Vérifier qu’un tableau n’a pas bougé du mur où il a été installé, contrôler l’état de conservation d’un meuble, pointer chaque numéro d‘inventaire : c’est tout l’enjeu du récolement, cette mission de pointage rigoureuse vidant à confronter la réalité du terrain aux registres officiels. Un défi de taille quand on sait que les administrations centrales des ministères disposent toutes, depuis des décennies, de nombreux dépôts d’œuvres d’art : meubles du Mobilier national, vaisselle de la Manufacture de Sèvres, tableaux et statues du Cnap et des musées de France. L’îlot Saint-Dominique bénéficie ainsi de près de 1 200 dépôts, du Mobilier national, du Cnap, de la délégation au patrimoine de la marine et de nombreux musées : musée du Louvre, musée d’Orsay, musée Rodin, musée national de la Marine, musée de l’Armée.
A quoi sert le récolement ?
Rappelons que les récolements ont quatre fonctions principales :
Vérifier que les œuvres sont localisées et installées là où elles ont été déposées
Le 30 juillet, les agents de la délégation au patrimoine de la marine ont constaté qu'un de leurs dépôts avait été décroché sans autorisation et remisé dans un coin de bureau. Il s'agit d'un tableau du peintre de la marine Eugène Louis Gillot (1876-1925), déposé en 2024 à la demande expresse du ministère, Vaisseau voilé, désarmé dans un port.
Ce type de déplacement non autorisé est précisément ce que le récolement permet de détecter : les déplacements indus sont la première cause de disparition des œuvres d'art, et toute manipulation par du personnel non habilité expose l'œuvre à des risques d'endommagement.
Les bénéficiaires doivent impérativement prévenir les déposants avant tout projet de décrochage ou remisage, comme le précise le rapport de la CRDOA consacré à la traçabilité dans les grandes institutions de la République.
D’autres œuvres, notamment du musée national de la Marine, ont été découvertes remisées au grenier : le déposant va demander leur réintégration.
S’assurer que les œuvres sont en bon état
En juillet 2025, le Cnap était venu récoler 84 de ses biens déposés à l'îlot Saint-Dominique. Deux œuvres avaient retenu son attention en raison de leur état critique de conservation : Le 14 juillet, boulevard du Montparnasse du peintre américain Clarence Montfort Gihon (1871-1929) et Portrait du général Marchand (1916) de l'artiste français Jean Patricot (1865-1926). Des consignes de conservation préventive avaient alors été transmises au ministère, notamment pour l’œuvre de Gihon, placée trop près d’un appareil de chauffage.
Un an plus tard, une agente du Cnap est revenue vérifier leur mise en œuvre, effective pour le tableau du peintre américain. Pour le Portrait du général Marchand, il a été préconisé l’installation d’un cordon de mise à distance, qui a été acceptée.
Vérifier les données figurant dans les inventaires
Les collections des œuvres appartenant aux musées de France sont régies par des inventaires « à 18 colonnes », soit 18 critères d’identification. Les autres biens, et notamment ceux affectés au ministère des armées, doivent également être inscrits sur des inventaires, moins contraignants. Quel que soit le bien, la mention d’un numéro d’inventaire correspondant à celui du registre d’inventaire et les dimensions sont deux des critères à vérifier lors du récolement. Il est parfois nécessaire de procéder au marquage de ce numéro s’il a disparu ou s’il a perdu de sa visibilité.
Débrouiller les imbroglios administratifs
Le récolement permet de faire le point sur certains objets dont l’affectation administrative reflète des décennies d’histoire.
Ainsi, les agents du ministère des armées ont profité de cette journée pour clarifier l'origine d’une autre série de sièges affectés au ministère des Armées. Le récolement a permis de retracer leur histoire : il s'agit de chaises appartenant au ministère des armées, retapissées en 1975 pour compléter un ensemble de 20 meubles de style déposé en 1945 par le Mobilier national dans le bureau du général de Gaulle. La confusion sur les numéros d'inventaire entre les deux institutions venait du fait que les galettes avaient été mélangées entre les deux fonds. Une restauration urgente a été décidée durant le récolement.
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