Pour faire émerger des propositions culturelles novatrices dans les territoires, l’État s’appuie sur de nouveaux outils : un dispositif dédié aux industries culturelles et créatives (ICC) et un fonds d’innovation territoriale. Explications.

Quel est le point commun entre la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts, et le pôle européen de la céramique à Limoges, d’une part, le sentier des Lauzes, situé dans un territoire enclavé, en Ardèche et la transformation de l’EHPAD de Bracieux, situé entre Chambord et Cheverny, en véritable Maison des générations et de la culture, de l’autre ?

Ces propositions territoriales innovantes ont toutes été soutenues et accompagnées par le ministère de la Culture. Les premières sont encadrées par un dispositif visant à faire émerger des pôles territoriaux d’industries culturelles et créatives dans les territoires, les secondes par le Fonds d’innovation territoriale, dont l'ambition est de tisser de nouveaux liens sur les territoires.

Pôles territoriaux d’industries culturelles et créatives : de véritables tremplins pour les acteurs locaux

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Le programme gouvernemental France 2030 dédie près d'un milliard d’euros au financement de l’innovation des industries culturelles et créatives. Un dispositif doté de 47 millions d’euros vise à faire émerger des pôles territoriaux d’industries culturelles et créatives dans les territoires. Il comporte deux phases : un appel à manifestation d’intérêt, suivi, en 2024, d’un appel à projets.

Ces pôles fédèrent un réseau physique d’acteurs – collectivités, entreprises, associations, lieux de production et de diffusion, et établissements d’enseignement, de formation et de recherche – afin de mutualiser leurs ressources et leurs actions. Il s’agit d’écosystèmes structurés qui facilitent la collaboration, la croissance et le développement entre les acteurs culturels d’un territoire. Certains secteurs sont à ce titre considérés comme prioritaires : métiers d’art, design et création de mode, ainsi que les technologies du son et de l’image.

« Dans le cadre de France 2030, ces pôles sont clairement identifiés comme des tremplins pour que les acteurs locaux s’approprient les dynamiques d’innovation : projets de recherche & développement collaboratifs, développements de formation aux nouveaux métiers de la culture, candidatures communes à des appels à projets, actions de communication mutualisées, partenariats internationaux », souligne Amélie Tchadirdjian, en charge du développement territorial de l’entrepreneuriat culturel à la direction générale des médias et industries culturelles du ministère de la Culture.

La première phase du dispositif a permis d’identifier 25 lauréats sur les 138 candidatures reçues. Les lauréats sont repartis dans tout la France, y compris en Outre-Mer et situés aussi bien dans des métropoles que des territoires ruraux. Ils comportent à la fois des pôles déjà développés, comme le pôle européen de la céramique à Limoges, que des pôles émergents, comme celui de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts et consacré au traitement automatisé du Français et des langues de France.

Fonds d’innovation territoriale : créer de nouveaux liens sur le territoire

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Lancé en 2022 et géré par la délégation générale aux territoires, à la transmission et à la démocratie culturelle du ministère de la Culture, ce fonds est destiné à soutenir des projets innovants qui associent au moins une collectivité territoriale. Ils doivent avoir pour objectif la création de nouveaux liens sur le territoire, avec une offre d’espaces d’expressions et de vie culturelle élargie à une grande diversité de sujets, par exemple au travers des tiers-lieux. Ce fonds peut venir compléter d’autres dispositifs de soutien.

C’est le cas du sentier des Lauzes (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes), de l’exploration des liens entre art et agriculture à Montmédy (DRAC Grand Est) et de la transformation de l’EHPAD de Bracieux en Maison des générations et de la culture (DRAC Centre-Val-de-Loire)

Le sentier des Lauzes : une approche multidisciplinaire

La vallée de la Drobie, dans le parc naturel régional des monts d’Ardèche, est une vallée sauvage. Aux abords de Joyeuse, le sentier des Lauzes forme une boucle de 15 kilomètres, reliant Dompnac et Saint-Mélany. Et constitue, grâce à l’association qui porte son nom, un parcours culturel, une résidence d’artistes, un lieu de rencontres et d’échanges… « Cette approche de territoire pluridisciplinaire touche à la fois un public local et extérieur. Le sentier des Lauzes attire, dans un territoire enclavé de très nombreux visiteurs, attirés par un événement ponctuel ou la découverte d’œuvres pérennes », décrit Thomas Kocek, conseiller arts plastiques à la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes. Le projet qui participe aux actions d’une convention territoriale d’éducation artistique et culturelle rassemblant la Communauté de Communes Beaume Drobie, l’État, la région, le département de l’Ardèche, la CAF, bénéficie aussi d’un soutien au travers de la commande publique, du fonds festival lors de ses biennales qui accueillent des artistes prestigieux et bien sûr du fonds d’innovation territoriale.

À Montmédy, un pont entre les arts et l’agriculture

En 2021, à l’occasion d’une résidence d’artiste financée par la DRAC du Grand Est, Carole Nieder, plasticienne et architecte strasbourgeoise posait ses valises et ses pinceaux à Montmédy, une commune rurale de la Meuse. Elle n’en partira plus et décide de travailler, de 2022 à 2025, à un projet intitulé « Culture », dans lequel, avec une douzaine d’exploitants agricoles, elle explore les liens entre art et agriculture. « Il s’agit d’un véritable projet culturel de territoire qui associe communes, communautés de communes, habitants, artistes invités et qui a aussi pour partenaires les ministères de la culture, de l’agriculture, de l’éducation nationale. Ce projet peut exister car il fait converger la volonté des partenaires et des élus locaux, et l’appui de l’État à travers le fonds d’innovation territoriale.. Pour une petite communauté rurale, il est impensable de consacrer 50 000 euros à un projet culturel. Notre DRAC a fait le choix d’orienter ce fonds prioritairement vers les projets innovants portés par des territoires ruraux en déprise. » explique Anaïs Guedon, conseillère action culturelle et territoire à la DRAC du Grand Est.

Un tiers-lieu pour l’EHPAD de Bracieux

« Il s’agit de transformer un EHPAD en ressource culturelle, un véritable tiers-lieu vivant et ouvert à tous, offrant micro-crèche, espaces de co-working , lieux d’exposition, résidences d’artiste, concerts ainsi qu’une véritable saison culturelle. L’EHPAD accueille également les élèves de l’école de musique », résume Hélène Glaizes, conseillère action culturelle et territoire à la DRAC Centre-Val de Loire. Sous l’impulsion de son directeur, Pierre Gouabault, l’EHPAD de Bracieux, une commune située entre Chambord et Cheverny, a entamé sa mue en Maison des générations et de la culture. « Pour accompagner ce projet innovant, qui fait de l’EHPAD un lieu de vie et de culture intergénérationnel, nous avons mobilisé le fonds d’innovation territoriale, mais aussi le fonds d’accessibilité aux œuvres (pour l’achat de boucles magnétiques à l’intention des malentendants), ainsi que le protocole interministériel culture et santé qui favorise l’accès à la culture dans les établissements de santé », indique Hélène Glaizes. Les acteurs culturels locaux, la Communauté de communes du Grand Chambord, la Halle aux grains et le Chato’do, qui sont respectivement la Scène nationale et la Scène de musique actuelle de Blois sont également partenaires de ce projet atypique.