- Seul le prononcé fait foi -
Monsieur le Ministre,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les recteurs,
Mesdames et messieurs les directeurs régionaux des affaires culturelles,
Madame la présidente, chère Annick Lemoine.
Rassurez-vous Orsay n’a pas été choisi au hasard mais pour sa volonté de s’adresser toujours plus à tous les publics.
Je suis donc particulièrement heureuse de vous accueillir aujourd’hui au musée d’Orsay, vous qui, dans nos territoires, êtes les chefs d’orchestre de l’éducation artistique et culturelle.
Je suis heureuse de partager avec mon collègue de l’Education nationale les idées et les directions qui nous permettront de renforcer notre action en matière d’Education artistique et Culturelle. L’alliance de nos deux ministères, que vous incarnez, est le fondement même de cette politique à laquelle nous croyons tous les deux – à 100 % ! – qui ne saurait être une simple case cochée dans un programme, ou devenir une variable de divertissement dans les agendas des élèves.
Vous me permettrez d’évoquer un souvenir personnel – et j’en suis encore émue. Pendant les 13 années où j’ai dirigé le Château de Versailles, je crois que nous avons multiplié par 4 la fréquentation des scolaires.
J’ai vu les enfants incrédules et déjà curieux d’en savoir plus en entendant le comédien qui les accueillait s’exclamer : « Oui, mon nom est un chiffre. Je suis Louis XIV ».
J’ai vu les hip-hopeurs des Mureaux faire une battle baroque avec les jeunes danseurs de l’Opéra de Paris. J’ai vu chaque mois d’été, 2 500 enfants déferler au château pour un jour de vacances hors des centres de loisirs de la région parisienne.
Tous avaient le même émerveillement. Après avoir peut-être craint qu’on leur fasse – encore – la classe, ils découvraient un monde fait aussi bien de tableaux que de personnages ou de professionnels bien vivants, comme les jardiniers, qui très vite leurs devenaient familiers.
Il ne fallait pas beaucoup d’efforts pour les convaincre que leur visite était beaucoup plus exotique qu’une heure passée sur leurs tablettes.
Dans une société fragmentée, à l’heure de l’omniprésence des écrans et de l’immédiateté des réseaux, les enjeux ne sont plus les mêmes qu’hier. Encore que… Hier, il s’agissait de convaincre de la légitimité de l’enseignement artistique et culturel dans un monde où tout convergeait vers le savoir plus que vers l’anecdote ou l’expérience survolée.
Aujourd’hui, il nous faut en faire comprendre la nécessité.
Mais le chemin, je le crois profondément, est le même. Il s’agit de susciter le déclic qui éveillera la sensibilité, l’esprit critique, provoquera l’apprentissage.
Ce chemin, c’est vous qui le connaissez. C’est pourquoi, ce qui me semble important ce matin c’est de vous entendre, d’entendre vos critiques ou vos idées pour améliorer des formules, des dispositifs foisonnants, divers, et qui le plus souvent font déjà leurs preuves.
Pour l’avoir expérimenté, je sais que toutes ces initiatives néanmoins ne se valent pas.
Parce qu’il est de plus en plus difficile de convaincre, de retenir l’attention, de rassembler au-delà des selfies et des « likes », je pense qu’il est urgent – et utile – de croiser davantage ces pratiques de l’éducation artistique et culturelle, de les partager comme de savoir renoncer aux mesures moins efficaces ou essoufflées.
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Pour cela je le répète, il est fondamental de travailler ensemble, de définir des objectifs communs que l’on peut évaluer, des priorités dans des contextes territoriaux, qui sont tous particuliers. Il y faut des relations fréquentes, des instances souples, adaptées à vos régions et qui doivent pouvoir se concerter régulièrement.
Si le partenariat Culture / Education nationale est indispensable, il n’est pas suffisant.
N'oublions pas non plus les collectivités territoriales, sans lesquelles l’éducation artistique et culturelle ne serait pas ce qu’elle est devenue. Je l’ai dit lors de mon audition devant la commission des affaires culturelles, je vous le répète aujourd’hui : il nous faut réaffirmer l’importance d’une action partagée entre l’Etat et les collectivités.
