Editorial : André Malraux, redécouvrir une voix singulière
Pour l’histoire, Malraux a donné un visage, une voix et une espérance à la culture française.
En cette année qui marque le cinquantenaire de sa disparition et le trentième anniversaire de son entrée au Panthéon, la Nation se rassemble pour honorer une figure dont l'œuvre et l'action continuent d'éclairer notre présent.
Écrivain, aventurier, intellectuel, résistant, ministre, il fut tout cela à la fois. Mais au-delà de la diversité de ses engagements, c’est une même conviction qui guida sa vie : celle que l’horizon de la condition humaine s’élargit par la création, par la mémoire, par l’espoir.
Malraux savait que la culture est ce par quoi une société se reconnaît dans ce qu'elle a de plus singulier et de plus universel. Elle est ce qui permet à chacun d'accéder à sa propre liberté.
Lorsque le Général de Gaulle lui confia la responsabilité du premier ministère des Affaires culturelles, il fit de cette mission un projet pour la Nation : il voulut faire entrer la culture dans la vie de tous les Français.
Les Maisons de la Culture qu'il imagina furent les symboles d'une ambition nouvelle : porter les œuvres au plus près des citoyens, abolir les distances géographiques et sociales qui éloignent de l'art.
Cette intuition demeure d'une profonde actualité. Car la promesse républicaine ne peut être pleinement tenue si l'accès à la culture dépend du lieu où l'on naît, où l'on vit ou des moyens dont on dispose. En faisant de la décentralisation culturelle une priorité, Malraux a ouvert un chemin que nous continuons d'emprunter : celui d'une culture présente partout et pour tous.
Son héritage s'incarne également dans son rapport au patrimoine. Il comprit avant beaucoup d'autres que les pierres, les monuments, les paysages façonnés par les générations qui nous ont précédés sont les témoins de notre histoire commune et les fondations de notre avenir. Des grandes campagnes de sauvegarde qu'il engagea aux lois qu'il fit adopter, son action a profondément transformé notre manière de protéger, de restaurer et de transmettre ce patrimoine qui nous relie.
Mais l'œuvre de Malraux ne se limite ni aux institutions qu'il a créées ni aux politiques qu'il a initiées. Elle réside dans une certaine idée de la France. Une France qui trouve dans la culture un motif de fierté, et donc une force de cohésion. Une France qui sait que les œuvres, les savoirs, les langues, les patrimoines et les imaginaires constituent un bien commun. Une France qui refuse l'assignation et croit à l'émancipation de chacune et de chacun.
À l'heure où notre société est traversée par de profondes transformations, cette vision demeure un horizon désirable. La culture reste ce qui rassemble, ce qui élève, ce qui permet à chacun de prendre part à une histoire plus grande que lui ou simplement, ce qui change sa vie.
Cinquante ans après sa mort, André Malraux appartient à notre mémoire et à notre avenir.
Car l'histoire qu'il a commencé à écrire n'est pas achevée. Elle se poursuit dans les bibliothèques, les musées, les théâtres, les monuments restaurés, les festivals, les écoles d'art, les associations, les lieux de création et de transmission qui irriguent toute la France. Elle se poursuit dans l'engagement quotidien des artistes, des créateurs, des professionnels de la culture, des élus et de tous ceux qui font vivre cette ambition.
Ce Cinquantenaire de la disparition d'André Malraux nous invite à mesurer le chemin parcouru. Il est surtout une invitation à poursuivre ce chemin sans trêve.
Catherine Pégard
Ministre de la Culture
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