Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Président de la Cité de l’architecture et du patrimoine, cher Julien Bargeton,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je suis particulièrement heureuse d’être parmi vous ce soir, dans ce lieu qui magnifie l’architecture et le patrimoine. Je veux saluer son président et toutes les équipes de la Cité, pour leur engagement et pour l’accueil qu’ils réservent à cette soirée.
J’associe à ces remerciements le service de l’architecture de la direction générale des patrimoines et de l’architecture, qui a participé avec talent à l’ouverture cet après-midi des Journées nationales de l’architecture.
Nous inaugurons ce soir quatre expositions. Trois d’entre elles invitent au dialogue entre création contemporaine, architecture et patrimoine. Nous sommes là au cœur du sujet qui nous réunit.
Je remercie les artistes présents ce soir, Kennedy Yanko et Ma Kelu.
Je veux m’associer à l’hommage que la Cité rend à l’une des figures majeures de l’abstraction géométrique, François Morellet, à l’occasion du centenaire de sa naissance, célébré à l’initiative de l’Estate Morellet et du Centre Pompidou, avec des prêts exceptionnels du Centre national des arts plastiques. « Traits d’esprit » : le titre dit à lui seul l’humour et la rigueur d’un artiste qui n’a cessé de se mesurer à l’espace, aux murs, aux façades…
Kennedy Yanko présente ensuite un ensemble inédit de sculptures, conçu en résonance avec les moulages de la Cité. Ses œuvres dialoguent avec les drapés des figures sculptées, mais aussi avec « l’envers » des structures architecturales. « Ce qui nous rassemble » : retenons ce titre, il est un fil rouge pour nous.
Pour sa première exposition en France, avec le soutien du Fonds de dotation François Cheng, Ma Kelu déploie ses tableaux au sein de la galerie des peintures murales. En dialogue avec les fresques médiévales, ses œuvres explorent la mémoire des surfaces peintes.
La quatrième exposition, enfin, me permet de lancer ce soir les 11ème Journées nationales de l’architecture. Quelle meilleure occasion en effet que de mettre à l’honneur le dernier Grand Prix national de l’architecture, l’Atelier Architecture Perraudin ?
Et quelle meilleure profession de foi que celle que vous avez choisie, cher Gilles Perraudin, en collaboration avec les équipes de la Cité, car elle incarne votre approche humaniste de l’architecture autant que l’esprit de ces journées ouvertes à tous : « L’architecture, c’est fait pour rendre les gens heureux » !
Cher Gilles Perraudin, cher Jean-Manuel Perraudin, ce trentième Grand Prix national de l’architecture, qui vous a été remis en 2024, vient récompenser une œuvre visionnaire : celle d’un architecte, puis d’une agence, qui ont su faire de l’écologie une source d’inspiration et d’innovation. L’exposition que nous ouvrons ce soir reflète votre démarche, où durabilité et créativité se répondent, enracinées dans une réflexion profonde sur la relation entre l’homme, le climat et l’habitat. Elle reflète aussi votre engagement pour une architecture décarbonée, qui recourt à des matériaux biosourcés, naturels et locaux, comme la pierre, le bois ou la terre.
Vous nous rappelez ainsi que l’architecture du quotidien a beaucoup à nous apprendre. Elle est le matériau même de l’architecture du futur : quelque chose de déjà là qui est porteur d’un souffle pour bâtir l’avenir.
Cet engagement, précurseur en son temps, est aujourd’hui partagé par de nombreux architectes. Et il résonne tout particulièrement avec le thème retenu pour ces Journées nationales de l’architecture.
Du jeudi 15 au dimanche 18 octobre, les Journées nationales de l’architecture invitent les Françaises et les Français, à découvrir ou redécouvrir l’architecture, et celles et ceux qui la conçoivent et la font vivre avec notre époque.
Pendant quatre jours, les agences et les chantiers s’ouvrent au public. Les promenades urbaines, les rencontres, les débats, les expositions, les projections et les ateliers permettront à chacun de découvrir cette architecture en train de se faire. Les écoles nationales supérieures d’architecture ouvriront elles aussi leurs portes, pour faire connaître leurs formations et leurs métiers, et, je l’espère, susciter des vocations : ce sont bien les jeunes générations qui habiteront et qui transformeront le monde que nous imaginons aujourd’hui.
