Voix emblématique du rap français, Calbony M'BANI, dit Calbo, s’est éteint le 4 janvier 2026. Cofondateur, avec son frère Lino, du groupe Ärsenik, il laisse le souvenir d’un artiste dont la voix grave et la plume aiguisée ont profondément marqué l’histoire de la musique française.
Né à Villiers-le-Bel en 1973, Calbo avait fondé, en 1991, avec son frère, le groupe Ärsenik. Alors que le rap français cherchait encore sa légitimité artistique, le duo s’était imposé par une approche singulière, posant les bases d’une véritable école d’écriture. En 1998, leur premier album, Quelques gouttes suffisent…, avait fait l’effet d’une onde de choc. Certifié double disque d’or dès 1999, il était définitivement entré dans l’histoire du rap français. Des titres comme Boxe avec les mots ou Shaolin / 6ème Chaudron avaient révélé la virtuosité du groupe et leur amour de la langue française, maniant rimes multisyllabiques et métaphores sans jamais perdre leur ancrage dans le réel.
Membre du collectif Secteur Ä, Ärsenik avait participé, en mai 1998, à deux concerts historiques à l’Olympia, organisés pour célébrer le 150ᵉ anniversaire de l’abolition de l’esclavage, affirmant ainsi la dimension politique qui traversait leur œuvre. Calbo s’était également investi au sein du collectif Bisso Na Bisso, témoignant de son attachement à la valorisation des musiques africaines et au dialogue entre les cultures.
Au-delà de la musique, Calbo avait incarné une certaine idée du rap : celle d’un art engagé, lucide et sans concession. Profondément convaincu de l’importance de la transmission, il avait créé, en 2020, l’association Özer. Il avait parcouru la France pour animer des ateliers d’écriture auprès des jeunes, dans les quartiers comme en milieu carcéral, contribuant à créer du lien social autant qu’à susciter des vocations.
Avec Ärsenik, Calbo avait ouvert la voie à toute une génération d’artistes, démontrant que l’exigence littéraire et l’authenticité pouvaient se renforcer mutuellement. Par son refus des compromis et sa générosité, il aura contribué à faire du rap un genre artistique à part entière. Sa voix et ses textes demeureront, pour toute une génération, une source d’inspiration, de rigueur et d’engagement.
J’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille, à son frère Lino, à ses proches, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté du rap français, qui perd l’un de ses piliers.
Rachida DATI
Ministre de la Culture