« La culture, c’est une idée qui nous dépasse, qui transcende tous les clivages et toutes les fractures ». Forte de cette conception ouverte de la vie culturelle, Rachida Dati, ministre de la Culture a présenté, jeudi 29 janvier, dans « un contexte géopolitique très fracturé », les priorités pour le monde de la culture pour 2026. Accès, souveraineté, financements... les principaux extraits de son intervention.
Première priorité : répondre au « besoin de culture » des Français
Pour la Ministre, l’accès à la culture est le « combat » cardinal, celui qui permet de « forger une communauté de destin ». Ce combat, la ministre de la Culture le mène dans plusieurs directions.
Pour « faire tomber les barrières géographiques », elle a rappelé son action en faveur territoires ruraux (22 M€ consacrés au plan Culture et ruralité, « qui continue de se déployer en 2026 avec un succès inédit ») et des quartiers prioritaires. « J’ai voulu faire entrer la culture dans des lieux populaires, dans des campings, des EPHAD, des MJC, des lieux d’éducation populaire, mais aussi avec les plans pour nos arts et traditions populaires, nos fanfares et nos cabarets qui connaissent un grand succès et qui vont se poursuivre en 2026 », a souligné la Ministre.
Les barrières ne permettant pas d’accéder à la culture peuvent être également d’ordres psychologique ou social. Le pass Culture, un dispositif qui permet aux jeunes d’accéder à l’offre culturelle, est plébiscité notamment par les jeunes issus de la ruralité et des quartiers prioritaires, s’est félicitée la Ministre, en annonçant une « généralisation » en 2026 de l’application géolocalisée à tous les citoyens.
Dans le même esprit, elle entend continuer en 2026 à faire de « nos lieux du quotidien des lieux de culture » à travers « un fonds pour l’art public alimenté par les obligations du 1% artistique insuffisamment mises en œuvre ». « Nous allons aussi continuer à faire tomber les barrières qui intimident (…), a poursuivi la Ministre. Comme avec l’opération « Tous à l’Opéra ! », 2026 verra la création de la « fête du théâtre ». Tous les établissements, publics comme privés, ouvriront leurs portes le temps d’un week-end ».
Dernier blocage – et non le moindre – l’omniprésence des écrans. Afin de conserver un espace à la lecture, les ministres de la Culture et de l’Éducation nationale ont multiplié les initiatives en ce sens. En 2026, la Ministre va mettre en place des pôles labellisés par le ministère et dotés de 150 000 € pour « renforcer les rencontres entre les auteurs et les publics ».
Deuxième priorité : répondre aux enjeux de la protection du patrimoine
Volet essentiel de la culture, le patrimoine, qu’il soit monumental ou muséal, archéologique ou immatériel, fait la « fierté » de nos territoires. « Le projet de « National Trust à la Française », adossé au Centre des monuments nationaux, qui doit poursuivre son déploiement, permettra à terme de mieux mettre en valeur, protéger, financer et faire vivre les 45 000 monuments historiques de notre pays », a affirmé la ministre de la Culture.
Cette fierté, on la doit aussi aux fleurons que sont nos grands musées et monuments nationaux. Le budget de la protection et de la réhabilitation de notre patrimoine historique a augmenté de 40 % depuis 2017, a précisé la Ministre, ajoutant que « plusieurs opérations structurantes suivent leur trajectoire, comme celle de la rénovation du Centre Pompidou ou celle de la sécurisation des 87 cathédrales de l’État ».
« Reste la sécurisation et la gestion du musée du Louvre, a poursuivi la Ministre. C’est une priorité à part après le cambriolage spectaculaire qui a sidéré la France et le monde. Cela a permis une prise de conscience collective qui a remis la sécurité des musées au cœur des priorités ».
Troisième priorité : réaffirmer notre souveraineté culturelle
Le modèle culturel français, s’il a montré sa « force » et sa « solidité », fait l’objet d’une remise en cause par différents acteurs. Pour le préserver, il doit répondre à plusieurs défis.
Le défi technologique : l’Intelligence Artificielle (IA), qui utilise massivement œuvres et contenus, a remis en cause l’effectivité du droit d’auteur et de la rémunération des ayants droit. Face à cette situation, la Ministre a rappelé la position de la France : « soutenir l’innovation, tout en protégeant le droit d’auteur, pilier de notre modèle culturel et de notre souveraineté créative ».
Réaffirmer « notre souveraineté culturelle » face à des acteurs qui remettent en cause notre modèle de financement de la création cinématographique et audiovisuelle constitue le deuxième défi. Véritable « pilier de notre exception culturelle », ce soutien ne « doit pas être remis en cause », a assuré la Ministre. « C’est tout l’enjeu du débat que nous aurons à l’échelle européenne, avec la probable réouverture de la directive service de médias audiovisuels (…), qu’il faut continuer à défendre ». Par ailleurs, les modèles économiques de nos médias sont, eux aussi, remis en cause par les grandes plateformes. « Des dispositions seront proposées aux parlementaires, visant en particulier à renforcer les droits voisins des éditeurs de presse, à instaurer une obligation de transparence de la part des annonceurs sur le fléchage de leurs investissements publicitaires vers les médias traditionnels et les grandes plateformes », a-t-elle complété.
Que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, la culture est, aujourd’hui, au cœur des crises qui secouent le monde. « Nous avons ainsi développé, ces derniers mois, des projets d’appui au patrimoine, en lien étroit avec nos partenaires, notamment l’INP et l’ALIPH, mais aussi des actions dans le domaine du cinéma, menées à la fois de manière bilatérale et avec les acteurs de la région », explique la Ministre, alors que la France vient de rejoindre ALIPH.
La ministre de la Culture a conclu son intervention en revenant sur un thème fort de son action : la liberté de création. « En 2024, nous avons lancé un plan pour la liberté de création, une haute fonctionnaire spécialement dédiée a été nommée en 2025, a-t-elle souligné. Il faut aller encore plus loin. Il faut que nous engagions un travail avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice, pour que préfets et magistrats prennent toute leur part dans cette lutte. Car ce combat républicain est un combat collectif et qui doit devenir une responsabilité partagée ».
Un projet phare : la Maison du dessin de presse
Projet phare du Président de la République, la Maison du dessin de presse, qui sera un lieu de création, de patrimoine et de résidences, doit être inaugurée en 2027. « Dans la continuité du souhait du Président de la République, j’ai voulu porter ce projet personnellement, a souligné Rachida Dati. C’est parce que je crois qu’il dit ce que nous sommes. Il contribue bien sûr à l’hommage rendu par la République aux dessinateurs de presse, aux journalistes et aux membres de la rédaction de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015. Et au-delà, il aura pour ambition de valoriser la place centrale qu’occupe le dessin de presse dans notre vie démocratique et dans la défense de la liberté d’expression, que le ministère de la Culture, en charge des médias, a la responsabilité ».
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