C’est une initiative originale et disruptive. « Prenez la parole ! » - c’est l’intitulé de ce dispositif lancé par la délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture dont la première édition s’est tenue entre septembre et décembre 2025 (voir notre article) - a une ambition : permettre à 100 jeunes franciliens en cours de réinsertion de trouver leur voie professionnelle en les formant aux pratiques de l’éloquence.
Dans le cadre de cette formation, la délégation générale à la langue française et aux langues de France a également prévu des visites en immersion pour permettre à ces jeunes de découvrir l’environnement culturel dans lequel s’insèrent une grande diversité de métiers. Le 25 octobre, direction la Basilique Saint-Denis pour un groupe de jeunes résidents de Saint-Denis, Colombes et Osny-la-Ville.
La basilique Saint Denis, une capsule du temps
A-t-on conscience de s’inscrire dans un héritage ? Découvrir le quotidien des bâtisseurs de demain contribue-t-il à ancrer sa propre conscience citoyenne ?
Face à ce chef-d’œuvre gothique conçu au 12e siècles, on peut légitimement se poser ces questions. Le monument, explique Noémie Nunes, chargée de communication de la Basilique Saint-Denis et médiatrice culturelle des publics dits éloignés, se distingue pour trois raisons. La première est religieuse : la Basilique contient les reliques de Saint Denis, martyr chrétien du IIIe siècle. La deuxième est historique : nombre de rois et reines de la monarchie française sont enterrés dans la Basilique. Enfin, la troisième raison est architecturale : l’envergure de la Basilique, dont la construction est achevée au 12e siècle, et en cours de restauration par l’entreprise de taille de pierre H. Chevalier, ne manque pas d’impressionner ses visiteurs.
La visite des tombeaux, point d’orgue de cette journée, aura tenu en haleine plus d’un visiteur… La découverte de la Basilique et de ce qu’elle représente : une capsule du temps passé, présent et futur, n’aura laissé aucun membre du groupe indifférent.
Le patrimoine culturel : une source d’inspiration pour la jeunesse
Faire le choix de se former, devenir l’artisan de sa propre vie, c’est aussi s’inscrire dans une continuité. Certains jeunes en ont pris conscience lors de cette journée hors du temps. « Quand on entre dans le lieu on se sent tout petit et ensuite on réalise que ce sont des humains comme nous qui ont fait quelque chose d’une valeur inestimable. C’est fou qu’au 16e siècle ce soit « osef » (« je m’en fiche » en argot) de faire des tags sur les statues, et qu’aujourd’hui elles soient préservées. Je prends conscience que ce sont des gens comme nous qui ont fait ça. Et les couleurs dans la Basilique, tout ça, c’est beau. C’est un héritage. », témoigne Brian Chapin, jeune résidant de Saint-Denis, en regardant les vitraux ajourés de la Basilique.
Les mots deviennent rares à mesure que le geste se précise. Le geste se précise à mesure que l’artisan fait corps. Être bâtisseur n’est pas une expérience solitaire. La majesté d’un monument est celle d’un seul souffle, d’hommes unis au service de plus grand que soi. Telle est, peut-être, la sagesse du compagnonnage. « Je trouve que la taille de pierre est une activité très thérapeutique. Je suis arrivé stressé par le métro, je repars plus calme. En plus, chacun peut être satisfait de ce qu’il fait, il n’y a pas de place au moche. C’est un autre moyen d’expression, et on ne voit pas le temps passer avec la découverte de la matière. », témoigne Adem Kamel, 21 ans, résidant à Osny-la-Ville, à la suite de l’atelier de taille de pierre supervisé par Noémie Nunes. Le jeune homme aura démontré une vraie prédisposition manuelle - en témoigne la précision de son cheval gravé dans la pierre au cours de l’atelier en immersion. A lui dorénavant de tenir les rênes de son existence, sans s’arrêter devant les obstacles…
Tailleurs de pierre, une passion partagée
Comment trouver sa place dans la société en tant qu’individu ? Cette question, en filigrane de la journée, trouve un écho particulier avec les témoignages des tailleurs de pierre. Les jeunes sont accueillis dans leur loge, et Délivrance Makingson, 50 ans, très attaché à Saint-Denis, explique que c’est avant tout « l’amour du beau » qui l’a conduit à choisir ce métier. Après une formation en accéléré d’un an par l’intermédiaire de l’AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes), Délivrance devient artisan d’art. Délivré par la pierre…
Car, en plus d’être réaliste (la formation est rémunérée), ce métier ouvre de nombreuses perspectives de vie : le tailleur de pierre peut travailler partout, le savoir-faire est le même quel que soit le pays, et « on a du boulot, je dois même refuser des projets », précise l’artisan à l’âme d’artiste. Sans parler du compagnonnage entre tailleurs de pierre, et du cadre de travail privilégié, qui favorise l’ancrage. A ses côtés, une femme, tailleuse de pierre dans après une reconversion réussie, est un autre exemple, qui prouve que la profession est accessible aux jeunes du parcours « Prenez la parole ! ».
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