Le parquet du tribunal judiciaire de Saint-Quentin a mobilisé en décembre 2025 les services douaniers picards à la suite d’un signalement transmis par la Direction régionale des affaires culturelles des Hauts-de-France. Ce signalement s’inscrit dans le cadre des missions de veille scientifique et de protection du patrimoine archéologique exercées par le service régional de l’archéologie de la DRAC Hauts-de-France, qui assure le suivi des découvertes et contribue à la lutte contre les atteintes portées aux sites et aux objets archéologiques.
Le groupe anti-trafic (GLAT) de la douane, force opérationnelle regroupant plusieurs services, a mené une enquête approfondie et organisé les opérations de contrôle sur plusieurs sites de l’intéressé : domicile, véhicule et box de stockage. Près de 330 objets ou articles divers ont été découverts, dont 136 vestiges en pierre issus de l’activité humaine (mobilier lithique) et 196 monnaies ou fragments métalliques de toutes époques.
« Le patrimoine archéologique constitue une ressource scientifique non renouvelable. Chaque prélèvement non encadré, non documenté, détruit des informations essentielles à la compréhension du passé. La restitution de ces biens aux circuits publics de conservation et d’étude permet de réinscrire ces objets dans une chaîne de connaissance et traduit l’engagement constant des services de l’État pour garantir un accès partagé, éclairé et durable au patrimoine archéologique ».
Une expertise archéologique confirmant l’importance scientifique des objets
Ces objets ont été expertisés par des agents du service régional de l’archéologie permettant de caractériser et confirmer, fin mars 2026, 280 objets archéologiques dont la découverte n’avait été ni déclarée ni recensée dans la carte archéologique nationale. Parmi ces pièces archéologiques, 9 bifaces (outils typiques du Paléolithique représentent des pièces remarquables), tout comme une hache polie en silex, caractéristique de la période Néolithique.
L’absence d’informations précises sur leur lieu de découverte prive ces objets de leur contexte scientifique et ne permet pas non plus de recenser de nouveaux sites à fort potentiels archéologiques. C’est aussi le cas pour les diverses monnaies (dont 111 monnaies gallo-romaines ou romaines et 26 pièces Napoléon III) et fragments métalliques, disséminés et dissimulés par le Saint-quentinois.
Qu'est-ce que la carte archéologique nationale ?
La carte archéologique nationale, tenue par les services de l’État, recense l’ensemble des sites connus et constitue un outil essentiel pour la connaissance, la protection et l’aménagement du territoire. Les découvertes non déclarées en altèrent la fiabilité et limitent les capacités d’anticipation scientifique.
Une saisie et une orientation vers la conservation publique
Les 280 biens ont été définitivement confisqués par la douane. Ceux-ci ont vocation à être remis à un service spécialisé afin d’assurer leur conservation et leur étude, puis leur valorisation auprès du public. Cette démarche s’inscrit dans la politique de protection du patrimoine archéologique portée par les services de l’État, fondée sur la préservation des contextes de découverte et la lutte contre les circuits de trafic.
Pourquoi la provenance archéologique est-elle essentielle ?
Un objet archéologique n’a de valeur scientifique que s’il est rattaché à son contexte de découverte. La localisation précise, la stratigraphie et l’association avec d’autres vestiges permettent aux archéologues de comprendre les usages, les sociétés et les dynamiques historiques.
Lorsqu’un objet est prélevé sans fouille encadrée ni déclaration, il perd une part essentielle de son intérêt scientifique. Il devient un objet isolé, difficilement interprétable, et ne peut plus contribuer pleinement à la connaissance du passé.
Une mobilisation conjointe des services de l’État
Cette opération illustre la coordination entre la DRAC Hauts-de-France, la douane et l’autorité judiciaire dans la lutte contre le pillage archéologique, qui fragilise durablement la connaissance scientifique et les capacités de recherche.
Elle s’inscrit dans une dynamique déjà engagée : en effet, l’an dernier déjà, deux saisies significatives par les douaniers d’Amiens de biens culturels ont permis d’enrichir les collections d’institutions muséales bénéficiant de l’appellation « Musée de France » : l’historial de la Grande Guerre de Péronne (grenade de la Grande guerre) et le musée de Picardie à Amiens (multiples fossiles).
Jean-Christophe Delestrées, directeur régional des douanes d’Amiens, souligne que « la douane s’affirme comme un acteur majeur de la défense et de la protection du patrimoine culturel picard et national. La coopération avec les services de la DRAC des Hauts-de-France constitue un facteur essentiel d’efficacité collective ».
En 2025, la douane a intercepté plus de 27 000 articles relevant de biens culturels, révélant l’ampleur des trafics et la nécessité d’une vigilance continue.
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