C'est autour de ces questions que s'est construite la journée « Patrimonialiser l'eau : recherche et transmission ». Elle a été organisée le 7 juillet à Châteauneuf-sur-Loire, dans le Loiret, entre l'Espace Florian, le parc naturel départemental, les rives de la Loire et le musée de la Marine de Loire.
Cette rencontre est la deuxième d'un nouveau cycle consacré aux quatre éléments naturels : sol, eau, feu, air, coordonné par les services régionaux de l'État (DRAC et DRARI Centre-Val de Loire) avec l'appui des villes d'accueil. Elle fait suite à une première journée dédiée au sol, organisée à Ardon en décembre 2023. Plus largement, elle s'inscrit dans le séminaire itinérant « Art, science et société » que la DRAC anime depuis 2019 : il s'agissait, le 7 juillet, de sa 26ᵉ édition.
La journée a été ouverte par Audrey Madec, directrice du musée de la Marine de Loire, Anne Duittoz, déléguée régionale adjointe académique à la recherche et à l'innovation (DRARI) Centre-Val de Loire, et Diana Gay, conseillère pour les musées à la DRAC Centre-Val de Loire. Elles ont posé la question au cœur des débats : comment le patrimoine de l'eau est-il aujourd'hui étudié, valorisé, protégé et transmis en Centre-Val de Loire ?
Une eau aux mille visages
La matinée s'est ouverte sur une première table-ronde, qui posait une question à première vue simple : « L'eau est-elle une ressource comme les autres ? ». De cet échange est ressortie une même conclusion : selon qu'on l'observe depuis un laboratoire, un jardin historique ou un chantier de fouilles, l'eau n'est jamais tout à fait la même chose. Patrimoine, ressource scientifique, sujet juridique, matière vivante : ses définitions varient autant que les métiers qui s'en emparent.
La deuxième table-ronde, consacrée à la « Science citoyenne : transférer les savoirs, responsabiliser les terriens » a permis d'aborder plusieurs projets menés en France qui ont montré à quel point les façons de sensibiliser le public peuvent être inventives. Des actions de médiation ont ainsi été présentées à Amboise, dans le Marquenterre en Picardie, à Chartres, à Montargis, ou encore au BRGM, dont le siège national se trouve à Orléans. Autant d'exemples concrets d'une même ambition : donner à chacun les clés pour comprendre et gérer plus sobrement une ressource que l'on croit souvent inépuisable.
Sur les rives d'un fleuve classé au patrimoine mondial
La journée ne s'est pas limitée aux salles de réunion. Les participants ont pu visiter le parc naturel départemental du Loiret, guidés par Nicolas Chevalier, chargé de mission « Valorisation du patrimoine naturel » au Conseil départemental du Loiret, avant de découvrir les activités portuaires de la commune avec Caroline Ferrari, du service des publics du musée de la Marine de Loire.
Deux visites qui ont permis de saisir, très concrètement, les liens historiques, économiques et naturels qui unissent ce territoire à la Loire. Un fleuve pas comme les autres : le Val de Loire, entre Sully-sur-Loire et Chalonnes-sur-Loire, est inscrit depuis l'an 2000 au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Des alliances inédites entre chercheurs, artistes et habitants
Au-delà des frontières professionnelles, c'est bien une nouvelle façon de travailler ensemble qui se dessine, à l'échelle française comme européenne. Face à l'urgence environnementale et sociale, des filières longtemps restées séparées apprennent à dialoguer pour construire une recherche-action plus efficace. Programmes de recherche inter-universitaires, jumeaux numériques, « parlements de Loire » ou « de Creuse », résidences d'artistes : les outils se multiplient pour accompagner les projets sur le terrain.
Les sciences comportementales, elles aussi, viennent nourrir cette réflexion. Elles permettent d'inventer de nouvelles manières de reconnecter les habitants aux zones humides, fleuves, rivières, marais, dont dépend la survie de nombreuses espèces. À Toulouse, des ateliers d'écologie politique proposent même une formation dédiée aux élus. Une « science citoyenne » qui ne s'adresse plus seulement aux experts, mais à tous : enfants, adultes, spécialistes ou simples curieux.
Ralentir pour mieux comprendre
Au fil des échanges, un mot est revenu comme un fil rouge : ralentir. Loin de l'injonction à un progrès toujours plus rapide, prendre le temps d'observer l'eau permettrait de mieux en saisir la fragilité, la résilience et les multiples visages, solide, liquide, souterraine, en surface. Un potentiel qui n'est pas seulement utilitaire, mais aussi poétique, esthétique.
Signe de ce basculement des mentalités : partout dans le monde, l'eau cesse progressivement d'être considérée comme un simple objet à exploiter. Elle devient, dans certains cas, un véritable sujet de droit, doté d'une identité juridique propre.
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