J’apprends avec une immense tristesse la disparition de l’une de nos plus grandes actrices. Nathalie Baye savait tout jouer, la fragilité comme la force, l’ironie comme la douleur, sans jamais se départir de cette voix si singulière, une forme de vérité simple, presque nue, qui résistait à toute forme d’artifice.
Dans La Nuit américaine de François Truffaut, elle s’était imposée comme une évidence avant de travailler avec les plus grands noms du cinéma français et francophone de ces dernières décennies comme Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Bertrand Tavernier, Nicole Garcia, Xavier Beauvois, Tonie Marshall, Xavier Dolan ou encore Noémie Lvovsky.
En plus de cinquante ans de carrière, Nathalie Baye avait exploré chaque facette de son talent, s’amusant avec un plaisir certain à surprendre, à casser les codes, à dépasser toutes les attentes. Elle avait su choisir avec une intuition d’artiste les plus grands réalisateurs et les rôles les plus puissants, s’affirmant à la fois comme un visage essentiel du cinéma d’auteur et comme une immense actrice populaire.
Quatre fois récompensée aux César, Nathalie Baye s’était imposée comme l’un des visages du cinéma français dans le monde, et avait été honorée aux festivals de Venise et de Saint-Sébastien.
Elle laisse derrière elle un vide dans le cœur de tous les cinéphiles du monde, mais nous lègue un héritage précieux : une filmographie sans équivalent. Scripte dans La Nuit américaine, professeure surmenée dans Une Semaine de vacances, esthéticienne désabusée ne croyant plus en l’amour dans Vénus Beauté (Institut), paysanne accusée d’adultère dans Le Retour de Martin Guerre ou encore reine de la mode et de l’humour dans Absolument fabuleux : chacun saura trouver, dans sa centaine de rôles, une scène, une émotion, un souvenir personnel.
Avec, comme un fil rouge, cette voix, toujours cette voix, celle, sans visage, d’Aurore, le réveil téléphonique dans L'Homme qui aimait les femmes. Cette voix, encore, qui se mêlait à celle de Johnny Hallyday pour dire quelques phrases du dramaturge Tennessee Williams au début de la chanson Quelque chose de Tennessee. Cette voix, enfin, qui, des planches du Conservatoire jusqu’à ses derniers films, dont le très émouvant Juste la fin du monde, aura fait pleurer ou rire des millions de spectateurs.
À sa famille et à ses proches, j’adresse mes pensées les plus sincères.
Et à Nathalie Baye, notre reconnaissance.