C’est un événement qui s’annonce passionnant. Dans le cadre de la commémoration du Cinquantenaire de la mort du célèbre écrivain, le musée Guimet propose du 22 au 25 janvier à l’occasion des Nuits de la lecture, de revisiter l’une des passions les plus fascinantes de la vie et de l’œuvre d’André Malraux : l’Asie et ses civilisations.
Pour en souligner toutes les dimensions, artistiques et littéraires, bien sûr, mais aussi politiques et spirituelles, le musée Guimet a conçu l’événement en deux temps : une évocation de quatre de ces civilisations lors de conférences de Jean-Claude Perrier, écrivain et journaliste, auteur d'un André Malraux et la tentation de l'Inde (Gallimard, 2004) et d'un André Malraux et la Reine de Saba (Le Cerf, 2016, et Lexio, 2026), suivies d’une déambulation, conduite par le conservateur de l’aire géographique en question dans les salles du musée. Retour sur cette véritable « passion fixe » avec Jean-Claude Perrier.
D’où vient, chez Malraux, ce tropisme pour l’Asie ?
Enfant d'une famille modeste et désunie, André Malraux part en Asie à l’âge de 22 ans. Autodidacte, n’ayant pas même son baccalauréat, c’est aux musées, tels que le musée Guimet ou le musée du Louvre, qu’il doit une grande partie de son savoir. Malraux, qui se rêve écrivain, travaille tôt et fréquente assidûment les bouquinistes, les éditeurs, le milieu littéraire. Il épouse Clara Goldschmidt en 1921, de quatre années son aînée. Intellectuelle cultivée et fortunée, la jeune héritière tombe sous le charme de ce dandy brillant dont les placements financiers sont parfois hasardeux. Dans ce contexte Malraux organise une expédition au Cambodge, encore terra incognita, à Angkor. Ce voyage s'achève par une arrestation, un procès et une incarcération, en raison d’une tentative de découpe de statues près du du temple de Banteay Srei. Le temps de son emprisonnement, Malraux découvre la réalité coloniale. Une fois libéré grâce à l’influence de sa femme, qui mobilise l’intelligentsia française, il retourne en Indochine et crée un journal à Saïgon, L'Indochine, puis L'Indochine enchaînée. Il y reste un an, pour dénoncer les abus du colonialisme.
Après cet épisode fondateur, son intérêt pour l’Asie ne se dément pas, notamment en ce qui concerne le dialogue entre les civilisations...
Malraux est l’écrivain le moins franco-français que nous puissions imaginer. Une grande partie de son œuvre traite d’Asie. L’intellectuel se passionne pour le dialogue sur les chocs de civilisations. Son ouvrage La Voix royale, publié en 1930, est directement inspiré de ses expéditions dans les temples khmers. La Condition humaine, qui paraît trois ans plus tard, prix Goncourt, anticipe la révolution chinoise. En 1934 l’homme de lettres part à la recherche de la capitale de la Reine de Saba, avant de s’engager auprès d’écrivains combattants antifascistes. Il rencontre Nehru en 1936 et Mao en 1965, séquences dont on trouvera un profond écho dans les Antimémoires. C’est un homme qui est allé jusqu’au bout de lui-même et a, en un certain sens, réalisé ses rêves de gosse.
Ses voyages, notamment en Asie, lui ont-ils permis d'élargir sa vision de la condition humaine, voire de la transcender ?
La France, pour lui, était trop petite. En quête d’autres philosophies, qui auront motivé ses voyages en Asie et ailleurs, Malraux a construit sa vie comme une œuvre d'art à même de transcender sa condition humaine. Engagé, il a lutté pour ses convictions. Il est aussi l'un des premiers intellectuels à avoir considéré tous les arts du monde entier, ce dont témoigne un ouvrage comme Les Voix du silence. Tout l’intéressait, tout le passionnait. Sa philosophie était une philosophie du dépassement de soi. Pour lui, seuls les artistes transcendent le destin et se transcendent eux-mêmes. Malraux était fasciné par les grands hommes et les grands destins. Il a aussi été, ne l'oublions pas, le formidable ministre de la Culture du Général de Gaulle.
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