Une grotte classée monument historique, ça vous étonne ? Et pourtant. Derrière les châteaux de la Renaissance qui font la réputation touristique de la région Centre-Val de Loire se cache un patrimoine bien plus vaste et souvent insoupçonné : grottes préhistoriques, jardins remarquables, couvents, statues publiques ou encore bâtiments du XXe siècle. Comment ces trésors, parfois fragiles, parfois menacés, sont-ils identifiés, protégés et transmis aux générations futures ? C'est tout l'enjeu du nouveau cycle de conférences porté par la DRAC Centre-Val de Loire, qui démarre en septembre 2026.
Un rendez-vous mensuel pour tous les curieux
Baptisé « Les Jeudis du patrimoine », ce cycle proposera dix conférences réparties de septembre 2026 à juin 2027, à raison d'une rencontre par mois environ. Rendez-vous est donné à l'auditorium du musée des Beaux-Arts d'Orléans, de 18h à 19h30. Pas besoin de réserver ni de s'inscrire à l'avance : l'entrée est libre et gratuite.
Nul besoin non plus d'être spécialiste. Historiens, propriétaires de monuments, élus locaux, professionnels du secteur ou simples amoureux du patrimoine : chacun y trouvera de quoi nourrir sa curiosité, grâce à des interventions pensées pour être accessibles à tous.
Au programme :
Par Hélène Lebédel-Carbonnel
Conservatrice en chef du patrimoine, Hélène Lebédel-Carbonnel est inspectrice des patrimoines et de l’architecture, collège monuments historique au sein de la direction générale des patrimoines du ministère de la culture. Elle a été, entre 2015 et 2023, conservatrice régionale des monuments historiques adjointe en DRAC Centre–Val de Loire et auparavant, chargée des collections du château-musée de Blois. Formée à l’École du Louvre et à l’Université Paris IV – Sorbonne, elle est spécialiste de l’art français des XVIe et XVIIe siècles.
Cette conférence introductive permettra d’évoquer, à l’échelle nationale, l’actualité des politiques de protection au titre des monuments historiques, immeubles et objets, sous l’angle des thématiques privilégiées, des critères retenus et de l’évolution du cadre administratif et scientifique. Ces sujets seront illustrés dans les conférences suivantes à travers des exemples pris en Centre-Val de Loire.
Par Fabienne Audebrand
Chargée de protection à la Conservation Régionale des Monuments (ministère de la Culture) et conservateur des antiquités et objets d’art d’Eure-et-Loir
Depuis 1913, les mesures de protection au titre des monuments historiques se sont succédé, permettant à la nation de se constituer un parc d’immeubles protégés conséquent. Dans un contexte de réexamen des politiques publiques, il est maintenant devenu indispensable, parallèlement aux décisions prises sur les protections nouvelles, de vérifier la cohérence des protections anciennes (mise en conformité juridique, délimitation précise des protections, harmonisation de la protection pour un même immeuble ou un même ensemble immobilier, apports de nouvelles approches techniques ou matérielles.)
À partir d’exemples régionaux (ensembles castraux, abbayes et maisons en pan de bois principalement), on évoquera la notion d’ensemble, de cohérence architecturale, d’évolution des connaissances techniques et historiques qui accompagne le formidable élargissement de la notion de patrimoine.
Par Christophe Niedziocha et Alexis Rousseau-Jouhennet
Christophe Niedziocha : Conservateur des monuments historiques à la conservation régionale des monuments historiques, DRAC Centre-Val de Loire - ministère de la Culture.
Alexis Rousseau-Jouhennet : Directeur du château de Valençay. Il est également maire de Levroux (Indre) et président de la communauté de communes Levroux-Boischaut Champagne.
La région est renommée pour ses châteaux éclos à la Renaissance, lorsque le pouvoir royal siégeait dans le Val de Loire, et dont certains
connurent d’autres fortunes. Quoiqu’un peu éloigné du fameux fleuve, Valençay appartient bien à cette typologie ligérienne, et a été magnifié par le fastueux diplomate Talleyrand dans la première moitié du XIXe siècle. Alors que de nombreux châteaux nous sont parvenus partiellement dépecés, Valençay a l’attrait du site préservé dans son enveloppe architecturale avec -plus rare encore- son parc et une partie de son mobilier.
Comment se sont mises en place les protections de ce domaine, particulièrement soutenu par la DRAC Centre-Val de Loire, et comment s’articulent-elles avec sa mise en tourisme ?
Par Anne Embs et Hélène de Carbonnières
Hélène de Carbonnières : Chargée de protection à la conservation régionale des monuments historiques, DRAC Centre-Val de Loire - ministère de la Culture.
