Jamais les images n’ont autant circulé. Jamais, pourtant, leur abondance n’a autant posé la question de leur visibilité, de leur financement et de leur capacité à rencontrer un public. C’est ce paradoxe dont le Sommet Lumière veut se saisir. Coprésidé par le président de la République, Emmanuel Macron, et le président de la République de Corée, Lee Jae-myung, ce premier rendez-vous international consacré aux grands bouleversements du cinéma et de l’image animée s’inscrit dans une mobilisation portée par le ministère de la Culture et le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, et organisée par le CNC. Il entend faire de cette journée un point de départ, en mettant les expériences en commun, en confrontant les réponses, en donnant une impulsion à des engagements concrets et des coopérations durables. Plus de 200 personnalités venues de 57 pays sont attendues, avec l’ensemble de l’écosystème de l’image animée représenté, du cinéma à l’audiovisuel et au jeu vidéo.
Derrière la diversité des échanges, consacrés à la création, au financement, à la relation avec les publics et aux responsabilités du secteur, un même fil rouge se dessine : préserver les conditions qui permettent aux œuvres de naître, d’être vues et de traverser le temps.
Créer, mais à quelles conditions ?
L’intelligence artificielle est l’une des transformations les plus visibles de ce moment de bascule. Mais derrière les prouesses techniques, ce sont des choix très concrets qui se dessinent : Qui décide ? Qui choisit ? Qui garde la maîtrise de l’œuvre lorsque sa fabrication, sa diffusion et sa recommandation passent de plus en plus par de nouveaux outils ?
La conférence « IA et image animée : construire les règles du jeu » déplacera la réflexion vers les conditions d’un nouvel équilibre. Consentement, transparence, propriété intellectuelle : autant de points de vigilance pour que la technologie demeure un outil de création sans affaiblir la place de l’artiste. « A qui revient la décision créative ? » prolongera cette interrogation autour de la maîtrise artistique de l'œuvre.
L'enjeu n'est donc pas seulement de savoir ce que l'intelligence artificielle permet de faire. Il est aussi de savoir qui reste en mesure de décider de ce qui devient une œuvre.
Comment soutenir l’ambition sans uniformiser la création ?
Une œuvre ne naît pas d’une idée seule. Elle suppose du temps, des risques assumés, des équipes pour la porter et des moyens pour la produire. Or les modèles économiques du cinéma et de l’audiovisuel se recomposent rapidement sous l’effet de la concentration du secteur, des nouvelles stratégies des plateformes et de la montée en puissance de l’économie des créateurs.
La conférence « Les nouvelles équations financières de la production » examinera ces nouvelles configurations. Le sommet interrogera aussi les rapports entre diffuseurs historiques et plateformes, les nouveaux acteurs de l’investissement et la place du soutien public. Mais derrière les montages financiers se pose une question essentielle : quelles œuvres ces nouveaux modèles permettent-ils réellement de faire exister ?
Financer davantage ne suffit pas si seules les œuvres les plus immédiatement rentables trouvent leur place. L’enjeu est ainsi de préserver la diversité des écritures, des formats, des langues et des regards. En d’autres termes, inventer de nouveaux équilibres sans laisser l’économie décider seule de ce qui mérite d’être créé.
Dans l’abondance, comment être encore vu ?
Le paradoxe se prolonge au moment de la diffusion. Une œuvre peut être produite, disponible partout, et pourtant rester invisible dans le flot continu d’informations et de contenus.
Fragilisation de l’exploitation en salles, nouvelles fenêtres de diffusion, essor des plateformes, circulation internationale des films, piratage : les chemins qui relient une œuvre à son public sont devenus plus nombreux, mais aussi plus complexes.
Les conférences « Distribution et exploitation : un nouveau pacte au service des œuvres » ou « L’exclusivité en salle : une première fenêtre essentielle » interrogeront cette chaîne de circulation. « Qui choisit ce qu'on regarde ? » prolongera cette réflexion du côté de la découvrabilité des œuvres et du pouvoir de prescription. Autrement dit, quelle place pour la salle de cinéma ? Comment garantir la diversité de l’offre ? Comment permettre aux œuvres de franchir les frontières et de rencontrer des publics qui n’auraient pas spontanément accès à elles ?
Que restera-t-il de nos images ?
Dans un univers de contenus qui défilent sans cesse, le défi n’est plus seulement l’accès. Il devient celui de l’attention. C’est ici que l’éducation aux images prend une importance particulière. Former le regard, apprendre à choisir, à contextualiser, à comprendre ce que l’on voit : autant de compétences devenues centrales dans un environnement dominé par l’économie de l’attention. La séance de clôture, « L'éducation aux images, un apprentissage fondamental pour le XXIe siècle », placera précisément ces enjeux au cœur des débats.
Et les mutations du secteur ne concernent pas seulement ce qui se crée aujourd’hui. Elles posent aussi la question de ce qui restera demain.
À mesure que les supports, les formats et les technologies évoluent, conserver une œuvre devient un enjeu aussi essentiel que la produire ou la diffuser. Le patrimoine cinématographique mondial porte avec lui une mémoire des formes, des sociétés et des regards. La conférence « Sauver le patrimoine cinématographique mondial : l’urgence d’agir » en fera un sujet central. Préserver, ici, ne signifie pas seulement archiver. Il s’agit de maintenir les œuvres accessibles, visibles et transmissibles pour que les générations futures puissent encore les regarder, les comprendre et se les approprier.
Cette question rejoint directement celle de l’éducation aux images. Former les regards et préserver les œuvres relèvent d’un même geste : transmettre.
Du débat à l’action
C’est là que le Sommet Lumière entend se distinguer. Son ambition n’est pas seulement de dresser l’inventaire des bouleversements en cours, mais d’inscrire ces échanges dans une dynamique d’action.
Gouvernements, entreprises, créateurs et institutions culturelles sont appelés à faire émerger des engagements concrets et à ouvrir de nouvelles coopérations. Parce que les mutations traversent aujourd’hui toute la chaîne, de la création à la préservation, elles ne peuvent être traitées séparément.
Dans un secteur en pleine recomposition, le Sommet Lumière ouvre ainsi une question centrale : comment accompagner la transformation de l’écosystème de l’image tout en préservant ce qui permet aux œuvres de rester singulières, visibles et transmissibles ? C’est peut-être là que se joue, au fond, l’enjeu de cette première édition.
La Fondation Maeght, un lieu d’idées et de dialogues
Le choix de la Fondation Maeght n’a rien d’un hasard. Inaugurée en 1964 par André Malraux, elle est née d’un dialogue direct avec les artistes de son temps. Georges Braque, Joan Miró, Alberto Giacometti, Marc Chagall ou Fernand Léger ont accompagné son histoire, certains participant même à la conception des lieux.
Pensée dès l’origine comme un espace où l’on expose, crée et échange, la Fondation offre au Sommet Lumière un cadre en résonance avec son ambition : faire dialoguer les disciplines, les créateurs, les institutions et les idées.
Partager la page
