La façade occidentale de la cathédrale se distingue par cette construction recouverte de bardeaux de châtaignier. Longtemps jugée singulière dans son expression architecturale, la Tour noire ne constitue plus l’image d’un édifice inachevé. Elle apparaît désormais comme le témoignage des méthodes de construction économiques et durables mises en œuvre à la fin du Moyen Âge. Les interventions conduites depuis son classement ont permis de préserver, avec un haut niveau d’authenticité, un ouvrage conçu à l’origine comme provisoire. Cette opération s’inscrit dans la mission de la DRAC, qui assure grâce à sa conservation régionale des Monuments historiques le suivi scientifique et technique des restaurations et veille au respect de l’histoire et de la matérialité des monuments appartenant à l’État.
Une opération exigeante
Engagée en janvier 2024, l’opération s’est appuyée sur des études approfondies des maçonneries en calcaire local et de la structure en pans de bois. L’analyse des traces d’outils et la datation des bois ont permis de mieux comprendre l’édifice et de confirmer l’intelligence de sa conception. Les analyses dendrochronologiques (la dendrochronologie permet de dater des pièces de bois), ont permis de préciser la datation de la structure, établissant que les chênes utilisés avaient été abattus entre 1469 et 1471.
L’opération de restauration a concerné les maçonneries du massif occidental sud, la reprise de la voûte et de son décor de faux-joints, les sculptures et la consolidation de la charpente fragilisée. L’essentage (revêtement d'une paroi verticale) de châtaignier a été repris à l’identique et la toiture en pavillon a retrouvé une couverture d’ardoise plus pérenne. Les baies de diffusion des cloches ont été rouvertes afin de redonner sa lisibilité à l’ouvrage. Le socle en calcaire local a également fait l’objet de consolidations ponctuelles, incluant le remplacement de blocs altérés et le nettoyage des parements.
2026 - La Tour noire restaurée, en images
Les gestes artisanaux traditionnels ont été privilégiés, tandis que les techniques contemporaines ont permis d’analyser et de modéliser la structure. Un relevé numérique complet a permis d’orienter les interventions dans le respect de la matière ancienne. Menée sur deux ans, l’opération représente 3,6 millions d’euros, dont 80 000 euros consacrés à la sécurité incendie dans le plan de sécurité des cathédrales d’Île-de-France conduit entre 2021 et 2024. La maîtrise d’œuvre a été réalisée par Michel Trubert, Architecte en chef des Monuments historiques.
D’un clocher provisoire à un symbole
Construite vers 1470 pour abriter les cloches après la démolition du clocher roman, la Tour noire est élevée rapidement sur le socle d’une tour de pierre demeurée inaboutie. Faute de moyens et de temps pour édifier une tour en pierre, les bâtisseurs ont recours à une technique légère largement utilisée dans l’architecture civile, le pan de bois. Conçue comme provisoire, elle sert environ soixante ans jusqu’au transfert des cloches dans la tour nord achevée en 1532.
Inutilisée par la suite, parfois décriée pour son architecture, la tour a pourtant été entretenue et conservée avec très peu de modifications. Au 17e siècle, le pan de bois, initialement garni de torchis recouvert d’un enduit, est protégé par un essentage de bardeaux de châtaignier régulièrement renouvelé. Restaurée aux 19e et 20e siècles, elle avait été placée sous filet en 2010 en raison de désordres liés aux intempéries. Cette mesure conservatoire soulignait la nécessité d’une opération de restauration d’ampleur afin d’en assurer la pérennité.
Son surnom, lié au contraste entre la teinte sombre du châtaignier et le calcaire clair du bassin parisien, appartient désormais davantage à l’histoire qu’à la réalité. Avec la restauration, c’est une bâtisse blonde, voire dorée à la lumière du soleil, qui se révèle.
Une identité retrouvée
Classée au titre des Monuments historiques dès 1840, la cathédrale, dont la construction débute vers 1185 et s’achève dans les années 1530, propriété de l’État, est placée sous la responsabilité de la DRAC Île-de-France qui en assure l’entretien et la conservation.
2025 - La restauration à l’œuvre, en images
La Tour noire s’inscrit au cœur de la cité épiscopale de Meaux, ensemble historique exceptionnellement bien conservé, établi sur une élévation dominant la boucle de la Marne et protégé par les remparts antiques. La cité comprend la cathédrale, le Vieux-Chapitre et la chapelle des catéchismes, propriétés de l’État, ainsi que le palais épiscopal, ses communs, les remparts et le jardin Bossuet, appartenant à la Ville de Meaux. La vaste cour centrale est partagée entre les deux propriétaires, État et Ville.
Pour assurer la bonne conservation de cet ensemble et améliorer sa mise en valeur auprès des publics, Ville et État se coordonnent pour le lancement d’un programme de restauration partiellement inscrit au contrat de plan État-Région 2021-2027. La cité a fait l’objet d’une extension de classement au titre des monuments historiques en 2024, et l’ensemble est intégré au sein d’un site patrimonial remarquable incluant l’ancien quartier canonial.
Avec l’achèvement de cette opération, la Tour noire affirme pleinement son statut de symbole. Elle n’est plus le rappel d’une absence de tour en pierre, mais un élément fort de l’identité de la cathédrale de Meaux. Elle constitue désormais un témoignage remarquable de l’ingéniosité constructive de la fin du Moyen Âge et de la mobilisation des savoir-faire au service de la conservation du patrimoine.
2024 - Les débuts de l’opération, en images
Le 14 février 2026, la Tour noire restaurée a été inaugurée par Rachida DATI (ministre de la Culture), en présence de Jean-François Copé (maire de Meaux), Julien Kerdoncuf (sous-préfet de Meaux), Edward de Lumley (directeur régional de la DRAC), Michel Trubert (architecte en chef des monuments historiques) et Jean-Yves Nahmias (évêque de Meaux). Après les discours, une volée de cloches et un concert d’orgue ont officiellement marqué la fin de cette restauration. Une conférence sur l’épopée de la restauration de la Tour noire a été donnée par Anne-Sylvie Stern-Riffe, conservatrice en chef des Monuments historiques, au Musée Bossuet.
- 1991-1996 - Restauration des couvertures de la cathédrale. Des tuiles vernissées de couleur du XVIe siècle sont découvertes en mélange sur la toiture et réemployées sur un pan du transept.
- 2003-2006 - Restauration du massif occidental nord : le portail Saint-Jean-Baptiste et la tour nord avec son programme sculpté flamboyant.
- 2017-2018 - Réaménagement liturgique du chœur par le diocèse. Le mobilier est créé par Jean-Marie Dutilleul et Benoît Ferré. Une statue de la Vierge est installée sur un pilier à l’entrée du chœur.
- 2021-2023 - Restauration du portail du Jugement dernier, avec ses sculptures de la première moitié du XIVe siècle (600 000 €)
- 2021-2024 - Plan de sécurité Incendie : audit général de sécurité des trois cathédrales d’Île-de-France (200 000 €), plan d’actions sécurité (120 000 €)
- 2024-2025 - Restauration de la Tour noire et du massif occidental sud (3,6 M d’€)
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