Il est l’une des grandes fiertés des communautés Atchans, en Côte d’Ivoire. Lourd de 430 kilos, et servant à l’origine à transmettre des messages rituels et à alerter les villageois, par exemple lors d’opérations de recrutement forcé ou d'enrôlement militaire, le tambour parleur dit Djidji Ayokwè a depuis acquis une véritable dimension culturelle, historique et sociale et célèbre le respect du patrimoine culturel, les traditions de ces communautés et la créativité de tous ceux qui l’ont conçu et fabriqué. Vendredi 20 février, cet objet symbolique a été restitué officiellement par la France à son pays d’origine, par la signature d’un acte de transfert entre Rachida Dati et Françoise Remarck, les ministres de la Culture des deux nations.
Confisqué en 1916 par l’administration coloniale française
Le tambour parleur avait été confisqué en 1916 de manière illicite par l’administration coloniale française, avant d’être transféré vers le musée d’ethnographie du Trocadéro en 1929. Il était entré dans les collections nationales françaises pour ensuite rejoindre le musée du quai Branly-Jacques Chirac. « Son parcours témoigne ainsi d’un pan de l’histoire que nous partageons. Histoire douloureuse où la domination et l’appropriation coloniale, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, ont infligé une blessure à celles et ceux pour qui ce tambour est l’emblème de leur mémoire et de leur culture », estime Rachida Dati.
Il aura ensuite fallu attendre plus de cent ans pour que la situation évolue. En 2017, lors de son discours à l’université de Ouagadougou, le Président de la République Emmanuel Macron faisait des restitutions l’un des piliers d’un partenariat entre la France et les pays africains, dans un objectif de circulation des œuvres, de partage des savoirs, et de co-construction de projets muséaux et patrimoniaux. Deux ans plus tard, le président ivoirien Alassane Ouattara faisait une demande officielle de restitution de ce tambour dont une suite favorable avait été donnée en 2021 lors du Nouveau Sommet Afrique-France.
Enfin une rencontre entre les deux ministres de la Culture, en novembre 2024, et la signature d’un programme de travail commun finissaient de sceller son retour prochain à Abidjan. « Le tambour parleur Djidji Ayokwé n’est pas un simple objet : il est une voix, il est une mémoire et, avant tout, il était protecteur d’une communauté pour laquelle il était un repère, un symbole de cohésion sociale. Pendant plus d’un siècle, cette voix a été éloignée de sa terre, mais elle n’a jamais cessé d’habiter les cœurs », a salué la ministre de la Culture et de la Francophonie ivoirienne Françoise Remarck.
Bientôt exposé à Abidjan
En parallèle, un travail avait été mené par le musée du quai Branly-Jacques Chirac, en partenariat avec le musée des civilisations de Côte d’Ivoire, pour documenter le parcours historique du tambour. Un travail législatif a parachevé cette restitution grâce à la loi du 16 juillet 2025 qui a autorisé la sortie du tambour des collections publiques françaises en dérogeant à leur inaliénabilité. Cet arsenal a été complété, en janvier dernier, par l’adoption à l’unanimité par le Sénat le 28 janvier dernier d’une loi relative à la restitution des biens culturels provenant d’États qui, du fait d’une appropriation illicite, en ont été privés.
Dans la foulée de la signature de l’acte de transfert, le tambour parleur a été mis en caisse en vue de son transfert. Il rejoindra Abidjan et son futur écrin : le musée des civilisations de Côte d’Ivoire, qui doit bientôt rouvrir. « Il est parti dans la douleur il y a 110 ans. Il revient dans l'espérance, résume Paulin Claude Danho, vice-gouverneur d'Abidjan. Pour nous, c'est beaucoup plus qu'un instrument. Il porte toute la mémoire d'un peuple. Il est l'un des catalyseurs de notre culture. » Depuis 2020, comme le tambour parleur, la politique de restitutions a déjà permis le retour des 26 trésors d'Abomey au Bénin et du sabre d'El Hadj Omar au Sénégal.
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