-
Jours restants 91
-
Localisation
-
Statut En cours
-
Date limite
Objectifs du numéro
Depuis la Révolution française et la vente des biens nationaux, la question du château relève d’un impensé historiographique, dans un constat qui tient du paradoxe à considérer la prégnance de ce programme dans le paysage français. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1 200 châteaux dans le Maine-et-Loire, plus d’un millier en Dordogne, 742 en Haute-Vienne, 400 en Sologne, de 70 000 à 100 000 unités à l’échelle nationale selon certaines estimations, les châteaux constituent en réalité la typologie de constructions la plus importante du patrimoine national, loin devant les églises et les équipements publics du 19e siècle. Si ce vaste corpus reste encore largement à apprécier d’un point de vue quantitatif, comment appréhender les spécificités patrimoniales d’un tel programme dans ses multiples développements à une échelle de temps allant de 1830 à 1914, objet du présent appel à contributions ?
Présentation du sujet
La définition même du château varie selon les auteurs et dans le temps : si, selon Littré, le « château » désigne une « habitation d’un domaine seigneurial » ou une « grande et belle maison de plaisance à la campagne avec ou sans propriété », Quatremère de Quincy s'en tenait au terme de « maison » dont la grandeur et l’opulence peuvent varier, et Jean-Marie Pérouse de Montclos considérait le « château » comme une catégorie de « demeure ». Il est vrai que le mot même prête à confusion, de la période romantique à la Première Guerre mondiale : certaines villas suburbaines ne se parent-elles pas à dessein de ce titre, comme toute demeure contemporaine d’un peu d’envergure ? On le comprend, le terme « château » soulève nombre d’ambiguïtés et ne s’assimile pas exactement à la country house anglaise, qui symbolise à la fois une très grande demeure mais surtout son contexte rural et le plus souvent les terres qui lui sont associées.
On ne sera donc pas surpris que l’historiographie relative à la question du château au 19e siècle soit des plus réduites. Il faut attendre la publication en 1988 de l’ouvrage dirigé par Jean-Pierre Babelon (Le Château en France) pour que les châteaux du 19e siècle commencent à être réhabilités. Ces dernières décennies, plusieurs publications ont poursuivi l’ambition d’étudier cette ère nouvelle des châteaux à des échelles régionales. À ces travaux s’ajoutent des études thématiques (les « châteaux de l’industrie » ou les « châteaux d’usines » par exemple) ou à caractère monographique, et dont un inventaire exhaustif mériterait d’être dressé.
À bien des égards, le 19e siècle s’impose comme un nouvel âge d’or du château en France, dans une dynamique portée par l’immense effort de reconstruction qui s’engage au lendemain des événements révolutionnaires. En réalité, le programme du château focalise tout un amalgame de desseins et d’ambitions à l’époque contemporaine qui partagent le même besoin de s’inscrire dans un temps long à l’échelle d’un territoire – rural ou périurbain.
Dans le cadre de cet appel à contributions, une approche de la question du château dans une visée globalisante – de l’habitation au domaine foncier – dans ses multiples développements et dimensions, sera privilégiée, afin d’appréhender ce patrimoine dans toute sa complexité et sa diversité. De même, en raison de son ampleur et de ses multiples implications, le château ou le grand domaine du 19e siècle est susceptible d’être interrogé dans une visée transversale et pluridisciplinaire. Des exemples européens et nord-américains de châteaux inspirés ou construits par des architectes français, pourront être proposés au regard de spécificités et de qualités propres. Si des études thématiques sont privilégiées, les investigations inédites à caractère monographique peuvent se révéler particulièrement éclairantes.
Thèmes proposés
Axe 1 – Enjeux patrimoniaux d’un programme de grande échelle
Les châteaux du 19e siècle doivent être appréhendés à l’aune de leurs domaines fonciers, considérant que ceux-ci ne cessent de se complexifier et de se moderniser jusqu’au seuil de la Première Guerre mondiale. L’entretien, la restauration et la gestion de cet immense patrimoine soulèvent aujourd’hui de multiples enjeux touchant à la fois à la préservation de l’intégrité des domaines et des parcs – face au morcellement foncier – et à l’entretien du bâti au regard des coûts de restauration et de l’ampleur des travaux. Cependant, le grand domaine n’est-il pas également un atout, dans le sens où, en matière d’accueil du public et d’animations, ou même d’exploitation agricole, il offre de multiples possibilités ?
