J’ai appris avec tristesse la disparition de Jean-Paul Rappeneau, cinéaste sensible et joyeux, maître de la grâce et de l’élégance à l’image. Pour des millions de Français comme pour le public du monde entier, il demeure le créateur de génie qui avait porté Cyrano de Bergerac au cinéma, dans un film devenu un modèle du genre et une référence pour des générations d’amoureux de la langue française et de son esprit chevaleresque.
Né en 1932 à Auxerre, Jean-Paul Rappeneau avait été dès son enfance un conteur hors pair doté d’un talent comique indéniable. Marqué par l’influence du premier cinéma hollywoodien, il avait commencé sa carrière comme assistant réalisateur et scénariste. Du côté de l’écriture, ses différentes collaborations étaient déjà animées par ce sens du cinéma qui allait devenir sa marque de fabrique, et qui se caractérisait par un lien sensible avec les textes littéraires, comme dans l’adaptation de Zazie dans le métro de Raymond Queneau par Louis Malle, un goût pour les grandes stars, à commencer par Brigitte Bardot et Marcello Mastroianni dans Vie privée du même Louis Malle, et, bien sûr, un don pour le dialogue et les situations comiques, qui avait assuré le succès commercial des mésaventures de Jean-Paul Belmondo dans L’Homme de Rio de Philippe de Broca.
Son premier long-métrage avait été la confirmation de cette veine cinématographique qui lui était propre ainsi que le début de sa popularité. Pensé d’abord comme un drame, La Vie de château, porté par le talent de Catherine Deneuve, était devenu au fil de l’écriture, du tournage et du montage une comédie à succès, couronnée du prix Louis Delluc, la plus ancienne récompense cinématographique française, et ouvrant la voie à une série de films français abordant la Seconde Guerre mondiale sous l’angle de l’humour, à commencer par La Grande Vadrouille.
C’était le début d’une longue carrière que Jean-Paul Rappeneau construisait pas à pas, préférant ne rien sacrifier de son ambition originale et bataillant souvent longtemps pour obtenir le budget nécessaire. Il nous lègue ainsi huit longs métrages, des Mariés de l'an II à Bon voyage en passant par Le Sauvage ou Le Hussard sur le toit. Huit films, et de nombreux visages d’icônes qu’il aura contribué à façonner, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve, Marlène Jobert, Yves Montand, Isabelle Adjani, Alain Souchon, Juliette Binoche, Virginie Ledoyen ou encore Mathieu Amalric, pour ne citer qu’eux. Huit films, et autant de choix visuels et musicaux marquants, à commencer par la bande originale de Tout feu, tout flamme, signée Michel Berger.
Mais le plus grand succès de sa longue carrière demeure incontestablement son Cyrano de Bergerac, sorti en salles en 1990. Coécrite avec Jean-Claude Carrière, cette adaptation de la pièce d’Edmond Rostand était immédiatement devenue un modèle du genre, entre adaptation occasionnelle du texte, liberté créatrice et fidélité à l’esprit d’une pièce bien connue des spectateurs français. Les tribulations de Gérard Depardieu, Anne Brochet, Vincent Pérez et Jacques Weber, sur une musique de Jean-Claude Petit, avaient conquis la critique et le public français et international. Le film avait approché les cinq millions d’entrées en France, et dépassé les dix dans le monde. Lauréat du Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes, Cyrano de Bergerac avait remporté le record historique de dix César, auxquels s’étaient ajoutés un Golden Globe et un Oscar.
J’adresse mes sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous les amoureux de ses films, qui continueront longtemps de réciter, avec Cyrano, Roxane et Christian, les vers de la tirade du nez ou de la scène du balcon.