Changer d’air, rencontrer d’autres jeunes, découvrir un nouvel environnement : une colonie de vacances est déjà une aventure à part entière. Quand des artistes s’invitent au programme, la « colo » peut aussi devenir un espace de création. C’est dans cet esprit que le ministère de la Culture propose, à travers l’opération Vacances culturelles, des séjours qui placent les pratiques artistiques et culturelles au cœur des vacances. Danse, théâtre, cinéma, cirque ou illustration : au fil des ateliers et des animations, les jeunes passent de l’autre côté du décor pour s’initier à une discipline ou réaliser des projets collectifs. Destinées en priorité à celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de partir en vacances, ces immersions offrent aux enfants et aux adolescents l’opportunité de s’ouvrir à de nouveaux horizons.
Les « Chaillot colos » mettent les jeunes en mouvement
Conçues et coordonnées par Chaillot - Théâtre national de la danse, les « Chaillot Colos » associent pratique artistique, temps de vacances et expérience de vie collective. Ces séjours, organisés avec des structures sociales et culturelles implantées dans les territoires, permettent à des enfants et à des adolescents de partager pendant plusieurs jours le quotidien d’artistes et de découvrir les arts du mouvement.
Cette année, six Chaillot colos déclinent cette ambition, au bénéfice de jeunes issus de différents territoires.
À Paris cet été, quatre colos sont accueillies sur place, à Chaillot. Des adolescents d’Île-de-France y sont accompagnés par le Groupe SOS, association engagée en faveur du vivre-ensemble. Ils viennent explorer, par la danse, les notions de résistance, de soin et d’engagement. Une compagnie de danse venue de Tarbes remonte aux racines sociales du hip-hop autour de la pièce Des danses et des luttes. Des jeunes des Pays de la Loire découvrent, quant à eux, le porté acrobatique, la voltige et l’équilibre. Enfin, des adolescents venus d’Angoulême rencontrent l’univers chorégraphique d’Amala Dianor, nourri de contes, de mythes et d’histoires orales.
À la Toussaint, une colo réunira des adolescents à la MJC de Persan dans le Val d’Oise autour d’un projet basé sur le texte Fiesta de Gwendoline Soublin, qui aborde la question de la maladie, de la fête, de l’amitié et du dérèglement climatique par l’intermédiaire du théâtre et de la danse hip hop. En Martinique, une autre « Chaillot Colo » associera danse, acrobatie, jeux en extérieur et projections de sports extrêmes. Inspirée du spectacle Corps extrêmes de Rachid Ouramdane, elle invite les adolescents à bouger autrement et à se dépasser.
Le point commun des « Chaillot colos » : la pratique artistique rythme aussi la vie quotidienne. Les jeunes y apprennent à travailler ensemble, à se faire confiance et à aller au bout d’un projet commun.
Des séjours pour vivre les festivals de l’intérieur
À Avignon et à Aurillac, les Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) proposent une autre forme d’immersion pendant l'été : vivre plusieurs jours au cœur d’un festival. Hébergés en pension complète, les jeunes assistent à des spectacles en petits groupes, échangent sur ce qu’ils ont ressenti et vont à la rencontre des artistes. La durée du séjour, variable, permet aussi de lever certains freins et de se familiariser progressivement avec des lieux culturels parfois impressionnants.
Avec le festival La Bande à Léo, organisé en juillet en Côte-d’Or par la Fédération Léo Lagrange, les 18-25 ans franchissent une étape supplémentaire : ils participent à la conception du séjour et d’un événement ouvert au public. Programmation, scénographie, communication… Accompagnés par des artistes régionaux, ils deviennent organisateurs autant que participants.
C’est autour de cette même idée de co-construction qu’est conçue la tournée estivale l’EsKale, qui sillonne la France entre juin et octobre 2026, en s’appuyant sur les structures enfance et jeunesse du réseau Léo Lagrange. Chaque étape permet aux enfants et aux jeunes, encadrés par des artistes et des professionnels de l’éducation populaire, de s’exprimer via des ateliers radio et de pratiquer des activités culturelles.
Le territoire comme source d’inspiration
Plusieurs séjours s’appuient sur les lieux où ils se déroulent pour nourrir la création. Avec le projet estival Ciné-Voile, porté par les associations Cales Obscures et Tous en Mer, des jeunes issus des quartiers prioritaires de Saint-Nazaire découvrent à la fois la navigation et le cinéma documentaire, avant de projeter leurs films en plein air dans leurs quartiers. En Ardèche cet été, avec la résidence Premières lueurs, la Fédération des Œuvres laïques fait entrer des artistes en résidence dans le quotidien de la colonie de vacances de Saint-Barthélemy-Grozon. Danse, musique et illustration se croisent au fil des ateliers, en lien avec la découverte de l’environnement local.
L’attention portée au cadre de vie est également au cœur des actions menées par la Confédération nationale des foyers ruraux (CNFR). Pendant l’été et les vacances de la Toussaint, son réseau mobilise dix fédérations départementales et une quarantaine de communes autour de projets destinés en priorité aux jeunes des territoires ruraux, souvent éloignés des équipements et de l’offre culturelle. Cinéma, bande dessinée, théâtre, lecture ou arts du cirque : chaque fédération construit son programme avec les acteurs locaux. Un maillage qui permet aux jeunes de devenir, à leur tour, acteurs de la vie culturelle de leur territoire.
Des colos et dé-connexions
Parmi ces initiatives de la CNFR, plusieurs séjours illustrent l'une des ambitions des Vacances culturelles : proposer aux jeunes des expériences artistiques, culturelles et collectives qui constituent de véritables alternatives aux usages passifs des écrans.
En Meurthe-et-Moselle, un camp itinérant de cirque invite une vingtaine de jeunes à créer un spectacle présenté dans plusieurs villages. Les téléphones portables y sont volontairement laissés de côté pour privilégier la pratique artistique, la coopération et la vie collective.
En Moselle, le séjour Trappeurs propose une immersion en pleine nature autour du patrimoine immatériel rural. Construction d'abris, lecture du paysage, veillées contées, land art ou tenue d'un carnet de bord rythment le séjour et permettent aux jeunes de renouer avec leur environnement, de développer leur créativité et de faire l'expérience d'un rapport plus équilibré au numérique.
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