C’est un moment comme il en arrive rarement. Au musée des Beaux-Arts de Libourne, le public peut désormais contempler un original du grand maître italien, dont on ignorait encore l’existence il y a peu.
L'enquête
Tout commence en 2024, lors d'une opération de récolement des collections. Dans le secret des réserves, l'équipe du musée examine une toile enregistrée depuis des décennies comme une simple copie du XIXe siècle d’une œuvre célèbre de Guido Reni.
Pourtant, l'œil expert de Caroline Fillon, directrice du musée, et de la restauratrice Sophie Jarrosson décèle immédiatement une qualité artistique exceptionnelle. Cette intuition donne rapidement le coup d'envoi d'une véritable aventure scientifique.
Sous la copie, une pépite du XVIIe siècle
Pour lever le voile sur l’identité du tableau, le musée sollicite l’accompagnement de la DRAC Nouvelle-Aquitaine et l’expertise du Centre de recherche et de restauration des Musées de France (C2RMF).
Les analyses de pointe révèlent alors une couche de préparation ocre-rouge, caractéristique des techniques de peinture du XVIIe siècle, un indice capital. Exit la thèse de la copie tardive : l’œuvre est bien d’époque. Un comité scientifique international, composé d’experts français, italiens et espagnols, est constitué pour valider cette découverte. Le verdict tombe : le tableau est de la main de Guido Reni (1575-1642) et de son atelier.
Jusqu’à cette redécouverte, seuls deux originaux d’Atalante et Hippomène (peints vers 1620) étaient mondialement connus : l’un conservé au musée de Capodimonte à Naples et l’autre au musée du Prado à Madrid. Lorsque l’enquête révèle que la version libournaise n'est pas une copie mais la version autographe, l’œuvre conquiert, rien de moins, sa place dans l’histoire de l’art universelle.
Une restauration sous l'œil du public
Loin de s'enfermer dans un laboratoire, la résurrection du tableau s’est jouée au cœur de la ville. Installée dans la chapelle du Carmel à Libourne, la restauratrice Sophie Jarrosson a opéré sous le regard des visiteurs, invités à suivre en temps réel l'évolution des recherches et du nettoyage de la toile.
L'expertise et le soutien de l'État au cœur de cette renaissance artistique
Cette réussite est aussi celle d'un partenariat institutionnel. Grâce à son appellation « Musée de France », l’établissement libournais a bénéficié :
- d’une expertise scientifique de pointe intégralement prise en charge par le C2RMF ;
- d’un soutien financier de l’État : la DRAC Nouvelle-Aquitaine a financé 40 % du coût total de la restauration (soit 10 090 €).
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