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Date limite
Objectifs du numéro
Au sortir des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024, force était de constater que l’événement avait suscité un engouement populaire inédit, mêlant rare sentiment d’unité, fierté nationale et dialogue international bien au-delà des seuls amateurs des disciplines sportives représentées. Cette ferveur, vécue à la fois comme un moment de communion et de fête, a rapidement laissé place à une forme de nostalgie collective. Les parties prenantes des JOP de Paris 2024 avaient néanmoins cherché à combler ce fossé entre la dimension éphémère de l’événement et la permanence de son héritage, en particulier patrimonial. Comment ces Jeux ont-ils contribué à redéfinir les contours du patrimoine français, tant matériel qu’immatériel ?
Présentation du sujet
Le succès des Jeux fut nourri par la forte mobilisation du secteur culturel dans sa diversité. Créations architecturales, collectes d’archives, valorisations patrimoniales, programmations culturelles (expositions, arts vivants), fêtes et cérémonies, riches en symboles et en émotions, sont indissociables de l’événement et participent du patrimoine sportif français. L’Olympiade culturelle, initiée dès 2022 par le Comité d’organisation des JOP (COJOP) avec l’appui du ministère de la Culture, a permis de concevoir et de fédérer des milliers de projets labellisés à travers le pays, de l’Île-de-France à la Polynésie, de la collecte à la conservation en passant par la création. Pour la première fois, le Comité d’organisation a inscrit les compétitions et les festivités dans des sites patrimoniaux non sportifs des territoires français métropolitains comme ultramarins (Grand Palais, Concorde, Versailles, Seine, port de Marseille, Teahupo'o, etc.). La Seine–Saint-Denis, principale bénéficiaire des nouvelles infrastructures olympiques, a profité de l’événement pour consolider le dynamisme de ses stratégies urbaines et culturelles. Ces choix ont permis de valoriser le patrimoine sportif en tant que patrimoine matériel, mais aussi vivant, et de faire dialoguer sport et culture dans des cadres symboliques forts.
L’obtention des JOP a en effet souligné que le patrimoine sportif était imparfaitement connu ou représenté dans les institutions patrimoniales. Nous proposons d’examiner les processus de reconnaissance patrimoniale suscités, directement ou indirectement, par les Jeux. Comment s’opère la patrimonialisation d’objets, d’espaces, mais aussi d’usages et de mémoires, souvent indissociables de leur contexte d’expérience ? Ces questionnements rejoignent une réflexion plus large sur la « sportivation » de lieux ou de pratiques redécouverts à l’occasion d’événements d’envergure, à l’image de la reconnaissance au patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco de la yole martiniquaise et des savoir-faire qui lui sont associés.
L’événement sportif génère lui-même de nouveaux patrimoines : objets sportifs, affiches, programmes, photographies, enregistrements audiovisuels, récits et témoignages. Les souvenirs des Jeux, fixés sur les supports médiatiques ou encore à recueillir, patrimonialisent ce moment de l’histoire collective et individuelle. Autant de traces matérielles et immatérielles d’un héritage souvent populaire mais encore méconnu. S’esquisse alors un patrimoine en devenir, nourri de pratiques contemporaines.
Les Jeux s’inscrivent ainsi dans deux temporalités : celle, fugace, de l’événement lui-même, et celles, au long cours, de sa préparation et de son héritage. En 2020, face à la désaffection des villes candidates, la « nouvelle norme » du Comité international olympique (CIO) laissait aux villes hôtes davantage de marges de manœuvre pour imaginer un projet durable et à leur image. Paris 2024 identifia ses priorités, encourageant la pratique sportive, l’inclusion sous toutes ses formes (jeunesse, parité, handicap, territoires, identités), le dialogue entre sport et culture, l’innovation et la responsabilité sociale et environnementale. Le plan Héritage de l’État fut conçu dans ce cadre pour prolonger l’impact matériel et immatériel des Jeux au-delà de l’événement. Ce numéro interrogera ainsi les effets des JOP sur les liens entre patrimoines et politiques publiques.
