L'église Sainte-Bernadette du Banlay à Nevers ouvre ses portes après un an de travaux. Cette architecture singulière, faite de coques de béton emboitées, marque le paysage neversois de son empreinte. Manifeste de l'architecture brutaliste, sa restauration a mobilisé des corps de métier différents qui ont du apprendre aussi à restaurer ce matériau contemporain qu'est le béton.
Une église contemporaine au cœur de Nevers
Construite entre 1964 et 1966, l’église Sainte-Bernadette du Banlay se trouve au cœur du nouveau quartier du Banlay. Le concours d’architecture est lancé en 1963 à l’initiative de l’évêque de Nevers Monseigneur Vial et du curé de la paroisse, l’abbé Bourgoin, pour la construction d’une église adaptée aux nouveaux usages de l’époque. Les architectes Claude Parent et Paul Virilio, membres du groupe Architecture Principe, remportent le concours avec un projet d’église entièrement en béton. Cédée à la ville de Nevers pour un franc symbolique en 1991, l’église est classée au titre des monuments historiques en 2000, du vivant des architectes.
Manifeste de l’architecture brutaliste, l’église Sainte-Bernadette se compose de deux coques en béton armé emboitées, lui donnant un aspect austère volontairement proche de l’architecture des bunkers du mur de l’Atlantique. L’intérieur, conçu pour évoquer la grotte de Lourdes, présente un plan original en hexagone irrégulier. Le rez-de-chaussée est fractionné en deux niveaux accueillant l’un la salle de réunion et la salle de catéchisme, l’autre la chapelle de semaine, les fonts baptismaux, la sacristie et le hall d’accueil. L’étage est dédié à la nef et au chœur autour d’un lanternon central. Les deux plans inclinés de la nef illustrent le principe de la fonction oblique, théorisée par les architectes.
Les vitraux de la nef ont été réalisés par Odette Ducarre selon un dessin abstrait de lignes courbes en nuances de rouge. Le mobilier liturgique, majoritairement en pierre volcanique d’Auvergne, est l’œuvre de Morice Lipsi.
Une restauration d’envergure
En 2020, une étude sur le bâtiment et son état de conservation est réalisée par l’architecte en chef des monuments historiques (ACMH), Daniel Lefevre (Lympia architecture). Elle est accompagnée d’une étude des bétons faite par Sherlock Patrimoine. Elles ont permis le diagnostic des pathologies des bétons, avec l’expertise également sollicitée du Laboratoire de recherche des monuments historiques. Le laboratoire a joué un rôle de conseil et de suivi dans l’élaboration de la méthodologie de restauration de ce matériau particulier.
Ce type de chantier de restauration contribue ainsi au maintien des savoir-faire dans les entreprises, mais aussi à leur perfectionnement et à des innovations techniques pour ces matériaux nouveaux dans la conservation du patrimoine.
Engagée par la ville de Nevers sous la maîtrise d’œuvre d’Agnès Sourd Tanzi (Atelier du Roseau d’Or), architecte du patrimoine, la restauration de l’église a débuté en 2025 pour s’achever à l’automne 2026. Les travaux ont consisté en une reprise complète de l’étanchéité de la toiture, en une restauration des parements intérieurs et extérieurs en béton armé, ainsi que des menuiseries et vitraux de l’édifice. Certains vitraux, qui avait été détruits et remplacés par des vitrages simples, ont pu être restitués sur la base de photographies anciennes retrouvées. Ainsi, l’ensemble des vitraux est rétabli tel qu’il était à l’origine.
L’État a financé un peu plus de 40 % du coût total de ces travaux.
Inauguration de l’œuvre Tobrouk
Le 24 octobre, l’œuvre Tobrouk d’Anne Houel a été inaugurée. Prêtée par l’artiste à la ville de Nevers, l’œuvre a été installée sur le parvis de l’église.
Tobrouk est une sculpture monolithique qui modélise l’espace intérieur d’un bunker individuel. Conçue dans le cadre du programme Mondes nouveaux du ministère de la Culture en 2022, cette œuvre était présentée sur la plage de Ouistreham Riva-Bella, où elle faisait écho au mur de l’Atlantique. Cette œuvre fait référence aux recherches de Paul Virilio.
Partager la page


