Dans la petite église Saint-Pierre de Montbazin (Hérault), douze apôtres peints à la fin du XIIe siècle veillent depuis plus de huit siècles. Classé au titre des monuments historiques depuis 1964, cet ensemble constitue l’un des rares décors romans conservés entre la vallée du Rhône et les Pyrénées catalanes. On n’en connaît aucun autre exemple aussi bien conservé dans l’Hérault et les départements voisins. Une campagne de restauration engagée en 2024 a permis de redonner lisibilité et cohérence à ces peintures majeures du Bas-Languedoc.
Un ensemble pictural quasi unique en Bas-Languedoc
L’église de Montbazin conserve un décor peint roman daté des années 1180-1200. À l’origine, une vaste composition se déployait sur les cinq pans de la voûte du chœur : les douze apôtres, répartis à raison de trois par panneau, sont représentés debout, presque grandeur nature (environ 1,90 m), drapés à l’antique et la tête surmontée d’une auréole.
Aujourd’hui, l’état de conservation varie. Les six figures du côté nord sont relativement bien préservées ; au sud, une large fenêtre percée au XVe siècle a entraîné la disparition partielle du décor. Par endroits, seule subsiste la sinopie, dessin préparatoire exécuté au pigment rouge.
Les apôtres se tournaient vers le centre de la voûte, où figurait autrefois un Christ en majesté (Pantocrator), inscrit dans une mandorle (ovale) et entouré du Tétramorphe-animaux symboles des quatre évangélistes.
Les traits des personnages sont vigoureusement dessinés : visages ronds, nez busqués, lèvres ourlées, sourcils étirés au-dessus de grands yeux expressifs, pommettes rehaussées de blanc. Les figures, légèrement de profil ou de trois-quarts, présentent chacune une inclinaison distincte de la tête. Certains apôtres sont barbus, d’autres non, et tiennent à la main rouleau ou livre, ou d’autres attributs encore à définir.
Les longues tuniques recouvertes d’amples manteaux aux plis soulignés de traits sombres se détachent sur un fond blanc-gris. La palette, volontairement restreinte, associe ocres jaunes, rouges et bruns, avec quelques rehauts de bleu.
Par son style qualifié d’« italo-byzantin », cet ensemble constitue un exemple presque unique en Bas-Languedoc. L’identité de l’artiste demeure inconnue : l’hypothèse d’un atelier itinérant est avancée. Une frise ponctuée de fleurs de lys, courant au-dessus des figures, conduit les spécialistes à proposer une datation à la fin de l’époque romane, vers 1180-1200.
Des restaurations anciennes devenues inadaptées
La vieille église paroissiale Saint-Pierre a servi longtemps de remise et de dépôt municipal ! Elle est depuis longtemps désaffectée du culte et sert aujourd’hui de lieu d’exposition.
Redécouvertes en 1959, ces peintures murales ont fait l’objet de campagnes de restauration en 1978, puis entre 1982 et 1984.
Cependant, les matériaux utilisés à l’époque - notamment certains fixatifs aujourd’hui polymérisés - ont mal vieilli. Combinés aux infiltrations d’humidité subies au cours des deux dernières décennies, ils ont fragilisé l’ensemble et altéré la lisibilité des peintures.
Face à ces dégradations, une nouvelle intervention s’est révélée indispensable.
Une campagne de restauration en plusieurs étapes
La réfection complète de la toiture du chœur, achevée en 2022, a constitué un préalable essentiel. Deux années ont ensuite été consacrées à l’assèchement progressif des maçonneries.
La restauration des décors peints a débuté en juillet 2024, sous la direction d’Edwige Brida, conservatrice-restauratrice d’œuvres peintes, accompagnée de trois restauratrices françaises et italiennes.
L’intervention a consisté à :
- déposer les anciens produits de restauration devenus invasifs,
- éliminer les retouches altérées,
- consolider les mortiers fragilisés,
- traiter les sels,
- combler les lacunes par des enduits compatibles.
Le nettoyage a révélé des fragments peints jusqu’alors masqués.
Pour la réintégration des manques, l’équipe a opté pour une retouche à petits points colorés, selon une gamme chromatique proche des pigments anciens. Cette technique a permis de redonner une cohérence esthétique et visuelle à l’ensemble des figures, sans pour autant refaire les personnages qui ont entièrement disparu ou presque.
Une dernière tranche est à l’étude : elle concernera le traitement esthétique du Christ en majesté au fond du chœur, encore peu visible, ainsi que l’amélioration du suivi climatique de l’édifice afin de présenter correctement cette œuvre nouvellement restaurée au public.
Les acteurs du chantier
- Edwige Brida, conservatrice-restauratrice d’œuvres peintes, assistée de Lucia Murano et Claire Bigand
- Benoît Jouve, architecte du patrimoine
- Entreprise Sèle, maçonnerie et couverture
L’opération est conduite sous le contrôle scientifique et technique de la conservation régionale des monuments historiques de la Direction régionale des affaires culturelles Occitanie
Calendrier et financement
- Réfection des couvertures : 2020-2021 ;
- Restauration des décors peints : septembre 2023 – février 2025.
Le coût total des travaux s’élève à 154 000 € HT.
La DRAC Occitanie (conservation régionale des monuments historiques) en finance 50 %, soit 77 000 €, dont 28 500 € consacrés aux peintures murales.
En savoir plus :
- Cercle de recherches sur le patrimoine Montbazinois C.R.P.M
- Forum de Montbazin
- Notice de la Plateforme Ouverte du Patrimoine (base POP)
Un rapport d’expertise des décors peints établi en 2025 par le Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP-Marseille) est consultable à la Direction régionale des affaires culturelles, service de la conservation régionale des monuments historiques tél : 04 67 02 35 06
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