C’est pourquoi ces journées font la part belle aux jeunes publics. Les jeudi 15 et vendredi 16 octobre, l’opération « Levez les yeux ! » permettra aux élèves, de la maternelle au lycée, d’observer autrement leur école, leur quartier, leur ville ou leur village, et de mieux comprendre les espaces dans lesquels ils grandissent.
Apprendre à regarder un bâtiment, un tableau, c’est déjà être concerné, c’est le début de la curiosité et donc d’un goût pour la Culture.
Ce programme foisonnant n’existerait pas sans la grande diversité de celles et ceux qui l’ont imaginé. Je remercie très sincèrement les organisateurs, dans tous les territoires, pour leur engagement, qu’il s’agisse de portes ouvertes d’agences, de chantiers ouverts, de balades urbaines, de visites guidées, d’expositions ou d’ateliers de sensibilisation. Grâce à eux, ces journées appartiennent à toutes et à tous.
Le thème de cette 11ème édition, « Réhabiliter : bâtir l’avenir », porte une ambition d’une particulière actualité.
Car nos villes, nos villages et nos paysages évoluent. Nos façons d’habiter, de travailler et de nous déplacer aussi. Réhabiliter, ce n’est pas seulement conserver. C’est transformer, adapter, réparer, souvent réinventer. C’est prolonger la vie d’un bâtiment plutôt que le remplacer, préserver ce qui fait la singularité d’un lieu tout en l’adaptant à de nouveaux usages. C’est aussi mieux utiliser les ressources existantes, améliorer la performance des bâtiments et limiter l’artificialisation des sols.
Partout en France, architectes, urbanistes, paysagistes, artisans et professionnels du patrimoine inventent de nouvelles manières de faire dialoguer l’ancien et le contemporain, les savoir-faire traditionnels et l’innovation.
Ils nous montrent qu’il est possible de transformer profondément nos cadres de vie tout en préservant l’histoire des lieux.
La construction de logements, l’adaptation au climat, la prise en compte des usages nouveaux, la décarbonation… Ces enjeux nous engagent, et je sais que vous êtes pleinement mobilisés pour intégrer ces transformations qui nous assaillent.
Mais je tiens à le rappeler avec force : l’architecture se résume pas à un produit technique, financier ou de défiscalisation. Elle n’est pas une pure superposition de règles, de normes ou de contraintes techniques.
C’est l’enjeu culturel de la transition écologique : on ne peut renoncer à un geste architectural au profit d’une addition de solutions techniques plus ou moins appropriées ou mal expertisées.
Je ne vous cache donc pas mon inquiétude quant à la manière dont on a parfois vilipendé les architectes, ces derniers mois, dans les médias. Ce mauvais signal doit nous inviter à rappeler l’importance de cette profession, votre profession, qui défend des enjeux culturels forts.
Car l’architecture est d’abord, comme le dit la loi, une expression de la culture. Elle participe de notre identité nationale comme de nos identités locales.
L’architecture rassemble : Kennedy Yanko nous le dit ce soir à sa manière. Elle forge nos identités, elle est notre culture commune. Il y a bien sûr ces grands gestes architecturaux qui marquent les siècles.
Mais n’oublions pas ces réalisations qui façonnent et dessinent nos territoires, et auxquelles nous portons parfois peu d’attention tant elles sont imbriquées dans nos vies.
La réhabilitation est aussi acte de création architecturale. Elle est d’intérêt public.
Pour que cette conviction se traduise concrètement, j’ai souhaité retenir trois initiatives.
La première concerne le palmarès réHAB XXème. Le ministère de la Culture en a lancé la première édition en 2023, face aux enjeux de la transition écologique. Puisque l’existant constitue le principal gisement pour loger les Français dans les décennies à venir, la réhabilitation devient le principal mode d’intervention architecturale. Pour continuer d’accompagner cette longue transition, je suis ravie de vous annoncer le lancement de la deuxième édition du palmarès réHAB XXème.
Ce palmarès nourrira les réflexions du ministère dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale pour l’architecture 2025-2029. À l’approche des cinquante ans de la loi de 1977, il examinera les conditions dans lesquelles les projets récents de réhabilitation relèvent de la création architecturale, dans un contexte où la transformation du bâti existant constitue un marché grandissant, y compris pour d’autres disciplines que l’architecture.
Outre la nécessaire valorisation des projets, j’y vois l’opportunité de faire école : en invitant les architectes, leurs équipes et les maîtres d’ouvrage à se pencher sur des édifices des XXème et, déjà, du XXIème siècles.