Le château et son grand domaine entretiennent dans leur essence même un rapport privilégié avec le territoire dans lequel ils s’inscrivent. Ce premier axe s’intéressera tout particulièrement à l’aménagement des propriétés et aux questions spécifiques que celui-ci soulève. Ces domaines possèdent-ils des spécificités qui concernent autant leur préservation que leur valorisation (vénerie et chenil par exemple) ? Dédiés à la chasse ou à une exploitation agricole moderne en leur temps, avec des édifices et des équipements qui accompagnent parfois de luxueuses installations (écuries, garages automobiles, gestion des énergies…), sans oublier des parcs d’agrément souvent conçus par des paysagistes renommés, ces domaines doivent-ils être considérés aujourd’hui comme autant d’atouts ou au contraire de freins à leur valorisation ? Quels enjeux spécifiques soulève aujourd’hui l’adaptation de ces vastes ensembles aux problématiques du développement durable et du changement climatique ?
Parmi les thèmes qui pourront également être développés, il est aussi attendu des articles sur l’histoire du phénomène de patrimonialisation associé aux châteaux en France (l’État châtelain, l’émergence de copropriétés, les initiatives privées…), avec de possibles éclairages à l’étranger.
Axe 2 – La construction, l’aménagement et le décor
Nous émettons l’hypothèse que les châteaux neufs du 19e siècle constituent un terrain d’expérimentations esthétiques et techniques privilégié et peuvent être considérés comme des constructions innovantes qui voient l’apparition de procédés spéciaux (fire-proof) et de matériaux nouveaux, souvent dissimulés, qui contribuent à la distinction de ce programme. Mais ces particularités engendrent-elles des modes de restauration spécifiques, voire des valorisations singulières ? En matière d’aménagement et de décor, quelles questions soulève aujourd’hui la restauration des châteaux du 19e siècle pour les métiers de la conservation, par rapport à d’autres époques ? Qu’en est-il, par exemple, des éléments de second œuvre dans l’aménagement des pièces ; en quoi questionnent-ils la valeur d’originalité, longtemps reprochée aux pratiques éclectiques, mais qu’il convient aujourd’hui de reconsidérer ?
Alors que la préservation des ensembles mobiliers historiques se révèle extrêmement fragile malgré des évolutions législatives récentes, comment faire évoluer la législation et la fiscalité pour permettre la conservation et la valorisation in situ des décors, des objets et des éléments mobiliers, souvent pensés dans une globalité ?
Axe 3 – De l’usage résidentiel à de nouveaux programmes
Le surdimensionnent délibéré des châteaux et domaines du 19e siècle apparaît aujourd’hui comme un obstacle majeur à leur pérennisation. Les aléas des successions, des ventes et des dispersions spectaculaires fragilisent considérablement ce patrimoine exceptionnel, et les démantèlements ou démolitions, avec vente à la pièce, se sont multipliés au 19e siècle, dans une certaine indifférence. La dispersion de collections ou la revente d’éléments d’architecture font de ces demeures, au même titre que les plus anciennes, des patrimoines démantelés et dispersés qui interrogent la notion même de patrimoine… Du château de La Rochepot en Bourgogne au château de Pontchartrain dans les Yvelines – récemment transformé en programme immobilier de luxe – l’actualité révèle des situations aussi banales que singulières.
