« Crash tester », « unboxing », … : autant de mots de l’influence commerciale sur lesquels des étudiants de l’école Victor Duruy ont travaillé depuis l’automne dernier, au sein de la Commission d’enrichissement de la langue française. Les jeunes participaient en tant que contributeurs et experts, au même titre que les représentants de l’ARCOM, de l’ARPP ou du CLEMI, pour trouver une définition de ces termes issus du vocabulaire de la langue anglaise et très présents sur les réseaux sociaux.
Les élèves sont ainsi venus présenter le 1er juillet dernier, lors d’une séance exceptionnelle au ministère de la Culture, la terminologie sur les mots de l’influence et des influenceurs qu’ils ont élaborés. « Aujourd’hui je peux connaître l’origine de ces anglicismes et ce qu’ils signifient », confie Maya Didouche, élève en hypokhâgne au lycée parisien Victor Duruy. L’étudiante a accepté de revenir sur son expérience, son rôle lors de ces séances et ce qu’elle en a retenu.
Vous avez participé durant plusieurs mois aux séances du groupe de travail sur "le vocabulaire de l'influence et des influenceurs" menées par la Commission d'enrichissement de la langue française, quel a été votre rôle durant ces travaux ?
Nous avons été consultés en tant qu’experts parce que notre génération connaît très bien le vocabulaire de l’influence et des influenceurs. C’est un vocabulaire qui nous est familier car nous sommes très présents sur les réseaux sociaux. Notre objectif était d’essayer de trouver des traductions françaises pour ces mots issus du vocabulaire de la langue anglaise utilisé dans le monde de l’influence et des influenceurs. Il s’agissait de les définir de manière la plus précise possible en identifiant leurs enjeux.
Comment se sont déroulées ces séances ?
Ces séances avaient lieu tous les mois, soit en visio, soit directement au ministère de la Culture, avec Étienne Quillot, ou encore Rose Bidaux. C’était très intéressant parce qu’on s’est réellement sentis à leur échelle : chacun d’entre nous autour de cette table avait des compétences que nous avons mobilisées. Cela a donné des échanges très riches. Ce n’est pas parce que nous sommes toujours étudiants que nous n’avons pas la capacité de se prêter à cet exercice !
Avez-vous été confrontée à des termes plus difficiles que d’autres à définir ?
Le mot « feed » par exemple. Le feed désigne l’ensemble des publications d’un utilisateur de réseaux sociaux, on parle alors du « feed d’actualité », mais il s’agit aussi du feed qu’il reçoit. Ce mot est compliqué car il a deux sens en anglais alors qu’en français, on le traduit uniquement par l’une de ces deux significations. J’ai présenté cette difficulté à la dernière séance de la commission d’enrichissement. Par ailleurs, l’usage de la traduction française de mots anglais peut ne pas paraître naturel. Par exemple, pour le mot « hashtag », on ne dit jamais « mot-dièse ». L’appropriation peut sembler difficile, mais il est intéressant de savoir qu’il existe un équivalent en français.
Et si vous ne deviez retenir qu’un mot et sa définition ?
Ce n’est pas celui que j’ai le plus aimé, mais c’est celui qui m’a le plus marquée. Je dirais « crash test ». On va « crash tester » quelque chose : les influenceurs l’utilisent ainsi. La définition est la suivante : « phase de test rapide pour évaluer la performance d’une campagne de façon rapide et à petite échelle ». La définition est longue, mais très précise. Ce qui est ici marquant, c’est qu’elle ne nous viendrait jamais naturellement !
Vous avez réalisé un podcast (en français, audio) dans le cadre de l’émission « Hypodcast » du lycée Victor Duruy sur votre retour d’expérience, quel message avez-vous voulu faire passer ?
Ce podcast s’appelle « Une expérience inattendue ». L’émission Hypodcast a pour but de promouvoir la classe préparatoire en général, mais aussi plus particulièrement celle du lycée Victor Duruy. Car nous vivons beaucoup d’expériences inattendues : nous avons visité le musée Rodin, nous sommes allés de nombreuses fois au théâtre, nous avons assisté à une cérémonie organisée à la Sorbonne, à l’occasion de l’entrée au panthéon de Marc Bloch. Enfin, il y a l’expérience de la Commission d’enrichissement de la langue française. Elle a montré la nécessité de se concentrer sur l’importance des mots, de la définition la plus fiable, de rechercher l’exactitude, la précision. C’est ce que je voulais montrer à travers ce podcast, car ce type d’expérience est au cœur de tout ce que nous faisons en classe préparatoire.
A titre plus personnel, que tirez-vous de cette expérience ?
Je suis très heureuse d’avoir pu participer à cette commission parce que l’expérience a été une grande découverte. Le principe même a été une découverte. J’ai rencontré des personnalités aux parcours inspirants, comme Etienne Quillot ou encore Rose Bidaux, qui défendent les mots, la langue française. Cette expérience m’a aussi aidée à mieux cerner et mieux travailler le principe de la définition. Ces travaux m’ont enfin permis de voir le monde autrement. J’insiste sur cela car j’ai pu traiter des questions que je ne m’étais jamais posées auparavant. Quand j’ouvre les réseaux sociaux, quand j’ouvre mon téléphone, tout me semblait naturel : on voit apparaître « For You Page », « Your Friends », « Swipe up », « I’m going to do an unboxing », … : aujourd’hui je peux connaître l’origine de ces anglicismes et ce qu’ils signifient. La Commission d’enrichissement m’a permis de comprendre d’autres façons de voir le monde.
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