Anne Embs : Conservatrice générale du patrimoine. Diplômée de l’École du Louvre et de l’Université de Paris-IV, Anne Embs est spécialiste de la sculpture du Moyen-Age et de la Renaissance. Elle a été conservatrice des monuments historiques en Poitou-Charentes, puis conservatrice régionale adjointe des monuments historiques d’Auvergne-Rhône-Alpes, elle est depuis 2019 conservatrice régionale des monuments historiques de la région Centre-Val de Loire et préside la conférence des conservateurs régionaux des monuments historiques.
La région Centre-Val de Loire est surtout renommée pour la richesse de son patrimoine monumental, et notamment pour ses châteaux de la Renaissance. Pourtant, comme dans toutes les régions françaises, Les menhirs, dolmens et autres vestiges préhistoriques figurent parmi les premiers monuments classés au titre des monuments historiques en France. Une section leur est même dédiée dans la liste de 1889.
L’ambition de cette communication est de faire découvrir le patrimoine archéologique de la région et les problématiques de conservation qu’il pose à travers notamment l’exemple de la grotte néandertalienne de La Roche Cotard près de Langeais.
Par Thibaut Noyelle
Thibaut Noyelle : Diplômé de l’Université de Poitiers en Civilisation antique et médiévale, conservateur du patrimoine depuis 2017, Thibaut Noyelle a d’abord exercé la mission de conservateur des monuments historiques à la Direction régionale des affaires culturelles de Corse, avant de rejoindre celle de Centre-Val de Loire en 2021. Il y est en charge des départements de l’Indre-et-Loire et du Loiret.
L’actualité met régulièrement en lumière la vulnérabilité de notre patrimoine culturel, exposé à de multiples risques de dégradations, de vol, ou encore, aux effets du changement climatique. Parmi ces risques, les incendies, qu’ils soient accidentels ou non, constituent probablement l’un des plus destructeurs et spectaculaires, provoquant chaque fois une vague d’émotion, mais aussi de questionnements : quelles sont les causes de ces sinistres ? Comment agir pour les prévenir ? Comment en gérer les conséquences ?
Par Xavière Desternes et Hélène de Carbonnières
Xavière Desternes : Chargée de protection à la conservation régionale des monuments historiques, correspondante jardins de la DRAC Centre-Val de Loire - ministère de la Culture.
Hélène de Carbonnières : Chargée de protection à la conservation régionale des monuments historiques, DRAC Centre-Val de Loire - ministère de la Culture.
Visant d’abord les lieux commémoratifs des deux guerres mondiales, les protections au titre des monuments historiques des édifices du XXe siècle s’élargissent peu à peu aux autres lieux de mémoire, mais aussi aux grandes créations architecturales. En région Centre-Val de Loire, l’ancien couvent des Capucins, à Tours, dessiné par les célèbres frères Perret, est l’un des premiers monuments historiques contemporains protégés : il est inscrit en 1977. Dès les années 1980, le champ s’étend aux édifices construits dans la seconde moitié du siècle, avec la fontaine de Max Ernst à Amboise, inscrite en 1987.
Pourtant, moins d’une centaine d’édifices du XXe siècle sont inscrits à ce jour dans la région, et à peine quelques-uns sont classés. Le patrimoine technique et industriel d’une part, et le patrimoine commémoratif d’autre part, restent les plus représentés.
Le label « Patrimoine du XXe siècle » créé en 1999 et devenu en 2016, le label « Architecture Contemporaine Remarquable », permet sans doute, par la souplesse de sa mise en œuvre, son caractère temporaire et sa portée non réglementaire, d’interroger un corpus plus large et de renouveler notre regard sur la patrimonialisation de l’architecture de ce siècle. Tous les édifices labellisés ont-ils vocation à devenir des monuments historiques ? La question est posée.
Par Anne-Isabelle Berchon et Irène Jourd’heuil
Anne-Isabelle Berchon : Conservateur des antiquités et objets d’art du Cher
Irène Jourd’heuil : Conservateur régional adjoint des monuments historiques
En 2023, le carmel de Bourges a fermé ses portes après plus de 400 ans de présence dans la capitale du Berry. Afin de préserver la mémoire et le patrimoine des carmélites, et avec leur accord, la conservation régionale des monuments historiques et la conservation des antiquités et objets d’art du Cher ont œuvré à la conservation des archives, à la protection au titre des monuments historiques des bâtiments qui ont abrité le carmel à partir du XIXe siècle, enfin à l’inventaire des objets mobiliers qui y étaient conservés.
Datés du XVIIe au XIXe siècle, insignes ou plus modestes, ils sont une précieuse et rare illustration de toutes les facettes de la vie d’un carmel et méritent à ce titre d’être protégés et transmis aux générations futures.