Cet axe de réflexions entend s’intéresser aux problématiques de réhabilitation, de transformation et de reconversion à l’aune des enjeux contemporains. Jadis lieu de dialogue entre historicisme et modernité technologique, le château du 19e siècle fait-il face au début du 19e siècle à un enjeu similaire pour ses adaptations ? La transformation de ces demeures en hôtels ou lieux de séminaires (publics comme privés), renvoie-t-elle à la perméabilité initiale du programme du château avec celui des grands hôtels de luxe contemporains et des premiers transatlantiques ? Comment, dans le cadre de projets de réhabilitation et de transformation en appartements (copropriétés, par exemple), préserver des aménagements propres à ces lieux qui en faisaient leur singularité, qu’il s’agisse de dispositifs de service (monte-plats, système de sonnettes ou téléphone interne) ou d’installations à caractère exceptionnel (orgues, balnéothérapie, serres tropicales, etc.) ?
Axe 4 – Comparaisons et mise en réseau
Les questions liées à la gestion comme au statut juridique des biens ainsi que les réglementations s’appliquant à ce type de patrimoine pourront être abordées dans le dessein de mettre en perspective les situations régionales ou nationales. Les développements autour des enjeux de valorisation pourront également s’étendre à la question des publics et des attentes des visiteurs : comment faire aimer un château du 19e siècle ? Nécessite-t-il des médiations particulières, une information historique qualitative mettant en réseau, en comparaison, un lieu et les acteurs de sa création avec ses semblables, et ce localement, nationalement, voire internationalement.
Peut-on étudier et valoriser les châteaux du 19e siècle sans évoquer les figures qui les créèrent et ce qui faisait le quotidien de leurs commanditaires ? Comment, en effet, évaluer l’intérêt d’un lieu, instruire un débat, sans examiner sa place dans l’histoire locale ou nationale ? Des articles portant sur l’écriture des constructions, notamment à des échelles régionales – du néo-médiéval aux variations néo-19e siècle – sont également attendus, dans le sens où ils peuvent contribuer à faire émerger des corpus. Certains architectes se sont particulièrement distingués dans ce domaine tout en poursuivant parfois une brillante carrière internationale (René Sergent, Paul-Ernest Samson, Alexandre Marcel, Charles Adda, Hippolyte Destailleur…). Par ailleurs, les contributions pourront également porter sur l’étude de patrimoines particuliers liés au thème, tel le fonds photographique de Gustave-William Lemaire (conservé à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie) qui, entre 1900 et 1921, s’employa à photographier un nombre très important de châteaux en France. De même, des développements sur les châteaux disparus, notamment lors des deux conflits mondiaux, sont attendus. On soulignera enfin que le patrimoine du château en France peut être également appréhendé à travers les guides touristiques qui se multiplient à partir de l’entre-deux-guerres.
Coordination scientifique
- Philippe Dufieux, professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon
- Gilles Maury, maître de conférences HDR à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille
- Guy Massin-Le Goff, conservateur du patrimoine
Propositions de contribution
Les articles proposés devront contenir une part inédite de recherche, d’hypothèse ou de mise à jour ; ils ne sauraient reprendre la totalité d’un article déjà paru. Il est souhaité qu’ils soient largement illustrés, y compris par des exemples sonores et/ou audiovisuels. Ainsi pourraient-ils contenir ou prendre la forme d’un entretien vidéo.
Si vous souhaitez contribuer à ce numéro, nous vous remercions d’envoyer votre proposition avant le 15 septembre 2026, constituée d’un résumé de 1 500 signes au maximum, ainsi que d’un court CV par courriel à :
Envoyer une copie de votre proposition à :
Philippe Dufieux : philippe.dufieux@lyon.archi.fr
Gilles Maury : maury.gilles@wanadoo.fr
Guy Massin-Le Goff : massinlegoff@orange.fr
Les textes des articles correspondant aux propositions retenues sont attendus pour le 1er mars 2027. Vous pourrez rédiger votre article en français ou dans votre langue d’usage. Il sera publié dans sa version originale et dans sa traduction française. La taille des articles doit être comprise entre 15 000 et 35 000 signes, espaces et notes comprises.
Les recommandations aux auteurs concernant le nombre de pages ou d’images, les droits de l’iconographie, l’insertion de notes et de liens, etc., sont consultables sur le site de la revue.
Partager la page