Du 1er juin au 18 septembre 2026, le bureau d’études archéologiques Eveha a conduit une fouille d’archéologie préventive à Epieds-en-Beauce, dans le Loiret. L’opération, dirigée par Nicolas Peyne, a été prescrite par le Service régional de l’archéologie de la DRAC Centre-Val de Loire en amont de l’extension de la ZAC des Chantaupiaux. Elle a porté sur plus de trois hectares et a mis au jour une succession d’occupations rurales, depuis la Protohistoire ancienne jusqu’au IIIe siècle de notre ère.
Cette prescription faisait suite à de précédentes opérations d’archéologie préventive, qui avaient déjà confirmé le potentiel archéologique du secteur.
Une ferme gauloise à l’entrée monumentale
Dans la moitié sud de l’emprise, la découverte principale est un ensemble de trois enclos gaulois construits successivement : l’un a été créé plus tard et accolé à l’autre, tandis que le premier a été comblé.
L’entrée de cet établissement fossoyé était marquée par les traces de deux imposants poteaux, vestiges d’un portique d’entrée à vocation ostentatoire. Des traces de greniers aériens, une meule rotative et des ossements de bovidés, de suidés et de caprinés permettent de caractériser le site comme un établissement agricole et pastoral. Les archéologues ont également repéré, à proximité des enclos, un grand bâtiment sur poteaux attribué à la même période.
L’établissement s’étendait bien au-delà de la zone fouillée : son prolongement est visible dans les cultures voisines, où la croissance différenciée des végétaux dessine l’emplacement des fossés d’enclos.
Cette occupation, rattachée au second âge du Fer (IVe-Ier siècle avant notre ère), a pu être abandonnée aux alentours de la Conquête romaine. De nombreux chablis, traces laissées par des arbres déracinés, attestent par ailleurs la présence d’une forêt antérieure à l’installation des Gaulois.
Un enclos antique et un puits aux secrets
Durant l’Antiquité, un autre enclos agro-pastoral s’installe plus au nord. Occupé entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, il a livré les indices possibles d’un pacage de bétail (pratique consistant à élever du bétail dans le but de produire de la viande), des silos destinés au stockage des grains, des traces d’activités métallurgiques et de tissage, et même des latrines.
Cet enclos comprenait aussi un puits. Sa fouille, réalisée depuis une plate-forme sécurisée, a rapidement révélé le squelette d’un jeune individu. En l’absence de tout geste funéraire, il ne s’agit pas d’une sépulture : il pourrait s’agir du résultat d’un accident.
Une phase d’étude qui s’ouvre
La fouille entre désormais dans sa phase d’étude, dite de post-fouille, qui consiste à analyser les données de terrain et à les rassembler dans un rapport final d’opération. Les chercheurs étudieront notamment les espèces végétales retrouvées sur le site, afin de reconstituer l’évolution du paysage. Le mobilier découvert permettra aussi d’examiner l’insertion de ces occupations dans les réseaux commerciaux de la Gaule et de l’Europe, notamment vers la Méditerranée.
Cette opération rappelle qu’à l’époque gauloise, on estime la présence d’une ferme tous les 300 mètres environ, en particulier en Beauce, dont le potentiel agronomique est déjà identifié dès la Protohistoire.
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