Le module 2 de la Session 22-23 consacré à la démocratie culturelle, s’est tenu successivement les 13 et 14 octobre à La Villette et à la Gaîté Lyrique. L’occasion pour les auditrices et auditeurs d’interroger les conditions concrètes de mise en œuvre de la démocratie culturelle. Deux sujets en particuliers ont été abordés qui déclinent tous les deux des aspects cruciaux des enjeux temporels dans les pratiques culturelles : les questions de mobilité et de proximité des offres culturelles sur les territoires, et l’évolution des pratiques culturelles avec l’âge, ainsi que les partages intergénérationnels.

 

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« Aller vers pour faire venir » : diagnostics temporels et inscription locale pour créer la familiarité culturelle

 

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Le premier jour, le groupe du CHEC a été accueilli à l’Etablissement Public du Parc et de la Grande Halle de La Villette (EPPGHV) par son Président, Didier Fusillier. A ses côtés, Rachel Fourmentin, directrice de la culture Rennes métropole et ville de Rennes, Juliette Guépratte, directrice de la stratégie du musée du Louvre Lens (toutes deux auditrices de la session), et Noël Corbin, délégué général à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle, ont échangé sur les enjeux de proximité dans les politiques culturelles. Grâce aux diagnostics de son bureau des temps, Rennes répond plus adéquatement aux attentes culturelles des habitants et atteint de nouveaux publics cibles (adaptation des horaires de cours, de bibliothèques, voire de travail.) Quant au Louvre Lens, c’est un musée entier dédié au public désormais implanté sur le territoire, dont le souci d’accessibilité transparaît dans son architecture même. Sa galerie des temps, gratuite pour tous, permet notamment d’attirer 21% de la catégories socio-professionnelles des employés et ouvriers, soit 7 points de plus que la moyenne nationale. Pour renouer les liens de la communauté, l’établissement insiste sur  la prise en compte de tous les publics, s’ouvre à de multiples activités, et confie même un commissariat d’exposition à des jeunes en décrochage scolaire pour passer le témoin. Didier Fusillier présente pour sa part le dispositif  duplicable des Microfolies. Ce dispositif conçu par la Villette en partenariat avec diverses institutions culturelles et déployé sur de nombreux territoires. Grâce à l’implication des collectivités et des lieux culturels qui l’accueillent, il participe localement à faire vivre de nouveaux usages culturels et d’un nouveau tissage des liens sociaux, renouvelant avec l’appui de l’interface numérique, le rapport et l’ouverture aux œuvres. Comme l’exprime Noël Corbin, le but est de créer des zones de familiarité avec l’offre culturelle, pour instaurer une accessibilité non-seulement géographique, mais aussi affective, qu’il résume par la formule suivante : ‘aller vers pour faire venir.’

 

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Puis ce sont l’historien et professeur à Sciences Po Lille Philippe Darriulat et la cheffe du département des études de la prospective, des statistiques et de la documentation Amandine Schreiber qui nous ont offert un panorama passionnant sur l’évolution des pratiques culturelles françaises, à travers les siècles, mais aussi, de façon plus récente, du fait de la révolution numérique. 

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L’après-midi, la Secrétaire générale adjointe du ministère de la Culture Aude Accary-Bonnery a poursuivi par une présentation des enjeux économiques actuels, en interrogeant le rôle du temps dans la formation de la chaîne de valeur des offres culturelles.

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Puis Frédéric Hocquart, adjoint à la maire de Paris en charge du Tourisme et de la vie nocturne, Président de la Fédération Nationale des collectivités territoriales pour la Culture (FNCC) et Laurent Roturier, Directeur régional des affaires culturelles d’Île-de-France, Président de l’association des Directions régionales des affaires culturelles (DRAC), ont partagé leurs approches complémentaires sur le thème de l’articulation entre urgence et temps long pour l’Etat et les collectivités territoriales, lors d’une table ronde introduite par Rémi Bochard, directeur général des services de la communauté d’agglomération du Pays Basque et auditeur de la Session. En prise avec l’accélération du temps et la sur-sollicitation, leur quotidien s’accommode difficilement de la nécessité d’un temps long d’observation pour s’adapter aux changements des pratiques citoyennes, pourtant nécessaire.


Les groupes de travail se sont ensuite réunis  à la Cité des Sciences et de l’Industrie pour avancer sur leurs thématiques respectives.


Les expérimentations à l’honneur pour dessiner le monde culturel de demain

 

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Le lendemain, direction la Gaîté Lyrique, où la directrice Laëtitia Stagnara a engagé les réflexions du jour dédiées à la place des partages culturels intergénérationnels Au sein de l’établissement qu’elle dirige, elle repère deux missions majeures : retrouver un partage de références communes, et faire le récit optimiste d’un monde en mutations en proposant des modèles, dans une démarche festive et inclusive.

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A sa suite, Bernard Latarjet, ancien président de l’Établissement public de la grande Halle de la Villette et Président de l’Office National de diffusion artistique (ONDA) a présenté les principaux enjeux développé dans son ouvrage Pour une politique culturelle renouvelée, co-écrit avec Jean-François Marguerin, alertant sur le besoin de réinventer ou adapter les modalités de l’action publique dans le domaine de la culture, en tenant compte des besoins exprimés par les territoires et des nouvelles formes d’expression culturelles et de lieux d’émergence.


Les auditrices et auditeurs ont eu la chance de visiter les expositions Aurae de Sabrina Ratté et Shiny Gold, de Nelly Ben Hayoun.

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Après le déjeuner, Paul de Sinety, le Délégué général à la langue française et aux langues de France, et Céline Danion, Déléguée générale de la Belle Harangue, fête de l’écriture et de la parole, ont uni leurs approches dans la présentation des enjeux afférents à l’apprentissage de la langue et à son évolution. Tous deux rappellent l’importance de la maîtrise de la langue pour exercer sa citoyenneté et accéder à l’offre culturelle, d’où découle le soutien de la Délégation au projet de la Belle Harangue, qui invite tous les jeunes à manier la langue française.

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Enfin, Jos Auzende, Directrice artistique de la Gaîté Lyrique, a expliqué la raison d’être de ce lieu-média, celle de se frayer un chemin dans un monde complexe, orienté vers un futur techno-écologique. Elle a ainsi partagé la diversité et l’inventivité des projets de l’établissement, centrés sur le digital et déclinés pour tous les âges, avec en trame de fond la coopération et un entrelac générationnel : ses expositions Grand Format, bien sûr, mais aussi Capitaine Futur, un dispositif d’exposition destiné aux enfants, ses ateliers, l’enseignement, les concerts et masterclasses, l’avant-garde avec ses résidences, pour « chercher, inventer ensemble les moyens d’habiter cette désorientation de nos repères. »

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Une dynamique de co-construction privilégiée également par Bernard Sevaux, Directeur général adjoint culture, jeunesse et prospective de Villeurbanne, directeur du projet Villeurbanne Capitale française de la Culture. Porteur de la volonté de « faire un peu plus avec que pour », il a évoqué la territorialisation de l’offre d’éducation qu’il a mené à travers les mini-mix, et surtout le succès du festival REEL, porté par 150 jeunes, qui a fédéré toutes les générations de la ville autour de plus de 800 évènements.  

En écho, François Taddei, Président cofondateur du Learning Planet Institute, nous a finalement invité à repenser notre échelle pour se considérer comme des ‘planetoyens’.


Les auditeurs et auditrices se retrouveront le 17, 18 et 19 novembre pour aborder les temps de l’international et de l’Europe.