Dans cette période complexe où nous devons tous assumer des réductions budgétaires qui peuvent menacer nos politiques, nous devons travailler davantage – mieux parfois – ensemble.
C’est précisément la raison pour laquelle nous avons souhaité associer des élus aux tables rondes qui vont suivre. Chers amis, vous êtes plusieurs aujourd’hui à avoir accepté cette invitation, et je veux vous remercier de votre mobilisation sur ce sujet si important. Nous souhaitons vous associer à nos projets, comprendre vos interrogations, et aussi entendre vos critiques.
Pour illustrer cette volonté de réaffirmer notre ancrage dans les territoires, quel meilleur symbole que de relancer le label 100% EAC très rapidement pour une 3ème édition ? Plus de 150 collectivités sont d’ores et déjà labellisées. Elles sont plus d’une soixantaine à attendre le lancement d’une 3ème campagne.
Je souhaite enfin, pour permettre de nourrir le dialogue interministériel entre les services de l’Etat et les collectivités territoriales, convoquer un Conseil des territoires pour la Culture, à la rentrée 2026.
Nous, DRAC, recteurs, ministres, nous ne sommes, avec les services que nous dirigeons, que les truchements de l’EAC. Car celle-ci n’existerait pas sans les écrivains, les musiciens, les artistes, les acteurs culturels et aussi nos musées, nos théâtres, nos bibliothèques…
C’est pourquoi notre matinée sera clôturée par Arthur NAUZYCIEL, un artiste, metteur en scène, comédien et directeur du Théâtre national de Bretagne, qui à Rennes, réinvente le théâtre pour le jeune public.
Aborder la consolidation d’une politique publique aujourd’hui, c’est aussi penser à la question des moyens qui lui sont consacrés.
Dans le contexte budgétaire restreint que nous connaissons, il est bon de réaffirmer que la priorité donnée à l’EAC par le Président de la République est celle de nos deux ministères.
La meilleure illustration de notre ténacité est sans doute le Pass Culture, devenu, depuis sa création, un levier majeur d’accès aux droits culturels pour notre jeunesse.
Vous en connaissez comme moi la théorie et le fonctionnement : la part collective permet d’initier un mouvement que la part individuelle vient prolonger. Vous en avez connu les aléas : ce n’est pas au moment où le succès de ce dispositif est devenu incontestable qu’il faudrait y renoncer !
91 % des jeunes de plus de 18 ans sont inscrits sur le Pass Culture, avec un taux d’adhésion désormais homogène quels que soient l’origine sociale ou le territoire. 80 % des utilisateurs déclarent avoir grâce à lui, découvert de nouvelles pratiques culturelles, massivement avec l’achat de livres. Je précise que 9 % seulement sont des mangas !
C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il faut désormais stabiliser les moyens qui lui sont dédiés, et les pérenniser.
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Il faut valoriser toujours et partout les projets d’EAC, si l’on veut convaincre qu’ils sont l’un des premiers antidotes aux écrans. L’EAC doit avoir ce prisme si elle veut être efficace.
Nous aurons également l’occasion, dans le cadre du salon des maires, de valoriser les nombreuses initiatives portées par les collectivités labellisées 100% EAC.
Je propose que nous réunissions le réseau des collectivités 100% EAC pour en partager l’expérience et mettre en lumière la richesse de ces politiques territoriales. Ce réseau n’a pu être réuni jusqu’à présent. La célébration des 10 ans de la Charte de l’EAC en sera l’occasion idéale et symbolique.
Au-delà des projets EAC, ce sont toutes les ressources que le ministère de la culture et ses opérateurs mettent à disposition de la communauté éducative qui doivent être valorisées pour que toujours plus de nouveaux partenariats voient le jour entre des établissements scolaires et les acteurs culturels. C’est mon travail. C’est notre travail.