Par Anne Embs
Anne Embs : Conservatrice générale du patrimoine. Diplômée de l’École du Louvre et de l’Université de Paris-IV, Anne Embs est spécialiste de la sculpture du Moyen Age et de la Renaissance. Elle a été conservatrice des monuments historiques en Poitou-Charentes, puis conservatrice régionale adjointe des monuments historiques d’Auvergne-Rhône-Alpes, elle est depuis 2019 conservatrice régionale des monuments historiques de la région Centre-Val-de-Loire et préside la conférence des conservateurs régionaux des monuments historiques.
Une étude thématique sur le sujet de la statuaire publique, menée par le service de l’Inventaire de la région, puis prolongée par une campagne de protection au titre des monuments historiques a permis de s’interroger sur la place de la statuaire publique dans l’espace urbain, mais également dans la construction de l’histoire de France.
Au travers de l’exemple significatif de la figure de Jeanne d’Arc sera ainsi questionné le lien particulier entre art et histoire dans l’espace public, et ce que ces monuments disent de notre rapport à l’histoire de France.
Par Xavière Desternes
Xavière Desternes : Chargée de protection à la conservation régionale des monuments historiques, correspondante jardins de la DRAC Centre-Val de Loire - ministère de la Culture.
Les parcs et jardins, juridiquement considérés comme des immeubles non bâtis, peuvent être protégés au titre des monuments historiques. Pourtant, leur reconnaissance patrimoniale est le fruit d’une lente évolution, liée à la nature même de ce patrimoine : vivant, changeant, et par essence périssable. Longtemps, les protections patrimoniales se sont concentrées sur le bâti, témoignage durable de l’histoire et du génie humain. La protection des jardins, longtemps perçus comme de simples écrins destinés à mettre en valeur l’architecture, était secondaire voire inexistante.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, le regard évolue et le jardin est peu à peu compris comme une œuvre à part entière, reflet d’une époque, d’un savoir-faire et d’un rapport à la nature.
Comment l’administration des monuments historiques œuvrent à leur préservation ? La question est complexe car un jardin ne peut être figé : il nécessite un entretien constant, des replantations et parfois des réalisations.
Aujourd’hui, les parcs et jardins sont pleinement reconnus comme un patrimoine fragile et vivant, leur protection témoigne d’un élargissement de la notion de patrimoine. Ils permettent également de réfléchir à certains enjeux contemporains majeurs, notamment en matière de biodiversité, de paysage et de qualité de vie.
Par Anne Embs et Rémi Fromont
Anne Embs : Conservatrice générale du patrimoine. Diplômée de l’École du Louvre et de l’Université de Paris-IV, Anne Embs est spécialiste de la sculpture du Moyen Age et de la Renaissance. Elle a été conservateur des monuments historiques en Poitou-Charentes, puis conservatrice régionale adjointe des monuments historiques d’Auvergne-Rhône-Alpes, elle est depuis 2019 conservatrice régionale des monuments historiques de la région Centre-Val de Loire et préside la conférence des conservateurs régionaux des monuments historiques.
Rémi Fromont : En qualité d’architecte en chef des monuments historiques, a la charge d’édifices classés appartenant à l’État. Il est notamment en charge des départements du Puy-de-Dôme, du Cher, de l’Indre et du Loiret et travaille avec Philippe Villeneuve à la restauration de Notre-Dame de Paris.
Le patrimoine constitue une richesse essentielle de notre pays, et une de ses principales sources d’attractivité. Pourtant, il est régulièrement en danger, soit par défaut d’entretien, soit par malveillance, soit pour faire place à des nouveaux projets immobiliers.
Face à ses différentes menaces, quels sont les leviers et moyens dont dispose le service des monuments historiques ? Cette séance aura pour objectif d’illustrer aux travers de différents exemples les moyens de sauvegarder notre patrimoine.
Des experts pour raconter l'envers du décor
Chaque conférence sera portée par des conservateurs, architectes ou responsables de sites qui travaillent au quotidien à la préservation du patrimoine régional. Ils partageront des exemples concrets, souvent issus de dossiers qu'ils connaissent de l'intérieur.
Pourquoi s'y intéresser ?
« Les Jeudis du patrimoine » offrent ainsi une occasion rare de comprendre, de l'intérieur, comment se construit au quotidien la sauvegarde de ce bien commun. Une bonne raison de réserver ses jeudis soirs, une fois par mois, pour une plongée dans l'histoire de la région Centre-Val de Loire.
Informations pratiques : conférences gratuites, ouvertes à tous, sans inscription, à l'auditorium du musée des Beaux-Arts d'Orléans, de 18h à 19h30.
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