« La liberté est-elle une utopie ? », « Peut-on être seul avec du monde autour ? », « Peut-on rire de tout ? »… Voici quelques-uns des thèmes quasi philosophiques auxquels se sont frottés, mardi 27 janvier, les dix finalistes du concours d’éloquence « Prenez la parole ! » sur la scène du théâtre de l’Alliance française à Paris. Cette finale est le point d’orgue du programme éponyme annoncé par la ministre de la Culture Rachida Dati en mars dernier lors de la Semaine de la langue française et de la francophonie et lancé en octobre dernier.
Pendant quatre mois, une centaine de jeunes de 16 à 25 ans en insertion ont suivi cette formation de quarante heures pour acquérir les bases de l’expression orale et prendre confiance en soi par la prise de parole. « Ce programme repose sur la conviction que la culture a un rôle majeur à jouer dans le cadre d’une politique publique qui fait de la maîtrise du français une condition de l’émancipation de la jeunesse, détaille Paul de Sinety, délégué à la langue française et aux langues de France au ministère de la Culture. Il répond à deux objectifs : le premier de développer le pouvoir de « dire » et le second de susciter l’intérêt de ces jeunes et, à plus long terme, de favoriser leur insertion professionnelle dans les métiers de la culture. »
Ainsi, la moitié de ces quarante heures de formation, encadrées par l’École de l’éloquence se déroulaient en présentiel dans des lieux culturels emblématiques comme les musées du Louvre et d’Orsay, la BnF, Universcience ou quelques monuments nationaux comme la Basilique de Saint-Denis ou le Château de Vincennes. Le reste de la formation se faisait en distanciel et en autonomie avec une prise en charge personnalisée. Des ateliers de mise en situation réalistes leur ont appris à travailler leur voix, leur langage corporel et à gérer leur stress afin de s’exprimer avec assurance et clarté.
Identité, solitude ou encore harcèlement
Parmi la centaine de jeunes qui ont suivi la formation, dix ont été sélectionnés pour cette finale. « Nous avons privilégié les qualités techniques et humaines et cherché des jeunes qui étaient volontaires, indique Philippe Henry, l’un des formateurs. Nous cherchions des personnes prêtes à parler en public. Chacun a sa spécificité, quelque chose qui nous a touchés. » Chaque jeune a choisi lui-même son thème, cette finale permettant ainsi d’aborder des sujets très intimes comme l’identité, la solitude ou encore le harcèlement.
Projecteurs braqués sur eux, les finalistes devaient s’exprimer devant un public d’une centaine de personnes et un jury composé de Nilou Soyeux, déléguée générale de la Fondation France Télévisions, Guy Régis junior, écrivain, comédien, metteur en scène, Anne Pizet, déléguée générale de la Fondation Culture & Diversité, et l’écrivain Yamen Manai. « J’ai été assez impressionnée car c’est un exercice loin d’être évident, souligne Anne Pizet. Ils se livrent avec émotion, sincérité et humour et c’est beau à voir. »
Exercices de théâtre, de diction et de respiration
Les dix candidats ont bénéficié de cinq séances avec les formateurs pour préparer cette finale. « Ils ont fait des exercices de théâtre, de diction, de respiration. Nous avons aussi travaillé la structure du fond : comment le verbal et le non-verbal viennent parler pour nous », résume Ania Lafargeas, une autre des formatrices. Après les dix passages, place aux délibérations. C’est finalement Brian Chapin qui l’a emporté avec son passage sur le thème « La musique adoucit-elle les mœurs ? » qui s’est imposé naturellement à ce rappeur de 24 ans venu de Seine-Saint-Denis. « Il nous a touchés unanimement par son ton et sa gestuelle, résume Nilou Soyeux. Les règles de l’art de la rhétorique étaient respectées tout en donnant de l’émotion. » Brian devance Ikram Nasseur qui a planché sur « Sommes-nous tous les mêmes ? » et Ilyass Birante et sa prestation sur « Comment retrouver confiance en soi ? ».
Avant d’arriver sur la scène du théâtre de l’Alliance française, Brian avait suivi des études d’audiovisuel avant de se consacrer à la musique. Il était suivi jusqu’à présent par la Mission locale de Saint-Denis, par qui il a découvert « Prenez la parole ! ». « Cette formation m’a fait ouvrir les yeux sur plein de choses, des projets qui vont avec la musique. C’était incroyable de s’exprimer ce soir devant un public bienveillant. » « Prenez la parole ! » lui aura en tout cas remis le pied à l’étrier : Brian multiplie déjà des projets de reprise d’études et hésite entre plusieurs formations.
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