J’en profite pour remercier très sincèrement les membres du comité scientifique qui ont accompagné cette démarche de façon théorique et pratique. Leurs travaux ont permis d’identifier les paramètres clés et les questionnements fondamentaux relatifs à la réhabilitation, et ont contribué à l’élaboration du règlement de ce nouveau palmarès.
La deuxième initiative s’adresse à celles et ceux qui, chez eux, veulent engager des travaux dans un secteur patrimonial. Car réhabiliter n’est pas seulement l’affaire des professionnels : c’est d’abord celle des habitants.
Je souhaite donc engager un travail important pour fluidifier et faciliter leur parcours. Beaucoup de connaissances, de documents et de fiches existent déjà localement. Il s’agit d’en améliorer l’accès sur un support national, que chacune et chacun pourra consulter facilement. Ce travail sera mené par le ministère et ses services déconcentrés, les unités départementales de l’architecture et du patrimoine, autour de l’intervention de nos architectes des Bâtiments de France. Il permettra aux Français de gagner du temps dans leurs projets.
La troisième initiative a trait au rayonnement de nos architectes. Notre architecture est une source de fierté légitime et nos architectes sont reconnues à l’étranger comme ils le sont en France. Mieux parfois.
Cette dimension internationale est un vecteur important pour notre influence culturelle.
Je propose donc de développer un programme de résidences d’architectes, notamment en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut français, afin de mettre en avant l’excellence française. Ces résidences devront trouver leur double en France, qui accueilleront des architectes étrangers, pour mieux échanger regards et pratiques.
Ces initiatives accompagnent le cinquantième anniversaire de la loi du 3 janvier 1977, une loi structurante, une loi qui a traversé cinq décennies en accompagnant le quotidien des Français. Une loi spéciale, enfin, que beaucoup de pays européens nous envient.
L’année 2027 ainsi sera l’occasion de mettre l’architecture à l’honneur. Elle s’ouvrira avec un premier temps fort : le Grand Prix national de l’architecture, qui est remis tous les deux ans. Le Grand Prix 2026 sera désigné en cette fin d’année et annoncé au début de 2027. Plus tard, le pavillon de la France à la prochaine Biennale d’architecture de Venise en portera aussi témoignage.
Mais il faut que cet anniversaire soit plus qu’une commémoration, notre référence.
En 1977, le législateur a posé que ce que l’on construit n’est jamais une affaire purement privée, ni un simple échange entre un commanditaire et son architecte. Ce qui est bâti s’offre au regard de tous, s’inscrit dans un paysage, dure plus longtemps que ceux qui l’ont décidé. Bâtir engage la collectivité. Cette idée, que l’on peut entendre comme celle d’un intérêt général de l’architecture, est le socle même de notre politique.
Elle n’a rien perdu de son actualité, mais elle se pose en des termes nouveaux. Qu’est-ce qu’une architecture d’intérêt général, aujourd’hui ? Celle qui, face aux dérèglements du climat, répare, transforme et réemploie plutôt qu’elle ne démolit ?
Celle qui redonne aux territoires qui se sentent déclassés des lieux dont ils peuvent s’enorgueillir ?
Celle qui fait place à celles et ceux qui habitent, qui usent, qui circulent ? Et que demande l’intérêt général aux maîtres d’ouvrage, publics comme privés, aux concepteurs, aux collectivités, à l’État ? Quelle place nos règles, nos normes et nos modèles économiques lui laissent-ils ?
Ces questions, je souhaite que nous les posions ensemble. C’est pourquoi, à l’occasion des cinquante ans de la loi sur l’architecture, nous organiserons des assises de l’architecture, qui se tiendront les 5 et 6 janvier 2027 ici à la Cité de l’architecture et du patrimoine.
Ce ne sera pas le rendez-vous de la profession avec elle-même, ni une réflexion générale sur l’avenir de l’architecture, mais véritablement le rendez-vous de notre société avec son architecture.
Avec cet événement, le ministère de la Culture tient à affirmer son soutien à l’architecture et à ses professionnels, en lançant une réflexion sur l’avenir, entre héritage, adaptation et création. Nous vous y attendons !
D’ici là, je vous souhaite à toutes et à tous de très belles Journées nationales de l’architecture, et une très belle soirée parmi ces œuvres.