L'archéologie ne doit pas être un refuge face aux incertitudes du présent, mais une ressource pour penser le monde qui vient. À quoi sert le passé quand tout s'accélère ? À retrouver des racines, à conforter des identités, à marquer les mémoires ? Ou à mieux comprendre le présent pour envisager l'avenir ? C'est à cette dernière lecture que Dominique Garcia a invité le public guadeloupéen dans le cadre du cycle de conférences organisé par la préfecture de Guadeloupe #SurLesAilesDuPapillon. Pensez les enjeux de demain.
Des racines aux rhizomes
Le conférencier a d'abord questionné la notion de « racines », qui renvoie à l'origine, à l'appartenance, à la continuité. Or l'archéologie révèle rarement une histoire linéaire. Elle montre des sociétés en mouvement, où les populations se déplacent, les techniques circulent, les échanges se développent, les paysages se transforment et les cultures se rencontrent. Il propose la métaphore du rhizome plutôt que celle de la racine pour penser l'archéologie : le passé n'est pas un bloc immobile, il est fait de changements, d'adaptations et de recompositions.
Des repères plutôt que des recettes
D'où sa préférence pour le mot « repère ». Un repère permet de se situer sans imposer de direction. Les sciences du passé ne proposent pas de solutions toutes faites aux problèmes contemporains, mais elles montrent que d'autres sociétés ont vécu autrement, en expérimentant d'autres façons d'habiter, de produire, d'échanger ou de gérer leurs ressources. Le passé ne dit pas ce que nous devons faire : il élargit le champ de ce que nous pouvons imaginer.
Un territoire élargi : de l'archéologie préventive à l'espace
La conférence s'est appuyée sur des exemples de fouilles menées par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Dominique Garcia a rappelé le cadre créé par la loi de 2001 sur l'archéologie préventive et la création de l'Inrap en 2002. Chaque année, dans l'Hexagone et les Outre-mer, environ 700 km² sont concernés par des travaux d'aménagement (routes, constructions…) susceptibles de faire disparaître des vestiges. Sous l'autorité des préfets de région, les directions des affaires culturelles et leurs services régionaux de l'archéologie détectent et étudient ces sites, de la Préhistoire aux Temps modernes.
L'horizon pourrait s'élargir encore : satellites, équipements abandonnés et débris orbitaux témoignent déjà de l'entrée de l'humanité dans un nouvel environnement. Cette archéologie du contemporain pose une question vertigineuse : que laisserons-nous derrière nous ?
Une connaissance à partager
Pour Dominique Garcia, cette connaissance n'a de sens que si elle n'est pas réservée aux spécialistes et s'ouvre au grand public. Une découverte peut transformer le regard porté sur un territoire, une ville, un village ou un paysage, et rappeler que les lieux que nous habitons sont le produit d'une longue succession de transformations, que l'on y soit né ou non. Partager ces savoirs, c'est aussi faire entendre la pluralité des expériences humaines : le passé n'est pas celui d'une identité unique et immuable, mais celui de rencontres, de circulations, de métissages, de conflits et de changements.
Une science du futur ?
En conclusion, l'opposition entre racines et repères déplace le curseur : les racines peuvent enfermer lorsqu'elles deviennent un récit exclusif des origines, tandis que les repères aident à se situer dans la complexité et à continuer d'avancer. L'archéologie ne prédit pas l'avenir, mais elle rappelle que ce qui existe aujourd'hui n'est pas nécessairement ce qui existera demain. La vocation de l'archéologie est de donner à chacun la profondeur de champ nécessaire pour construire son propre chemin.
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