Comme chaque année depuis 2022, l’arrivée du printemps s’accompagne d’une réflexion sur l’esprit critique à Universcience. L’établissement culturel scientifique et technique, qui regroupe le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l'industrie, a fait de cette notion l’un des piliers de son projet en donnant des clés pour comprendre le monde et aller à l’encontre des idées reçues et des biais cognitifs. « L’esprit critique est notre capacité à trier, analyser et qualifier une information pour construire un jugement éclairé et fondé », définit Sylvie Retailleau, présidente d’Universcience
C’est dans cet esprit que se déroule, jusqu’au 5 avril, le Printemps de l’esprit critique avec un ensemble de dispositifs, dont le Baromètre éponyme. Celui-ci mesure et analyse le degré de développement et de représentation de l’esprit critique dans l’opinion publique. « C’est une source d’information précieuse pour les professionnels de la culture scientifique, de l’éducation aux médias et ceux qui participent aux débats de notre société », reprend Sylvie Retailleau. Chaque année, cette étude fait un focus particulier sur un sujet d'actualité, en l’occurrence l’argent pour 2026. Zoom sur les enseignements de cette étude.
Un Baromètre qui dégage des tendances sur le long terme
Le Baromètre de l’esprit critique, élaboré avec l’institut Viavoice, révèle une fois de plus des informations précieuses sur la confiance que les Français placent dans les sciences et les médias. On y apprend par exemple que près de trois personnes sur quatre considèrent avoir de l’esprit critique.
Cette cinquième édition permet de tracer des tendances sur le long terme, comme par exemple celle de l’intérêt des Français pour les sciences, qui ne se dément pas puisque 6 sur 10 se déclarent intéressés par les sujets scientifiques. Ce rapport à la science est encore plus positif auprès des 15-24 ans, dont un quart se montre même très intéressé par le sujet. La nuance est à placer dans le fonctionnement de la communauté scientifique : moins d’un Français sur deux estime qu’elle est indépendante pour valider ses résultats. Enfin le rapport aux sciences reste différent selon le genre. Seules un tiers des femmes se considèrent comme ayant un « profil scientifique » lorsqu’elles étaient élèves, contre la moitié des hommes.
Du côté des rapports aux médias et à l’information, la cinquième édition du baromètre dégage un paradoxe avec un recours moindre à des sources auxquelles les Français ont le plus confiance. Cela concerne notamment les médias traditionnels « institués » (que ce soit en TV, presse écrite, ou radio). A l’inverse, les sources numériques (internet et réseaux sociaux) sont utilisées même si elles suscitent un niveau de confiance nettement plus faible : par exemple, 60 % des Français utilisent Internet pour s’informer mais la confiance qu’ils lui accordent est restée stable à 54 %. « Il y a ce qu’on fait et ce en quoi on croit, résume Michel Dubois, directeur de recherche au GEMASS à Sorbonne Université et directeur de l’Office français de l’intégrité scientifique (OFIS). La majorité des Français s’informent par des canaux en lesquels ils n’ont pas confiance car on vient aussi chercher dans ces canaux ses pairs. »
Notre rapport à l’argent décortiqué
En plus de ces chiffres généraux sur l’esprit critique, les sciences et les médias, le Baromètre se penche chaque année sur une thématique particulière. Après la vaccination en 2022, le réchauffement climatique en 2023, l’intelligence artificielle en 2024 et l’alimentation l’an dernier, le thème retenu en 2026 est celui de l’argent, sujet à la fois sensible et concret, nébuleux, intime et ancré dans la vie quotidienne. Il intéresse en tout cas les Français puisque 4 sur 5 recherchent des informations sur les finances ou le patrimoine.
En revanche, le rapport à l’argent est plus ou moins distancié en fonction de l’âge et du genre. Les femmes sont moins nombreuses à se dire à l’aise pour prendre des décisions concernant leur argent (49 % contre 63 % pour les hommes) et sont également plus nombreuses à ne jamais s’informer sur ce sujet (22 % contre 16 % des hommes). « Il y a un vrai parallélisme entre les gens à l’aise avec les sujets scientifiques et ceux à l’aise avec l’argent », constate Jeanne Lazarus, directrice de recherche au CNRS, Centre de sociologie des organisations (CSO) de Sciences Po. La nouvelle génération, celle des 15-24 ans, a une relation plus décomplexée à ce sujet : ils s’informent davantage auprès de leur entourage, se montrent plus confiants que le reste de la population envers les experts et les outils numériques, sont plus enclins à aborder ces sujets (67 % en parlent avec leurs amis contre 58 %) et considèrent même que ces questions ne sont pas assez enseignées (par 84 % des 15-17 ans). « La famille est le premier lieu d’acculturation à l’argent car il est celui de la construction du patrimoine, de la solidarité, de l’entraide et du transfert générationnel », souligne Marie-Aude Laguna, maîtresse de conférences à Dauphine Recherches en Management, Université Paris Dauphine.
Un Printemps pour développer son esprit critique
Initié en 2022 par Universcience, le Printemps de l’esprit critique se déroule, pour sa cinquième édition, jusqu’au 5 avril partout en France. Ce temps fort est consacré chaque année à l’éducation aux biais cognitifs, aux médias et à l’information. Pendant près de trois semaines, plus de trois cents événements se dérouleront dans des universités et centres de recherche et dans plus de 150 bibliothèques avec des animations organisées par des associations, centres et musées de culture scientifique. Le Printemps de l’esprit critique poursuit également son implantation à l’international avec la participation d’Alliances culturelles en Europe, en Afrique et en Amérique.
Du côté d’Universcience, la Cité des sciences et de l’industrie propose au public un parcours sur l’esprit critique composé de six médiations sur le thème de l’argent. L’établissement met également pour la première fois des ressources pédagogiques en ligne avec des conférences. Le 3 avril, le Grand décryptage associe une personnalité influente pour créer un événement hybride au sein de la Cité des sciences et de l'industrie et en ligne. Enfin, à partir du 30 juin et pour un an, l’exposition Esprit critique arrive à la Cité des sciences et de l’industrie et propose au public de repérer des mécanismes cognitifs et des phénomènes sociaux qui influencent nos décisions.
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