Dans ses bandes dessinées comme dans ses films, elle avait su faire de son histoire un art, de l’intime une force et des drames politiques et familiaux un appel à la liberté. Marjane Satrapi, autrice, dessinatrice, scénariste et réalisatrice franco-iranienne, est décédée le 4 juin 2026, à l’âge de 56 ans.
Née en Iran, Marjane Satrapi y avait grandi dans une famille engagée qui lui avait donné le goût du savoir, du courage politique et de l’émancipation. Touchée de plein fouet par la révolution islamique de 1979 puis par la guerre Iran-Irak alors qu’elle n’était encore qu’adolescente, elle avait su inventer des espaces de liberté grâce à son goût pour la culture, du cinéma français aux mouvements punks et rocks.
Après un passage par l’Autriche, au lycée français de Vienne, Marjane Satrapi s’était installée en France en 1994 pour étudier à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. C’est là qu’elle s’était éprise du genre de la bande dessinée, avant de fréquenter l’Atelier des Vosges, un groupe d’auteurs-dessinateurs travaillant ensemble à Paris, puis de publier, au début des années 2000, les quatre volumes de son œuvre autobiographique, Persepolis. Récit de sa jeunesse et de sa quête de liberté, cette bande dessinée avait rencontré un immense succès public et critique, en France comme à l'international, faisant de Marjane Satrapi une artiste estimée et l’une des voix de la diaspora culturelle iranienne.
D’autres ouvrages avaient suivi : Broderies, puis Poulet aux prunes, couronné du prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2005. Marjane Satrapi s’était alors tournée vers le cinéma, d’abord en adaptant sa propre bande dessinée avec Vincent Paronnaud. Ce film Persepolis, récompensé par le prix du jury du Festival de Cannes 2007 puis par deux César, avait été suivi d’autres longs métrages, en animation comme en prises de vue réelles, comme Poulet aux prunes, The Voices ou Paradis Paris.
Naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait été élue en 2024 à l’Académie des beaux-arts. Elle n’avait jamais abandonné la peinture, et avait dessiné à la demande du ministère de la Culture les cartons de tapisseries réalisées par la Manufacture des Gobelins à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Artiste déterminée et engagée, Marjane Satrapi n’avait jamais cessé de faire entendre une voix forte et révoltée contre la dictature iranienne, prenant notamment la défense de toutes les femmes qui en étaient victimes. En 2023, elle dirigeait la publication d’un roman graphique collectif, Femme, Vie, Liberté, en hommage à la mort de Mahsa Amini et aux manifestations qui avaient suivi.
J’adresse toutes mes condoléances à sa famille, à ses proches et à toutes celles et ceux qui ont trouvé dans son œuvre un appel à la liberté et qui, avec elle, ont appris à clamer : « Femme, Vie, Liberté ».