C’est une vision véritablement vivante et fédératrice de la Semaine de la langue française et de la francophonie que propose le Studio Plastac. Créée en 2008, cette agence située en région parisienne a été retenue pour illustrer l’événement à travers un concept ludique et graphique d’un jeu de points à relier. Rencontre avec ceux qui mettent en image, cette année, la richesse et le dynamisme du français.
Pouvez-vous nous présenter Studio Plastac, l’agence que vous avez créée en 2008 ?
Romain Riousse : Nous sommes trois associés : Fanny Mary, Adrien Cuingnet et moi-même. Nous nous sommes rencontré tous les trois à l’École supérieure d’art et de design de Reims, où nous avons travaillé ensemble sur quelques projets. Nous avons monté le studio dès notre sortie de l'école. Nous avons tout de suite mélangé les genres et nous travaillons aussi bien sur des projets dans l'espace que sur des identités visuelles, des projets en motion avec de l'image animée, des images à grande échelle ou encore de la signalétique dans des domaines différents, notamment la culture.
Comment avez-vous travaillé sur ce projet autour de la Semaine de la langue française et de la francophonie ?
Adrien Cuingnet : Nous commençons toujours par une phase de mise en commun lors de laquelle nous travaillons autour d'un grand carnet de croquis. Nous esquissons les pistes que nous envisageons, multiplions les idées, poussons un peu plus loin celles qui nous semblent pertinentes. Nous avançons comme cela : en fermant des portes et en ouvrant plus grand d’autres que l’on juge intéressantes. Pour ce projet, nous avons beaucoup tourné autour des lettres : il nous semblait évident qu’il fallait faire ressortir la typographie sur cette affiche.
R.R. : Durant cette phase de création, nous avons gardé le brief en tête qui était de travailler plutôt sur un événement ouvert à tous et moins sur quelque chose d'académique.
Pourquoi avoir choisi d’aborder cet événement sous l’angle ludique, avec ce système de points à relier ?
R.R. : C’est quelque chose que l’on fait régulièrement dans notre pratique : aborder la création comme un terrain de jeu où l’on peut explorer, se balader dans une image, imaginer des choses. C'est pour cela que nous avons travaillé sur un fond un peu abstrait mais très coloré qui pouvait évoquer aussi bien des continents que des personnages. Nous avons fait le choix de couleurs très saturées qui contrastent avec le noir. Elles évoquent le côté festif de l’événement, la diversité et l’inclusivité.
A.C. : Nous voulions vraiment un visuel rassembleur qui rappelle l'idée de diversité car la langue nous relie malgré nos sensibilités différentes : certains aiment la forme orale tandis que d’autres préfèrent les poèmes, le théâtre… L’idée de relier ces points, qui peuvent symboliser des continents ou des pays, a complètement guidé notre travail : notre dessin est souple, en recomposition permanente, en évolution perpétuelle, à l’image de la langue française qui est vivante, partout, et qui évolue beaucoup puisque des mots apparaissent et disparaissent sans cesse.
Quelles ont été vos inspirations pour composer ce visuel ?
A.C. : Lorsque l’on a commencé par se poser la question de ce que représentait la francophonie, nous avons réalisé que le français était une langue diffusée partout dans le monde et que beaucoup de territoires étaient concernés. De là est venue cette idée de points qui se relient, comme des vents ou des flux maritimes. Nous avons aussi beaucoup puisé dans un travail fait pour les machines à écrire Olivetti dans les années 70 et également sur la notion de territoires, de continents et de plaques tectoniques. En croisant toutes ces idées, nous sommes arrivés à ce visuel avec le côté très spontané du dessin, quelque chose de non figé, en perpétuelle expansion, en mouvement, en vibration.
Dans votre travail, quelle importance ont la langue et les mots ?
A.C : Nous avons un regard de graphistes sur la langue. Il nous est assez fréquent de regarder une affiche ou un texte sans en voir vraiment le sens, mais en se basant sur un ressenti formel, sur ce que peuvent évoquer les lettres. Pour cette affiche, nous avons pris le parti de partir de la typographie Marianne, pierre fondatrice de la charte graphique du ministère. Nous avons réfléchi au positionnement des lettres et à son potentiel évocateur de façon juste formelle et ludique.
Que représente la réalisation de cette affiche pour vous ?
A.C. : Nous sommes très contents d’avoir remporté ce concours car cela fait dix-huit ans que l’on travaille ensemble et nous avions déjà a eu l'occasion de participer à plusieurs reprises à des concours du ministère. Nous prenons cela comme une belle reconnaissance et sommes ravis de porter ce message sur la langue et sa diffusion et sur l'importance du mot dans toutes ses formes.
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