Le vol, vendredi 24 juillet 2026, du torque en or de la princesse de Vix au musée du Pays Châtillonnais – Trésor de Vix souligne une nouvelle fois la nécessité de renforcer la sûreté des établissements patrimoniaux. Après être entrés dans le musée comme de simples visiteurs, les auteurs ont dérobé en pleine journée, en présence du public et du personnel, ce chef-d’œuvre de l’orfèvrerie celte vieux de 2 500 ans.
Ce vol intervient neuf mois après celui survenu au musée du Louvre, le 19 octobre 2025, qui avait révélé au grand public, et de manière brutale, la vulnérabilité des musées et des lieux conservant des collections patrimoniales. Ces actes, commis en plein jour en présence des visiteurs et du personnel, témoignent de nouveaux modes opératoires de plus en plus organisés, rapides et déterminés, susceptibles d’entraîner la disparition ou la destruction irrémédiable de biens culturels. Ils appellent une réponse globale et résolue de l’État.
Le ministère de la Culture a pris des mesures d’urgences : enquête administrative, instruction conjointe avec le ministère de l’intérieur, recommandations aux musées de France et aux services patrimoniaux des directions régionales des affaires culturelles (DRAC), réalisation en urgence d’audits dans les musées nationaux. Au-delà de ces premières mesures d’urgence, un groupe de travail, piloté par la direction générale des patrimoines et de l’architecture -- délégation à l’inspection, à la recherche et à l’innovation (DGPA-DIRI), a été créé en novembre 2025 afin de concevoir un plan d’action. Il s’est réuni 21 fois et a mobilisé l’ensemble des directions générales du ministère avant d’associer les responsables des musées des autres ministères et l’ensemble des services du ministère de l’Intérieur concernés par ces sujets.
A l’issue de ces travaux, le plan d’action propose un ensemble de 33 mesures pour une culture renforcée du risque. Ces mesures doivent permettre un accroissement sensible du niveau de sûreté des établissements. Ce plan a été par ailleurs confronté aux conclusions des différents travaux parlementaires sur le sujet : la commission d’enquête du président Portier à l’Assemblée nationale dont le rapport du député Corbière a été livré en mai 2026, les travaux de la commission des affaires culturelles du Sénat menés par Laurent Lafon et la mission parlementaire confiée le 1er décembre 2025 par le Gouvernement au député Marion. Ces conclusions seront complétées par une proposition de loi, préparée par le Président Portier, dans les suites de sa Commission d’enquête. Cette initiative reçoit le soutien du ministère de la Culture.
Le plan d’action reprend ou complète les grands principes initiés par ces deux commissions et propose 6 volets d’action :
1. Réaliser une cartographie des établissements les plus sensibles :
- Etablir un inventaire des lieux patrimoniaux, en fonction de leur degré de fragilité ;
- Mettre à l’abri, dans des lieux adaptés qui seront identifiés pour chaque département, les objets les plus vulnérables dans l’attente de la sécurisation de leur présentation.
2. Dans le cadre du déploiement du fonds sûreté en 2026, grâce à l’implication des services, 482 chantiers prioritaires ont pu être accompagnés sur l’ensemble du territoire national. Afin de garantir une amélioration globale du niveau de sûreté, le ministère souhaite poursuivre ces efforts. Il est en train de recenser les besoins les plus urgents pour l’année 2027.
3. Renforcer la culture de la sûreté dans l’ensemble de la chaîne des intervenants sur les collections et les édifices patrimoniaux en renforçant la formation des agents selon deux niveaux : l’un de sensibilisation, l’autre de spécialisation.
- Construire un programme ministériel de formation continue et renforcer le volet sûreté dans les formations initiales ;
- Sensibiliser l’ensemble des encadrants à la sûreté ;
- Mettre en place des formations spécialisées territorialisées ;
- Renforcer les liens sur le terrain avec l’ensemble des services du ministère de l’Intérieur et leurs référents départementaux : police et gendarmerie.
4. Intégrer la sécurité et la sûreté dans les objectifs des dirigeants d’établissements publics :
- Rappel général des procédures à suivre ;
- Renforcer les opérations de récolement, de post-récolement et de marquage ;
- Systématiser les dépôts de plaintes pour les biens manquants ;
5. Renforcer la Mission sécurité, sûreté et audit (Missa) du ministère de la Culture (DGPA) :
- Recruter des policiers au sein de la Missa : 2 recrutements réalisés en 2026, et 2 à venir en 2027 ;
- Instaurer une visite obligatoire des musées, par les conseillers sûreté de la Missa de manière aléatoire ;
- Rendre conformes les avis de la Missa pour tous les prêts d’œuvres des musées nationaux.
6. Mettre à la disposition des responsables d’établissements de nouveaux outils :
- Mettre à jour les procédures en cas de vol ou de dégradation pour améliorer la remontée d’information, les mesures et actions d’urgence, l’enrichissement des bases de données patrimoniales ;
- Proposer la dématérialisation de la procédure de déclaration par démarche numérique ;
- Etablir un outil d’auto-évaluation à destination des établissements patrimoniaux ;
- Rassembler et mettre à disposition les jurisprudences et les données statistiques, sur la longue durée, des vols dans les édifices du culte, bibliothèques, dépôts, centres de conservation et d’étude et opérations archéologiques…, afin de déterminer les tendances et phénomènes nouveaux constatés.