi de l'appui précieux des ministères de l'Éducation nationale, de l'Agriculture, et des collectivités territoriales, ainsi que de nombreux partenaires du ministère, à qui je veux dire ma gratitude.
*
* *
L'intérêt que suscite cette manifestation n’est que l’éclat de la place que notre pays accorde à la photographie.
L'ambition de ce bicentenaire est simple à énoncer mais considérable dans sa réalisation : célébrer l'invention de la photographie, témoigner de ce qu'elle est devenue dans des champs aussi différents que la culture, l’éducation, la science, l’information et ouvrir son avenir.
Permettez-moi d’abord de dire la fierté qui nous rassemble aujourd’hui. Une fierté nationale que le temps finit par gommer.
C'est en France, à Chalon-sur-Saône, depuis la fenêtre de sa maison, que Nicéphore Niépce réalise entre 1826 et 1827 la première photographie de l'histoire. Moins de 10 ans plus tard, en 1835, Louis Daguerre met au point le daguerréotype. Puis, en 1839, son invention est présentée à l'Académie des sciences par François Arago, physicien devenu homme d'État, qui milite pour que le gouvernement français achète le brevet de Daguerre.
C’est une décision qui nous engage encore : un artiste, un homme politique et un gouvernement ont décelé une innovation technologique et l’ont offerte au monde.
Ce geste est fondateur. La Nation a choisi de ne pas breveter l'invention, mais de la donner à l'humanité. C’est un acte technique autant que politique, qui dit quelque chose de profond sur l'idée française du progrès : le savoir est un bien universel et la connaissance un partage. Nous pouvons en être fiers, en effet.
Car la photographie a transformé notre rapport au monde, à la réalité, à la preuve, à la mémoire. Elle a inventé une forme de vérité inédite — l'image-document — qui structurera tout le siècle suivant : le photojournalisme, la carte postale, l'album de famille, la radiologie, l'astronomie photographique. Sans la photographie française, pas de cinéma ; pas de publicité moderne ; pas d'imagerie médicale. Fêter cet anniversaire, rappeler ce grand début, c'est restituer à la France cette paternité.
*
* *
Notre fierté ne s'arrête pas à l'invention : elle se prolonge dans ses déclinaisons qui aujourd’hui semblent encore infinies.
Car après avoir inventé une technique, la France n'a cessé d'en réinventer les usages : un art, un instrument de justice, un outil scientifique, des intérêts communs…
Le photojournalisme naît en France avec l'agence Magnum, fondée en 1947 par Henri Cartier-Bresson, l'inventeur de l'instant décisif, Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger. C’est une coopérative qui affirme l'indépendance éditoriale des photographes et leur propriété sur leurs images.
Ce modèle, fondé sur la dignité du créateur et la juste rémunération de la création, est une idée bien française, devenue un principe dont je redis qu’il est intangible, singulièrement face au progrès et au développement de l’intelligence artificielle générative.
C’est aussi dans l’hexagone que nait la photographie scientifique et médicale : Jules Janssen invente la chronophotographie en 1874, préfigurant directement le cinéma et Étienne-Jules Marey décompose le mouvement en images séquentielles, fondant ainsi la biomécanique visuelle. Ces usages ont, en profondeur, transformé la médecine, l'astronomie, la biologie.
Cet anniversaire est celui d’une généalogie, avec ses extraordinaires ramifications, autant qu’une invention ; une invention du passé qui se décline, se réinvente depuis 200 ans.
*
* *
La fierté que nous pouvons ressentir aujourd’hui, c’est aussi celle de constater combien ce bicentenaire rayonne bien au-delà de nos frontières. Treize mois de programmation, plus de mille projets labellisés dans toutes les régions, dans nos départements et régions d'outre-mer, et dans quarante pays, sur tous les continents.
Je pense à la mobilisation particulièrement forte du Royaume-Uni, de la Hongrie, mais aussi de la Chine et du Brésil, rendue possible grâce à notre réseau diplomatique et à l'Institut français.
Je pense également aux projets structurants portés avec les réseaux professionnels Diagonal et Lux. Ce rayonnement mondial qu’auraient applaudi les inventeurs de la photographie est le signe le plus éclatant que notre culture continue de porter une part de ce qui fait la France.
Cette ambition, nous avons souhaité qu'elle touche les publics les plus larges. C'est le sens de l'initiative « Grand Angle », que le ministère de la Culture porte avec le Grand Palais Rmn et la Médiathèque du patrimoine et de la photographie : des expositions conçues à partir de nos collections publiques, proposées aux collectivités territoriales partout en France.
Aussi, Mesdames et Messieurs les élus, je vous invite à vous en saisir, à accueillir une exposition sur votre territoire, à participer à cette grande manifestation. Je remercie chaleureusement Nikos Aliagas d’avoir bien voulu en être le parrain.
A côté de nous, dans les jardins du Palais-Royal, vous découvrirez une sélection de photographies issues des collections de la Médiathèque du patrimoine et de la Photographie, consacrées aux studios Nadar, Harcourt et Lévin.
La richesse de la programmation – sou toutes ses formes – du bicentenaire offre à chacun, je crois, de quoi trouver son bonheur. Elle a été construite avec une très grande variété d'acteurs, que je veux remercier : associations, collectivités locales, établissements publics, secteur privé, galeries…
Dominique de Font-Réaulx vous présentera cette programmation faite de tant de ricochets que sans doute on s’y perdra !
