J’ai appris avec une grande tristesse la disparition de l’artiste David Hockney, dont les toiles figuratives étaient connues et appréciées dans le monde entier. Des piscines californiennes aux paysages de Normandie, de l’acrylique au numérique, il n’avait cessé d’explorer la couleur et la lumière pour dire à sa façon la beauté du monde. Devenu l’un des grands noms de la peinture contemporaine, il s’était épris de la France, de son histoire et de ses paysages, et avait longuement peint la campagne normande.
Né en 1937 dans le Yorkshire anglais, David Hockney s’était d’abord formé à Londres, au Royal College of Art. Au début des années 1960, au sein de l’avant-garde artistique britannique, il cherchait avec passion une voie pour donner libre cours à sa pulsion créatrice et à ses rêves de liberté, devenant l’une des figures du pop art de ce côté de l’Atlantique avant de rencontrer Andy Warhol à New York. Ces années formatrices étaient en effet celles de découvertes artistiques majeures, au cours desquelles David Hockney s’était confronté à l’œuvre de ses prédécesseurs comme de ses contemporains, de Pablo Picasso à son aîné Francis Bacon, en passant par Vincent van Gogh, vécu comme un choc absolu.
Pour David Hockney, van Gogh avait joué le rôle d’une révélation : la révélation de la couleur, dans un univers qu’il trouvait déjà trop gris et trop triste. En 1964, cette couleur et cette lumière devenaient son quotidien : il s’installait en Californie, et commençait à y peindre les villas d’Hollywood, les paysages et, bien vite, les mille reflets du soleil dans le bleu des piscines. Cet angle figuratif précis était devenu sa marque de fabrique, grâce à des œuvres qui avaient fait date dans l’histoire de l’art contemporain, et notamment A Bigger Splash en 1967, portrait d’un moment suspendu, dans lequel seules les dernières éclaboussures de l’eau témoignent du corps qui vient de plonger.
Pourtant, David Hockney ne s’était jamais limité à un genre ou à un sujet. Peintre prolifique de portraits tout au long de sa carrière, il avait cherché à explorer chaque possibilité de son art. D’un décor d’opéra à une représentation monumentale du Grand Canyon, il alternait et combinait tous les genres, les techniques et les formats. D’une profonde érudition, il aimait parcourir l’histoire de l’art à la recherche des moyens techniques de prise de vue mobilisés par les grands maîtres. Lui-même avait eu très tôt recours à la photographie et à la manipulation d’images, avant de mobiliser pleinement le numérique, notamment pour sa frise A Year in Normandie, inspirée du format monumental de la tapisserie de Bayeux et exposée au Musée de l’Orangerie en 2021.
David Hockney avait en effet connu un grand succès critique et public en France, avant de s’y installer de 2019 à 2023, dans le petit village normand de Rumesnil, dans le pays d’Auge. Il y avait peint l’arrivée du printemps, lui qui aimait tant cette saison et qui s’était souvent penché sur les mille métamorphoses de la nature au sortir de l’hiver, au moment du retour de cette couleur et de cette lumière qui lui étaient si chères.
Le public français ne s’y trompait pas, et s’était pressé aux nombreuses manifestations organisées en son honneur, des expositions parisiennes du musée des Arts décoratifs en 1974 et du Centre Pompidou en 1999 à la grande rétrospective de la Fondation Louis Vuitton en 2025, qui avait attiré près d’un million de visiteurs, un record pour un artiste vivant.
J’adresse mes condoléances à ses proches et salue la mémoire d’un immense artiste, qui aimait tant la France et que la France aimait tant.