A nous de faire en sorte que chaque école, chaque collège, chaque lycée, chaque enseignant puisse s’appuyer sur la vitalité culturelle de son territoire, car ils ont tous des ressources à faire valoir.
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Consolider et valoriser, pour progresser. Prendre la mesure des responsabilités qui sont les nôtres aujourd’hui, ce n’est pas céder sous le poids de celles-ci : c’est chercher les moyens d’y répondre, avec lucidité.
Les derniers rapports et les derniers chiffres témoignent de la nécessité de mettre l’accent sur les enfants et les jeunes qui bénéficient le moins de projets d’EAC, en particulier les enfants en école primaire et les jeunes de lycées professionnels.
Cela demande de s’emparer collectivement du sujet central de la mobilité. Ce sujet n’est pas subalterne. Il est une priorité. La difficulté des transports est toujours évoquée pour renoncer au déplacement des jeunes. Je crois que les services de l’Etat et les collectivités locales peuvent progresser dans la résolution de cette question qui devient parfois un alibi pour ne rien faire. J’y vois un axe d’intervention primordial dans vos régions.
Cela suppose également de poursuivre et d’amplifier la contractualisation avec les intercommunalités autour de l’EAC, qui a l’avantage d’embrasser l’ensemble des enfants et des jeunes d’un territoire. Une fois encore, cela ne se fera pas sans les élus locaux.
Cela requiert enfin de promouvoir des approches plus participatives, plus contributives, des projets d’EAC pour nos jeunes adolescents, dans la logique de Conseils de jeunes que nous avons installé récemment dans une quinzaine de grands établissements culturels.
J’ai installé récemment celui du Château de Fontainebleau et j’ai été étonnée par le pragmatisme des jeunes qui avaient des idées justes, raisonnables, réalistes.
Progresser, c’est aussi progresser en dehors du temps scolaire. Je pense notamment aux périodes de vacances, que l’on sait source de fortes inégalités sociales.
Le ministère de la Culture a une responsabilité particulière en matière d’EAC sur le temps péri et extra-scolaire.
J’ai ainsi choisi de recentrer cette année le dispositif de l’été culturel, qui était une formidable réponse au contexte post-COVID, sur des propositions artistiques et culturelles en direction des enfants, des jeunes et de leur famille pendant les vacances scolaires. Je pense particulièrement aux lieux qui peuvent être développés avec les festivals.
Mieux faire, c’est aussi renforcer certains secteurs : avec le CNC et l’Education nationale, nous avons déjà lancé un plan en faveur de l’éducation au cinéma et à l’image.
Il nous reste d’autres secteurs à développer : je pense notamment au champ patrimonial, moins présent dans les dispositifs d’EAC alors même que le patrimoine, matériel ou immatériel, est absolument partout, à portée de main, à portée de regard.
Il faut davantage en profiter et l’inscrire dans l’ensemble des projets d’EAC. Le CMN, l’INRAP, les musées nationaux … sont autant d’opérateurs du ministère de la Culture dont les actions doivent encore mieux s’inscrire dans le quotidien des jeunes. Il faut les mobiliser.
Enfin, il s’agit également d’aller plus loin en matière d’utilisation du Pass Culture : il doit devenir la clé de voute des politiques territoriales d’EAC que vous portez. Cela demande un meilleur partage des données dont disposent le Pass Culture, et l’Education nationale via Adage, afin de pouvoir mener un travail conjoint sur la qualité et la pertinence des offres proposées, et de créer une meilleure articulation entre le volet collectif et le volet individuel. Un travail de communication aussi, qui donne aux jeunes la liberté du choix.
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Mesdames et messieurs, j’ai été un peu longue, mais je voulais vous dire que dans les bouleversements du monde, nous avons plus que jamais la responsabilité de préparer les jeunes à leur avenir … personnel.
Je suis convaincue qu’il se construit comme hier, sur la connaissance – même quand elle prend des formes inconnues de nous, jadis - et que la rencontre d’une œuvre, d’une musique ou d’une histoire à 10 ans est un gage de liberté pour aborder ses 20 ans.
Je vous remercie.