Colos artistiques, visites contées dans des monuments historiques, immersion au cœur de festivals… Les Vacances culturelles, qui ont démarré l’été dernier, font le plein de propositions dans toutes nos régions. Pratique artistique, rencontre avec des artistes, découverte du patrimoine, du livre et de la lecture : le dispositif invite à un lot d’expériences collectives, une déconnexion aux écrans, mais aussi à aiguiser la curiosité des plus jeunes.
À travers cette diversité de projets, les Vacances culturelles portent une ambition simple mais essentielle : faire des vacances un temps d’ouverture, de découverte et d’émancipation, où chaque jeune, quel que soit son parcours ou son lieu de vie, peut rencontrer la culture, mais aussi y prendre pleinement sa place.
Pour mieux saisir les enjeux de la manifestation, nous avons interrogé Isabelle Chardonnier, directrice générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche au ministère de la Culture.
Les Vacances culturelles s'adressent aux enfants, aux jeunes et à leurs familles pendant les vacances scolaires. Quelle ambition le ministère de la Culture porte-t-il à travers ce dispositif ?
Isabelle Chardonnier : Les vacances occupent une place particulière dans la vie des enfants et des jeunes : elles constituent un moment privilégié de découverte, de liberté, de rencontres et de construction personnelle. Avec les Vacances culturelles, l'ambition du ministère de la Culture est de faire de ces périodes un véritable temps de culture, en permettant au plus grand nombre de vivre des expériences artistiques et culturelles de qualité, au plus près de leurs lieux de vie ou de vacances. Cette ambition s'inscrit pleinement dans la priorité que le ministère accorde à l'éducation artistique et culturelle, qui se construit aussi bien à l'école qu'en dehors du temps scolaire. Les vacances offrent justement un cadre privilégié pour expérimenter autrement la culture.
Les Vacances culturelles répondent aussi à des enjeux très actuels et notamment celui de proposer des alternatives concrètes aux usages passifs des écrans, en offrant des moments de création, de partage et de présence aux autres. Les périodes de vacances sont souvent celles où le temps passé devant les écrans augmente, mais aussi celles où les inégalités d'accès aux loisirs, aux découvertes et aux pratiques culturelles se creusent. Tous les enfants ne partent pas en vacances et tous ne disposent pas des mêmes opportunités. C'est pourquoi le dispositif porte une attention particulière aux jeunes qui ne partent pas ou qui sont accompagnés par des structures sociales, médico-sociales ou de protection judiciaire.
Cette ambition prend corps partout en France grâce à un réseau d'acteurs culturels, associatifs et territoriaux. En 2026, entre 1 000 et 1 300 projets seront ainsi soutenus. Ils reposent sur une conviction forte : la culture se vit autant qu'elle se transmet. Ateliers de pratique, résidences, rencontres avec des artistes, découvertes des patrimoines ou créations collectives permettent aux jeunes de développer leur créativité, leur esprit critique, leur confiance en eux et leur compréhension du monde qui les entoure. Cette dynamique bénéficie également aux artistes eux-mêmes : les Vacances culturelles leur offrent des espaces de création, de transmission et de rencontre avec les publics. Elles constituent ainsi un levier important d'insertion professionnelle pour de jeunes artistes diplômés des établissements d'enseignement supérieur Culture, qui peuvent y développer leurs premiers projets au contact des habitants.
Les Vacances culturelles s'appuient sur la mobilisation d’une grande diversité d’acteurs. Pourquoi cette dynamique collective est-elle essentielle ?
Isabelle Chardonnier : La force des Vacances culturelles repose d’abord sur leur ancrage territorial. Cette dynamique collective permet de construire des projets au plus près des réalités des territoires, en s’appuyant sur la connaissance fine qu’ont les acteurs locaux des publics, des lieux de vie et des ressources culturelles existantes.
Les services déconcentrés du ministère de la Culture – DRAC, DAC, MAC et DCJS – jouent un rôle central dans le déploiement du dispositif. Forts de leur connaissance fine des territoires, des publics et des acteurs locaux, ils accompagnent les porteurs de projets et favorisent la mise en réseau d’une grande diversité de partenaires : collectivités territoriales, associations, artistes, établissements culturels, opérateurs nationaux, acteurs de l’éducation populaire ou encore structures sociales et médico-sociales.
Cette dynamique s’appuie également sur la mobilisation de réseaux et d’acteurs nationaux qui apportent leur expertise, leur capacité d’intervention et leur maillage territorial. Un certain nombre de fédérations d’éducation populaire et de solidarité, et d’opérateurs culturels nationaux sous tutelle du ministère contribuent ainsi à déployer des projets dans des contextes très variés, au bénéfice de publics souvent éloignés de l’offre culturelle.
Cette richesse partenariale permet notamment d’intervenir au plus près des territoires prioritaires, qu’il s’agisse des quartiers de la politique de la ville, des territoires ruraux ou des outre-mer, en tenant compte de leurs spécificités et de leurs besoins. C’est cette capacité à fédérer des compétences et des énergies complémentaires qui fait des Vacances culturelles un véritable outil de démocratie culturelle, en permettant à chacun de trouver sa place dans la vie artistique et culturelle.
Quelles sont les grandes priorités de cette édition 2026 des Vacances culturelles ?
Isabelle Chardonnier : Pour cette édition 2026, les Vacances culturelles poursuivent leur ambition première : permettre aux jeunes de vivre des expériences culturelles diversifiées, en donnant une place centrale à la pratique, à la création et à la rencontre.
Le dispositif s’adresse en priorité aux jeunes qui ne partent pas en vacances mais également aux jeunes et aux familles présents sur leurs lieux de vacances, notamment grâce au partenariat du ministère de la Culture avec l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT), qui permet de développer des projets artistiques au sein des centres de vacances.
Cette édition s’appuie également sur trois grandes priorités thématiques. Le livre et la lecture occupent une place importante, avec des projets qui cherchent à renouer le lien des jeunes avec la lecture et l’écriture à travers des ateliers de création, des rencontres avec des auteurs ou des parcours menés avec des bibliothèques et des médiathèques.
Le patrimoine de proximité constitue un autre axe fort, avec des projets qui invitent les jeunes à découvrir l’histoire et les ressources culturelles de leur territoire, parfois en participant directement à leur valorisation.
Enfin, l’éducation aux médias et à l’information fait l’objet d’une attention particulière. Dans un contexte où les jeunes sont quotidiennement confrontés à une très grande quantité d'images et d'informations, il est essentiel de leur donner les clés pour développer leur esprit critique et devenir pleinement acteurs de leurs usages numériques. Ateliers radio, découverte du journalisme, création audiovisuelle, projets autour du cinéma ou décryptage des médias leur permettent d'aborder ces enjeux de manière concrète et créative tout en nourrissant leur capacité à devenir acteurs du monde contemporain.
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