Le projet « Que peut la nuit » du Collectif Impatience, lancé en 2023, part d’une réflexion sur les formes participatives du spectacle vivant, et leurs limites. Est-il réellement possible de créer des spectacles pleinement participatifs ? Quelle forme participative peut-être adaptée à un jeune public ? Ces questionnements s’inscrivent dans une démarche de long terme menée par la compagnie, habitée par une réflexion permanente sur l’intelligence collective, les dramaturgies participatives et le collectif.
Être enfant la nuit
En prenant pour objet d’étude la participation chez l’enfant, Perrine Mornay et Olivier Boréel ont souhaité sortir du cadre scolaire et pédagogique, pour questionner le participatif artistique pour les enfants. Plus précisément, il s’est agi d’impliquer les enfants dans des questions politiques qu’eux-mêmes se posent déjà.
En ce sens, le dépassement des normes et la transgression sont apparus comme des terrains fertiles de réflexion, dont ont découlé l’idée de travailler le rapport à la nuit. Être dehors la nuit pour un enfant, c’est transgressif. Explorer ce présupposé visait ainsi à comprendre quelles conditions rendent possible le travail nocturne avec des enfants dans l’espace public.
Qu’est-ce que la nuit dans l’espace public raconte de nos libertés et de nos conditions de vie quand on est une « jeune personne » ? en quoi la nuit peut-elle devenir un champ d’expériences et d’apprentissage ? En effet, les imaginaires associés à la nuit (invisibilité, vulnérabilité, émancipation, peurs, rêves) font écho à des états de l’enfance.
C’est donc autour de ces questionnements que Perrine Mornay et Olivier Boréel ont mené leur recherche.
Une recherche-action participative
Au cours d’une résidence au Théâtre Universitaire de Nantes, le Collectif Impatience a questionné la vulnérabilité inhérente au rapport de l’enfance à la nuit. Pour mieux appréhender ces questions, le collectif a rencontré et associé des pédagogues, des géographes, des sociologues et des chercheurs en didactique qui ont nourri la démarche participative nocturne conduite par la suite.
Un travail de recherche-action a en effet eu lieu avec des enfants dans plusieurs villes, telles qu’Aubervilliers ou Rezé. Une collaboration avec deux chercheuses en sciences de l’éducation liées aux questions politiques de l’institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPÉ) de Nantes, Catherine Huchet et Malou Delplanck, a également permis de travailler avec des élèves de CP en explorant de nuit leur quartier et leur école. Afin d’apporter une dimension comparative à leur étude, Perrine Mornay et Olivier Boréel se sont rendus en Islande, pour interroger des enfants sur leur rapport à la nuit, dans un pays où la nuit possède une autre temporalité que celle connue par les enfants en France.
La nuit s’est posée comme un révélateur de normes sociales, éducatives et spatiales différentes selon les classes sociales des enfants, avec le point commun qu’elle constitue un terrain fécond pour les formes participatives et narratives pour un jeune public. La nuit est également apparue comme une question socialement vive, en faisant ressortir des problématiques sociales révélatrices de la place de l’enfant dans la nuit. A priori, l’enfant n’a pas de place la nuit, mais quelle est sa place le jour ?
Empreints des notions d’enfantisme et d’adultisme, définis comme la domination exercée par les adultes sur les enfants et qui génèrent des inégalités, le travail de Perrine Mornay et d’Olivier Boréel a démontré que l’espace d’émancipation qu’est la nuit révèle également des dominations systémiques qui ont lieu le jour. Ils ont ainsi cherché à déjouer ces tensions en conférant aux enfants un rôle de participation active dans les ateliers de recherche nocturnes.
Afin de diffuser et mettre en pratique les résultats de leur recherche, leur processus de recherche a été documenté par le biais numérique des cahiers du Studio-théâtre de Vitry. Enfin, le Collectif Impatience a créé une marche artistique nocturne proposée au CDN de Tours.
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