Pendant quatre semaines, du nettoyage minutieux au reconditionnement de chaque spécimen, en passant par la mise à jour de la base de données, les équipes du musée des Beaux-arts et d’Histoire naturelle ont mené un travail d'une précision chirurgicale. Au total, 2 021 items, oiseaux, mammifères, reptiles, poissons, ont été examinés, traités et transférés dans une réserve transitoire réaménagée. L'ensemble de l'opération, chiffrée à 25 000 €, a été financé à 100 % par la Direction régionale des affaires culturelles Centre-Val de Loire (DRAC - ministère de la Culture), dans le cadre de sa mission d'accompagnement des musées de France.
Jusqu'ici relégués sous les combles du musée, les spécimens naturalisés souffraient d'un manque d'espace chronique : la réserve ne mesurait que 30 m², obligeant à empiler les animaux sur des étagères en bois, voire directement sur le sol. Le grenier, mal isolé et non chauffé, exposait les collections à des variations thermiques extrêmes susceptibles de provoquer l'éclatement des peaux et l'infestation par des insectes. La présence d'isolant inflammable au plafond ajoutait un risque incendie réel. Résultat : l'inventaire décennal réglementaire, obligatoire pour les 1 218 musées de France (livre IV du code du patrimoine), était tout simplement impossible à réaliser.
Un projet de nouvelles réserves
Les trésors nationaux étaient stockés depuis près de 150 ans dans de mauvaises conditions sous les combles du musée. Avant leur déménagement dans une réserve transitoire située à proximité, des étapes préalables ont été coordonnée par Mireille Bienvenu (directrice du musée) et Garance Robin (responsable des collections de science naturelle). Les opérations ont été confiées à Hugo Bordet (conservateur-préventeur) et Thierry Oudoire (conservateur du patrimoine).
La refonte des réserves figurait déjà dans le projet scientifique et culturel (PSC) du musée, validé par l'État en 2022. Faute de financement, elle n'avait pu être engagée. La DRAC Centre-Val de Loire a rendu ce chantier possible en prenant en charge l'intégralité de son coût. Un nouvel espace plus adapté à proximité, des rayonnages métalliques récupérés auprès de la médiathèque et des archives municipales ont permis de proposer un projet permettant une implantation pertinente des nouvelles réserves adaptées à chaque spécimen.
Un protocole exceptionnel
Blouses et masques FFP2 étaient obligatoires sur le chantier, car certaines taxidermies anciennes peuvent contenir des substances toxiques (arsenic, sulfure de mercure) utilisées comme insecticides avant leur interdiction dans les années 1960. Les spécimens ont été dépoussiérés, pesés, mesurés et reconditionnés dans des bacs aux normes européennes, calés dans de la mousse découpée sur mesure. Un travail en binôme, avec manipulation par une agente gantée et saisie informatique simultanée, a permis d'actualiser la base de données au fil du transfert. Parmi les pièces traitées, le fameux « roi des rats », l'un des joyaux de la collection, a bénéficié d'un reconditionnement avec changement de fluide.
Un héritage préservé pour l'avenir
Réputé pour la richesse de ses collections ornithologiques, dont le legs du marquis Léonce de Tarragon, décédé en 1897, le musée Dunois détient l'appellation « musée de France ». Ses collections sont donc inaliénables et imprescriptibles, et la réglementation impose leur conservation dans des conditions adéquates. Le nouveau dispositif, inauguré lors d'une conférence au théâtre municipal de Châteaudun le 8 mars 2026, garantit désormais la pérennité de ce patrimoine eurélien pour les décennies à venir. Il permet aussi d'envisager rotations d'œuvres, expositions temporaires et prêts à d'autres institutions.
Partager la page