Enfin, les Jeux s’insèrent dans des circulations internationales, des perspectives diachroniques et des comparaisons entre différentes approches du patrimoine. Que nous apprennent les expériences passées (Londres 2012, Tokyo 2020) et quels enseignements retirer de Paris 2024 pour les prochaines Olympiades (Milan-Cortina 2026, Los Angeles 2028, Alpes françaises 2030, Brisbane 2032) ?
Thèmes proposés
Axe 1 – Projet olympique et état des lieux des patrimoines sportifs avant Paris 2024
La première protection d’un stade en France date de 1975, mais juste avant les JOP de 2024, il restait difficile d’inscrire et de protéger ce patrimoine face aux besoins des sportifs et aux réserves de certains propriétaires. À partir des années 1980, la création d’expositions et de nouvelles collections confirme l’intérêt des institutions muséales pour l’archéologie du sport et la collecte d’objets mobiliers liés au sport– tout à la fois témoignage d’une technique et vecteur symbolique d’une pratique, d’une victoire, d’un champion ou de l’attachement à un club et à des sociabilités. De précédentes éditions olympiques, en particulier Grenoble, Albertville ou Londres, avaient aussi révélé les enjeux de préservation et de patrimonialisation de lieux, d’objets ou de mémoires sportives. Les JOP de 2024 ont-ils été source de reconnaissance, d’impulsion ou de politique dédiée de protection, de valorisation et de création du patrimoine sportif par les actions du ministère de la Culture et de ses services déconcentrés, par les collectivités territoriales et les autres parties prenantes ? Nous proposons la date butoir indicative de 2020 afin de laisser la place dans l’axe 2 à l’analyse de projets du plan Héritage (lancé en 2019) et de l’Olympiade culturelle (2022-2024).
- Quelle place les patrimoines sportifs occupaient-ils au tournant de 2020 dans les politiques patrimoniales (opérateurs publics en général, acteurs patrimoniaux en particulier), qu’il s’agisse d’études, de conservation ou de valorisation ?
- Quel est l’impact de l’obtention et de la préparation des Jeux sur la connaissance, les politiques et les perceptions des patrimoines sportifs ?
- Comment le volet « Héritage » de l’événement sportif est-il anticipé par les acteurs du sport (associations sportives, athlètes, etc.) ou par la société civile ?
Axe 2 – Le temps de l’événement : les patrimoines en fête ?
La fabrique des patrimoines du sport et de l’olympisme, au prisme d’un grand événement international comme les Jeux, sera abordée du double point de vue des acteurs et des publics, en prenant en compte la volonté initiale de reconnaître, mais aussi de constituer, un héritage et de nouveaux patrimoines, notamment en Seine–Saint-Denis. On pourra analyser des territoires et des contextes patrimoniaux divers (Paris, Île-de-France, Marseille, Châteauroux, Tahiti, etc.). Dans quelles histoires et quels récits s’inscrivent les démarches de patrimonialisations alors engagées ?
Seront abordées les questions suivantes, sans éluder l’analyse critique :
- Quel rôle ont joué les acteurs de Paris 2024 dans le volet culturel des JOP : secteur sportif ; COJO ; État ; collectivités territoriales ; institutions culturelles ; aménageurs ; etc. ?
- Comment les JOP ont-ils fait évoluer la connaissance et les pratiques associées aux patrimoines sportifs ?
- L’Olympiade culturelle a-t-elle atteint ses objectifs de faire dialoguer sport, valeurs olympiques et culture ?
- Les Jeux ont-ils conduit un nouveau public vers le patrimoine ? Les nombreuses épreuves sportives et festivités organisées dans des lieux patrimoniaux ont-elles modifié les regards ?
- Quels sont les effets des valorisations patrimoniales, des créations architecturales et des aménagements olympiques sur le paysage, l’identité et la composition d’un quartier ?
À titre d’exemple, on pourra analyser, au prisme des sciences humaines et sociales, les liens entre sites, territoires et programmation olympique ; les collectes (notamment la participation citoyenne à la Grande Collecte des archives du sport) ; les opérations de numérisation ; la patrimonialisation à l’échelle des territoires ; le rôle du spectacle vivant et des programmations festives (olympiade culturelle, zones de festivité, cérémonies). L’analyse de la mise en œuvre de ce type de projets peut être complétée dans un même article par l’analyse de leur héritage, en lien avec les problématiques de l’axe 3. Les projets qui se poursuivent post-événement JOP relèvent de l’axe 3.