*
* *
Je veux, avant cela, vous dire un mot de ce qui constitue, à mes yeux, l'un des temps symboliques du bicentenaire : le retour en France, au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, de « Point de vue du Gras ».
Cette héliographie est considérée comme la plus ancienne photographie conservée au monde. Perdue, puis retrouvée, elle fut acquise en 1952 par l'historien Helmut GERNSHEIM. Elle est aujourd'hui conservée, avec l'ensemble de la collection d'Alison et Helmut Gernsheim, au HARRY RANSOM CENTER, à Austin, au Texas.
Elle rejoindra, de fin avril à fin juin 2027, Chalon-sur-Saône, au cœur d'une exposition exceptionnelle qui retracera le processus d'invention de Niépce. Que cette image fondatrice, née d'un regard porté depuis une fenêtre de Bourgogne, revienne, deux siècles plus tard, dans le pays qui l'a vue naître : voilà une chance unique, et je crois pouvoir dire une émotion que nous partagerons tous.
Ce prêt exceptionnel n'aurait pas été possible sans le soutien du Harry Ransom Center, sans la mobilisation de Dominique de Font-Réaulx, de la Ville de Chalon-sur-Saône et de son musée, de la Bibliothèque nationale de France, et de l'Ambassade de France aux États-Unis. Je veux, à toutes et tous, dire notre gratitude.
*
* *
Alors que nous célébrons la photographie, comment ne pas saluer la mémoire de deux photographes hors du commun, disparus il y a peu : le Britannique Martin Parr et le Brésilien Sebastião Salgado.
J’ai eu la chance de discuter avec eux. Ils faisaient entrer l’instantané dans l’histoire comme une évidence.
Je voudrais aussi saluer les quinze photographes qui ont participé à la commande « Réinventer la Photographie », lancée dans le cadre de ce Bicentenaire, dont la première exposition ouvrira à Bruxelles le 17 septembre ; je pense à Alexandra Catière, lauréate du prix Niépce 2026. Et plus largement saluer tous les photographes qui, en France et à l'étranger, font de la photographie leur quotidien.
Les photographes évoluent, en France particulièrement, dans un réseau unique, dynamique et précieux : tireurs, laboratoires, lieux de diffusion, éditeurs, commissaires d'exposition, chercheurs, galeristes, universitaires, agents, scénographes, festivals, réseaux professionnels… L’énumération dit la diversité des métiers, des publics et des regards auxquels l’Etat attache son soutien.
Il y a le soutien à la conservation et à la valorisation des fonds photographiques par la Bibliothèque nationale de France et la Médiathèque du patrimoine et de la Photographie.
Il y a le soutien à la création, à travers les commandes photographiques du Centre national des arts plastiques et les résidences — je pense aux résidences « Capsule », qui ont permis à plus de cent photographes d'en bénéficier depuis 2020.
Il y a le soutien à la diffusion des œuvres, en France, auprès d'une trentaine de lieux et d'autant de festivals, et à l'étranger, grâce à notre réseau diplomatique et à l'Institut français.
Il y a, enfin, les aides aux acteurs de toute cette chaîne, et en particulier aux réseaux professionnels.
Ce bicentenaire doit aussi en souligner l’importance.
Je pense au travail mené par exemple pour promouvoir les métiers de la photographie, comme celui de tireur, qui a rejoint pour la première fois, en 2026, le programme pour la transmission des savoir-faire « Maîtres d'art — élèves » du ministère de la Culture. J’en profite pour féliciter à ce titre Thomas Consani et Alexandre Dias Lopes, premier binôme de tireurs, lauréats de ce programme.
*
* *
Mesdames et Messieurs, ce bicentenaire doit aussi être l'occasion d'interroger, de mettre à l'épreuve, de dessiner des perspectives pour la photographie de demain.
Car nous entrons dans un temps différent : celui où il ne suffit plus de voir une image, mais où il faut désormais apprendre à la regarder.
Tout comme la lecture d'un livre s'apprend, la lecture de la photographie, et plus largement des iconographies, est devenue un enjeu de société majeur, l'arrivée massive des images de toutes sortes et parfois si fausses et si dérangeantes nous submerge.
Je veux saluer, à ce titre, le travail volontariste conduit avec le ministère de l'Éducation nationale qui va permettre de renforcer, dans nos établissements scolaires, la pratique photographique et la rencontre avec les œuvres et leurs auteurs.
*
* *
Je voudrais pour conclure avoir une pensée pour les photojournalistes dont j’ai eu la chance, en d’autres temps, de partager le travail. Leur métier, leur passion n’ont jamais été aussi indispensables à notre accès à l'information face à la désinformation, ni à la santé de nos sociétés démocratiques face à ceux qui les violentent.
Alors que s'est ouverte à Perpignan la trente-huitième édition du festival Visa pour l'Image, Jean-François Leroy aurait dû être ici pour dire tellement mieux que moi ce que nous devons à l’image. Je veux saluer ici avec une grande tristesse sa mémoire.
Mesdames et Messieurs, la France célèbre aujourd'hui les deux cents ans de l’une de ses plus belles inventions. Disons simplement que cette invention célèbre la vie.
Je vous remercie.