Pas besoin de parcourir des dizaines de kilomètres pour aller à la rencontre du patrimoine. Il peut se trouver derrière les remparts d’un château voisin, dans les vestiges d’un quartier ou au détour d’un sentier. Pilotée par le ministère de la Culture, l’opération Vacances culturelles permet aux jeunes et aux familles d’explorer autrement leur territoire. Cet été et cet automne, des événements inédits organisés par les acteurs locaux pendant les congés scolaires font appel au jeu, au spectacle et ou encore à la pratique artistique. Petit tour d’horizon des activités consacrées au patrimoine de proximité.
Quand monuments et châteaux changent de décor
Pendant l’été et durant les vacances de la Toussaint, le Centre des monuments nationaux propose des activités conçues avec les acteurs du champ social, de l’éducation populaire et de la politique de la ville. À l’Arc de triomphe à Paris, les jeunes explorent le monument par la photographie. À la basilique de Saint-Denis, ils s’immergent dans l’épopée du roi Dagobert par le théâtre. Au Panthéon, ils s’initient au métier d’historien. À l’automne et en hiver, certains sites réservent également des expériences originales aux familles avec, par exemple, un atelier culinaire au Château de Vincennes, des visites contées à l’Hôtel de la Marine à Paris ou au château d'Aulteribe, dans le Puy-de-Dôme.
L’imaginaire du château est également au cœur des « Nuits des Mystères » organisées dans l’Aveyron par les Amis du Château de Latour et la Compagnie ôRageuse. En s’inspirant des légendes du site, les jeunes se réapproprient leur patrimoine à travers une aventure mêlant écriture, théâtre et arts textiles. Aux châteaux de Compiègne et Blérancourt, dans l’Oise, contes, théâtre et marionnettes font revivre Napoléon Ier et les relations franco-américaines. Changement de décor au château d’Écouen, dans le Val-d’Oise, où les visiteurs ont rendez-vous avec la Renaissance. Tournoi de tir à l’arc en 3D, ateliers de sérigraphie, initiation à l’escrime, exposition sur le céramiste Bernard Palissy : de quoi assouvir la curiosité de toutes les générations.
Enquêter sur le passé grâce à l’archéologie
Pour remonter le fil de l’histoire, certains projets misent sur l’archéologie. Aux Eyzies-de-Tayac en Dordogne, le musée national de Préhistoire plonge les visiteurs dans « le Mystère des 5 griffes », une enquête théâtralisée autour d’une sépulture préhistorique fictive. Guidés par des comédiens, ils observent les collections, confrontent leurs hypothèses et se familiarisent avec la démarche archéologique.
En Île-de-France, le projet « Passe-Temps Archéo », conçu par l’association ArkéoMédia, déploie ateliers et sorties au plus près des lieux de vie, en Seine-et-Marne et en Essonne : initiation aux gestes de l’archéologue, visite de l’ancienne abbaye de Champbenoist à Provins ou découverte des traces laissées par les premiers habitants des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes. Dans le Morvan, à l’emplacement d’une ancienne cité gauloise, le site archéologique de Bibracte propose aux enfants des ateliers itinérants de dessin, théâtre, gravure ou illustration. Chacun reçoit aussi un laisser-passer pour visiter le site et son musée. En Martinique, l’Association de Recherches et de Valorisation du Patrimoine Archéologique sous-marin de la Martinique (ARVPAM) organise des conférences itinérantes en lien avec l’exposition Plongée dans le bleu, qui sensibilise les jeunes au patrimoine archéologique sous-marin ainsi qu’à l’histoire de la montagne Pelée, un volcan gris actif, et aux risques naturels.
Quand le territoire devient un atelier à ciel ouvert
Certains projets font des édifices et des paysages de véritables espaces de création. Au château d’Espeyran, dans le Gard, le Centre national du microfilm et de la numérisation (CNMN) réunit enfants, familles et artistes autour de la faune et de la flore locales. Dessin, broderie, chant ou vidéo alimentent peu à peu une œuvre collective : la Grande Table de l’Amitié. À la Commanderie d’Arville, dans le Loir-et-Cher, l’été est rythmé par un parcours sensoriel consacré aux Templiers, des randonnées à dos d’âne ou des ateliers autour du Moyen Âge. En Corse-du-Sud, Radio Frequenza Nostra pilote le projet « Voix des tours génoises ». Le principe : micros en main, les jeunes de la région réalisent des podcasts immersifs pour redonner voix aux sentinelles de l’île.
Des savoir-faire en héritage
D’autres formes de patrimoine se transmettent par les gestes et les savoir-faire. À Sohoa, haut lieu de la poterie à Mayotte, des jeunes de 14 à 25 ans découvrent le modelage, la cuisson traditionnelle ou le tressage auprès d’artistes et de spécialistes grâce au projet « Patrimoine et Couleurs : transmission culturelle et remobilisation artistique pour jeunes mahorais » porté par l’association Mayotte Immersion. Une manière pour les jeunes de s’approprier leur héritage ancestral tout en développant leur créativité. Autre territoire, mais une même volonté de perpétuer le patrimoine immatériel : à Argentat, en Corrèze, dix adolescents encadrés par l’association Argentat Dordogne Canoë-Kayak (ADCK) construisent une gabarre, embarcation emblématique de la vallée de la Dordogne. Apprendre auprès des autres, créer ensemble et faire revivre des gestes anciens : autant de facettes des Vacances culturelles qui permettent aux jeunes de devenir, à leur tour, des passeurs de patrimoine.
REMPART : soixante ans d’engagement au service du patrimoine
Mouvement de jeunesse et d’éducation populaire créé il y a 60 ans, l’Union REMPART fédère 200 associations engagées dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine autour de valeurs humanistes. Sur ses chantiers bénévoles, enfants, adolescents, familles et jeunes adultes s’initient à la taille de pierre, à la maçonnerie, à la charpente, au vitrail ou à l’archéologie tout en participant à la restauration d’un site. Nourris et logés sur place, ils partagent aussi les repas et les tâches quotidiennes. Par leur dimension culturelle, citoyenne et participative, ces chantiers trouvent naturellement leur place dans l’opération Vacances culturelles. Majoritairement implantés en milieu rural, ils offrent une parenthèse loin des écrans, propice à la coopération et au respect de l’environnement.
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