La fouille archéologique de Saint-Pierre l’Estrier de 2020 a été prescrite par l’État – DRAC Bourgogne-Franche-Comté, et réalisée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives, en collaboration avec le service archéologique de la ville d’Autun. Les archéologues ont mis au jour des objets exceptionnels : des bijoux en or, des épingles en jais et en ambre, un vase diatrète datant du IVe siècle, ainsi que les vestiges d’une grande étoffe teintée de pourpre et tissée de fils d’or.
L’État cède la propriété des objets à la ville d’Autun
À qui appartient le mobilier archéologique mis au jour ?
Le 7 juillet 2016, une nouvelle loi « relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine » a été votée. Ainsi, la propriété des biens archéologiques mobiliers mis au jour dépend de leur date de découverte.
Dans le cas de la fouille de Saint-Pierre-l’Estrier, le terrain a été acquis par le propriétaire actuel après le 9 juillet 2016, les biens découverts sont donc propriété de l’État.
Conformément à la possibilité offerte par le code du patrimoine, la DRAC Bourgogne-Franche-Comté a proposé en août 2025 à la ville d’Autun de devenir propriétaire du mobilier mis au jour lors de cette fouille, à titre gratuit. Les objets archéologiques pourront ainsi être présentés dans le nouveau musée Panoptique d’Autun – musée Rolin, aujourd’hui en construction. Depuis le 19 mai, l’ensemble des objets issus de cette fouille appartient à la ville d’Autun.
Voici quelques exemples d’objets cédés :
- petit mobilier en métal : clous, monnaies, perle, etc. ;
- bijoux et accessoires : épingles en ambre et en jais, boucles d’oreilles, bagues et anneaux, etc. ;
- objets en verre : vase diatrète, flacons, balsamaire (fiole de verre permettant de contenir une essence), bouteilles, fragment de bracelet, gobelets, perles, etc. ;
- céramiques : gobelets, bol, marmite, figurines, etc. ;
- cercueils et sarcophages : éléments de cercueil en plomb, couvercles et cuves de sarcophages, etc. ;
- tissus : éléments de textile, fils d’or.
D’autres objets viennent compléter la collection, tels que des moulures, des tesselles de mosaïque, des cippes (petites colonnes), de la faune (os de bœufs, coqs, porcs, moutons, etc.) ou encore un chapiteau toscan. Les ossements humains mis au jour, ne pouvant faire l’objet d’une appropriation, sont également confiés au musée pour suivre le reste de la collection.
Qu’est-ce que le changement de propriété implique ?
En acquérant ces collections, la ville d’Autun s’engage à en assurer la conservation, et à les rendre accessible au public, sous le contrôle scientifique et technique du service chargé de l’archéologie.
Du point de vue de l’Etat, céder le mobilier à la ville où il a été trouvé permet sa présentation au public dans son environnement local, tout en facilitant la sensibilisation des habitants à leur patrimoine et leur histoire. Ce transfert va également venir enrichir les collections du musée Panoptique d’Autun-musée Rolin dont la réhabilitation en cours bénéficie d’un soutien déterminant de l’Etat qui s’est engagé à en financer 50 % du cout prévisionnel des travaux, dans le cadre du Contrat de plan État-Région 2021-2027.
Découvrez l’histoire de ce mobilier d’exception.
La fouille archéologique s’est déroulée durant l’été 2020. Les archéologues ont fouillé une nécropole à proximité de l’église de Saint-Pierre-l’Estrier, dont l’existence était connue dès le XVIe siècle. La diversité des sépultures, dont des cercueils en plomb rares dans cette zone, et la richesse du mobilier découvert ont considérablement enrichi notre connaissance des pratiques funéraires de l’Antiquité tardive en Gaule romaine. Les 230 sépultures ont révélé des objets exceptionnels : des bijoux en or, des épingles en jais et en ambre ainsi qu’un vase diatrète en verre datant du IVe siècle. Dans l’une des tombes, les archéologues ont trouvé les vestiges d’une grande étoffe teintée de pourpre et tissée de fils d’or.
Le rôle de la DRAC dans une fouille d’archéologie préventive
La DRAC est en charge de mettre en œuvre, à l’échelle régionale, la politique de l’État en matière d’archéologie. Elle a notamment pour rôle d’instruire les demandes de projets d’aménagement au titre de la législation sur l’archéologie préventive. Un diagnostic archéologique est prescrit lorsqu’un projet d’aménagement menace de détruire des vestiges archéologiques. À l’issue de cette opération et en fonction de l’importance des éléments archéologiques éventuellement mis au jour, la DRAC peut prescrire une fouille.
L’étude et la conservation de ce mobilier d’exception a nécessité diverses interventions.
La DRAC, en charge de l’étude et de la protection du mobilier archéologique
La DRAC est chargée d’autoriser toutes les études archéologiques dans la région. Elle exerce le contrôle scientifique et technique sur celles-ci et collecte l’ensemble des données recueillies.
Dans la cadre des fouilles archéologiques préventives, c’est l’opérateur qui prend en charge les frais de stabilisation.