Axe 3 – Héritages : premier bilan des JOP de Paris 2024
Cet axe s’intéressera au bilan des Jeux et aux évolutions qui se sont amorcées depuis. Le plan Héritage, formalisé dès 2019, a fait l’objet d’analyses à partir de 2025. Certaines de ses mesures n’ont pas abouti ou ont été abandonnées. D’autres continuent à répondre à des enjeux majeurs des politiques culturelles, en lien avec les priorités de Paris 2024 : aménagement durable, démocratisation, inclusion et transition. Cet axe interrogera les problématiques spécifiques du patrimoine sportif par rapport aux autres patrimoines : connaissance, conservation, appropriation, transmission. Les transformations liées à la crise environnementale confirment la nécessaire accélération du changement de paradigme olympique, dans la perspective des Alpes 2030.
- Les collectes, expositions et actions de valorisation menées par les musées, bibliothèques et archives ont-elles permis de préserver la mémoire populaire de pratiques souvent éloignées du format olympique ?
- Les Jeux ont-ils contribué à la création d’un patrimoine sportif pérenne (objets, monuments, archives, patrimoine immatériel, etc.), à étudier, à conserver, à transmettre et à valoriser ?
- Quelles études, protections et formations privilégier dans un contexte d’évolution de la perception du patrimoine du sport ?
- A-t-on vu perdurer de nouvelles pratiques : partenariats, programmations festives, médiations pour de nouveaux publics – sensibilisés in situ ou par les médias – et comment les fidéliser ?
- La distinction patrimoine matériel-patrimoine immatériel reste-t-elle opérante ?
- Qu’apportent les sciences participatives au patrimoine sportif ? Quelles sont les caractéristiques de cet engagement citoyen et quelle place le numérique peut-il y tenir ?
Cet axe proposera ainsi une approche réflexive, facilitée par le temps écoulé, sur les effets multiples des JOP sur les patrimoines et le rôle croissant accordé à la société civile et aux programmations festives dans la démarche de patrimonialisation du phénomène sportif, dans son appropriation et son pouvoir de représentation de communautés diverses. Il laissera aussi la place à un regard prospectif, en pensant notamment aux olympiades à venir, au regard des enseignements de Paris 2024.
Coordination scientifique
- Cécile Doustaly, professeure des universités (politiques culturelles comparées), directrice du master PICT (Projets Internationaux Cultures et Tourisme), UMR Héritages, CY Cergy Paris Université
- Marie Grasse, conservatrice en chef du patrimoine, directrice générale du Musée national du sport, Nice
- Sophie Lecointe, responsable du pôle Démocratisation et Action territoriale, Drac Nouvelle-Aquitaine
Propositions de contribution
Les articles proposés devront contenir une part inédite de recherche, d’hypothèse ou de mise à jour ; ils ne sauraient reprendre la totalité d’un article déjà paru. Il est souhaité qu’ils soient largement illustrés, y compris par des exemples sonores et/ou audiovisuels. Ils peuvent également accompagner un entretien vidéo dont vous serez l’auteur.
Si vous souhaitez contribuer à ce numéro, nous vous remercions d’envoyer avant le 15 avril 2026 un résumé de votre proposition de 1500 signes au maximum, ainsi qu’un court CV par courriel, intitulé « proposition IN SITU », à :
- insitu.patrimoines@culture.gouv.fr (Nathalie Meyer-Revue In Situ, ministère de la Culture, Direction générale des Patrimoines et de l’Architecture),
- en mettant en copie de votre envoi les coordinatrices scientifiques (Cécile Doustaly, Marie Grasse et Sophie Lecointe) à l’adresse suivante : HeritageJO_InSitu@cyu.fr
Les textes des articles correspondant aux propositions retenues sont attendus pour le 1er septembre 2026.
Vous pourrez rédiger votre article en français ou dans votre langue d’usage. Il sera publié dans sa version originale et dans sa traduction française. La taille des articles sera comprise entre 15 000 et 35 000 signes, espaces et notes comprises. Les recommandations aux auteurs concernant le nombre de pages ou d’images, les droits iconographiques, l’insertion de notes et de liens, etc., sont consultables sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/insitu/32424
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