Le vase diatrète
Le vase diatrète a été trouvé complet, mais en morceaux. Sa découverte est exceptionnelle, puisque seul une dizaine de vases diatrètes complets de ce type sont connus à ce jour. Ces chefs-d’œuvre de l’art verrier romain sont sculptés dans un bloc de verre et nécessitent ainsi plusieurs mois de travail. Considéré comme prestigieux, ce vase a été offert à un personnage important, probablement proche du pouvoir impérial. Le vase d’Autun porte l’inscription latine VIVAS FELICITER (Vis avec félicité). Afin de le restaurer et le reconstituer, il a été confié au Römisch-Germanisches Zentralmuseum à Mayence (Allemagne).
Des analyses ont été faites à l’intérieur du vase. Elles montrent qu’il contenait un mélange d’huiles, de plantes, de fleurs et d’ambre gris, une substance très rare provenant du cachalot et appréciée pour ses propriétés aromatiques et médicinales. Elle est mentionnée dès le Ve siècle dans des recettes de « nard », parfum destiné à l’église. L’ambre gris trouvé dans le diatrète d’Autun est la plus ancienne preuve archéologique de l’utilisation de cette substance.
Le tissu d’or
Si l’essentiel des tombes datent du IVe siècle, cette partie de la nécropole de Saint-Pierre-l’Estrier est surtout utilisée du début du IIIe siècle jusqu’au milieu du Ve siècle. Parmi les défunts, se trouvaient probablement les premiers chrétiens autunois, ainsi que des fidèles d’autres religions antiques. La présence d’inhumations en sarcophages de pierre et en cercueils de plomb témoigne d’une grande richesse. Les tombes contenaient d’ailleurs des objets de prestige.
L’une d’elles renfermait les vestiges d’une grande étoffe tissée de fils d’or et teintée de rouge. Une analyse a confirmé qu’il s’agissait de pourpre, teinture associée, à l’époque, à la haute aristocratie. Le tissu, qui recouvrait toute la superficie du corps à l’exception de la tête, a été prélevé dans son intégralité ainsi que la terre sur laquelle il reposait. Cet ensemble a été placé directement dans un espace réfrigéré afin d’éviter le développement de moisissures et la dégradation des fibres textiles. Une tomodensitométrie (technique d’imagerie médicale paramétrée pour l’archéologie) au laboratoire Cetso à Rennes a permis de visualiser les restes textiles dans la terre. Il est l’une des plus grandes pièces antiques retrouvées à ce jour.
La présence de fils d’or sur ce tissu témoigne d’un tissu luxueux réalisé avec précision et minutie. Les motifs curvilignes indiquent l’utilisation de la technique de la tapisserie.
Des bijoux et épingles
Le plus imposant des sarcophages contenait des objets exceptionnels en Gaule romaine : un ensemble d’épingles en ambre, un anneau en or finement ciselé et une bague en or sertie d’un grenat. D’autres tombes ont révélé des épingles et anneaux en jais ou encore des boucles d’oreille en or.
Afin de mettre en lumière et présenter au public ces vestiges exceptionnels, ils ont déjà été présentés dans plusieurs expositions.
Quel rôle joue la DRAC dans la présentation de mobiliers archéologiques lors d’une exposition ?
L’État, en tant que propriétaire du mobilier archéologique, a la possibilité de prêter le mobilier archéologique dans le cadre d’exposition. La DRAC doit s’assurer de l’intérêt scientifique de la présentation des pièces, et de leurs conditions d’exposition afin de garantir leur bonne conservation (humidité, lumière, température, etc.).
Du 17 juin au 30 septembre 2022, le musée Rolin d’Autun a présenté « Augustodunum, d’un monde à l’autre ». L’exposition retraçait une longue période de mutations, de la fin de l’Antiquité aux premiers siècles du Moyen Âge, offrant un portrait de la cité antique d’Autun entre deux âges. Le mobilier archéologique retrouvé sur la nécropole paléochrétienne de Saint-Pierre-l’Estrier témoigne de cette transition progressive et constituait une grande partie de la collection présentée lors de cet événement. Le vase diatrète a notamment été exposé pour la première fois au public à cette occasion.
L’exposition a ensuite bénéficié d’une visibilité nationale en étant présentée, du 17 février au 17 juin 2024, au musée d’Archéologie nationale, à Saint-Germain-en-Laye. Quatre vases, une bouteille en verre, une boucle de ceinture en bronze, les boucles d’oreilles, l’anneau et la bague en or, les épingles en ambre et en jais, deux bracelets en jais, ainsi que le vase diatrète et un fragment de la tunique tissée d’or étaient présentés.
Du 11 février au 6 juillet 2025, ce sont les fils d’or mis au jour qui ont fait l’objet d’une mise en avant lors de l’exposition « Au fil de l’or, l’art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant » au musée du Quai Branly – Jacques Chirac à Paris. L’exposition portait sur l’or et son utilisation sur les textiles au fil du temps.
Aujourd’hui, le vase diatrète est mis en lumière jusqu’à l’ouverture du nouveau musée au muséum d’Histoire Naturelle d’Autun au sein de l’exposition « Merveilles choisies, les chefs d’œuvres d’Autun » dans le cadre d’une convention signée entre la Drac et la ville d’Autun le 6 mai 2024.
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