« Quand on entre dans le camion, on entre dans un musée ! ». Dans le camion du MuMo, Darrell di Fiore, l’attaché de collections au Centre Pompidou, jette un dernier coup d’œil aux installations de la nouvelle exposition. Sur les quais des réserves du Centre Pompidou, le véhicule est prêt avant son départ pour une première escale en région PACA. Véritable œuvre d’art en soi, le camion est le fruit d’une collaboration entre l’architecte Isabel Hérault et l’artiste Krijn de Koning. À l’intérieur, la magie opère : ce musée recomposé, comme échappé des murs du Centre Pompidou, capte le regard. Entre Rouault, Chagall ou encore Matisse, « Pompidou Circus » nous plonge dans une expérience intime, à la croisée du réel et de l’illusion.
Une initiative qui s’adresse en particulier à la jeunesse et qui s’inscrit pleinement dans les engagements du ministère de la Culture sur la diffusion des œuvres et l’accès de tous les publics. « En faisant circuler les œuvres, ce ne sont pas les gens qui vont au musée, c’est le musée qui vient au public. Le rapport est inversé » confirme Ingrid Brochard, fondatrice du MuMo et directrice du développement des camions culturels. Depuis dix ans, la direction générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche (DGDCER) accompagne ses actions par une subvention nationale, un engagement des directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et la mobilisation des établissements publics, notamment celle du Centre Pompidou et, prochainement, du musée d’Orsay.
Entre prouesse technique et enchantement : le défi de « Pompidou Circus » au MuMo
Le cirque exposé au MuMo ? « Une évidence ! » pour Anne Lemonnier, commissaire de l’exposition, attachée de conservation au Centre Pompidou – Musée national d’art moderne. « Le MuMo, c’est comme une roulotte qui sillonne les petites routes de France. Cela m’a fait penser aux gens du voyage, au cirque itinérant qui a tant marqué Marc Chagall dans sa Russie d’enfance. », ajoute-t-elle. « Il est vrai qu’on appartient un peu au monde des forains ! » acquiesce Ingrid Brochard. Tout le monde est invité à venir au MuMo. Quand il arrive sur la place d’un village ou dans la cour d’une école, ça crée l’événement. On apporte de l’émerveillement, de l’enchantement, du questionnement. », précise-t-elle. MuMo et « Pompidou Circus » se confondent. Deux univers qui se répondent, intriguent, fascinent, interrogent.
Par ailleurs, le cirque, comme le décrit Anne Lemonnier, est un sujet majeur de l’art moderne, l’art des avant-gardes du début du XXe siècle, tant il touche de nombreux artistes à travers une diversité de médiums. En parcourant les œuvres, le visiteur est touché par le regard parfois empreint de mélancolie que portaient les artistes sur le cirque : Marc Chagall, Georges Rouault ou encore Edouard Boubat. La commissaire le décrit : « il y avait au début du XXe siècle une grande proximité entre les artistes de l’art moderne et ce monde des artistes forains, des artistes ambulants. C’est une thématique qui est ludique, colorée, spectaculaire et enchanteresse, mais aussi très mélancolique. On est dans une certaine lignée poétique : quand Chagall dessine ce portrait du clown pensif, il se place à la suite d’Apollinaire et avant lui de Baudelaire, qui ont été fascinés par les gens du voyage, par les saltimbanques. » Peintures, photographies, dessins et nouveaux médias trouvent ainsi leur place pour illustrer ce foisonnement artistique. Une sélection d’œuvres qui s’est avérée complexe au regard des contraintes de l’espace, comme l’explique Ingrid Brochart : « ce qui est intéressant pour les commissaires d’exposition, quand ils travaillent au musée mobile, c’est de penser l’exposition par rapport à un espace et ses contraintes techniques de déploiement et de conservation, par rapport à la fragilité des œuvres aussi. Peuvent-elles prendre la route, même si les architectes ont conçu des parois anti-vibratiles ? » Des questionnements qui traduisent une véritable prouesse technique quand on découvre l’exposition. Loin de la limiter, la contrainte de l’espace contribue à l’efficacité de la scénographie. Et la démonstration est très convaincante. Le MuMo et le Centre Pompidou parviennent tous deux à offrir un double voyage fascinant : un parcours intime dans le monde, envoûtant, des artistes modernes révélé par l’univers, enchanteur, du cirque.
Une médiation pensée pour le jeune public : « Le plus beau retour, c’est quand les enfants reviennent avec leurs parents »
Ici, pas de parcours imposé : les œuvres de « Pompidou Circus » ne sont pas seulement alignées sur un mur, elles s’animent et communiquent avec le public. Chaque espace du camion, chaque couleur, sont pensés pour susciter le dialogue et l’engagement du public. Anne Lemonnier explique la particularité de la médiation autour de l’exposition : « Le cirque est un thème qui parle très simplement et facilement à tous les publics. Devant les gouaches découpées de Matisse, on est invité à regarder la pure beauté des couleurs et à s’en enchanter. Quant aux personnages représentés, clowns, acrobates, animaux, ils sont eux-mêmes de passeurs, qui nous entraînent au cœur des œuvres ! « L’athlète forain » de Camille Bombois, œuvre emblématique de l’exposition, nous parle très directement. J’imagine un enfant face à lui : le dialogue se crée immédiatement. » Le MuMo, qui peut accueillir jusqu’à 100 personnes par jour, organise la médiation de l’exposition, qui s’adresse en particulier au jeune public. Pour accompagner la visite, des ateliers et des outils pédagogiques sont conçus par les équipes du Centre Pompidou et réalisés par les médiateurs du MuMo. Un axe majeur de l’action du musée mobile qui traduit la volonté d’aller au-delà de la simple visite : « on suscite la pratique artistique chez les jeunes. » insiste Ingrid Brochard. « Les enfants réalisent des dessins ou des petites sculptures. Leurs productions sont même parfois exposées chez les commerçants. » Une manière, selon elle, de tisser un lien avec le territoire et de marquer une empreinte culturelle : « il est vrai qu’il y a un côté très éphémère. Donc nous mettons en place des collaborations avec les DRAC, avec les musées du territoire pour proposer de continuer ce parcours d’éducation artistique et culturelle. » Un pari réussi pour la créatrice du MuMo, témoin de l’évolution de cette médiation auprès des jeunes et de leur perception de l’art. Ces derniers jouent ainsi plusieurs rôles. De spectateurs, ils deviennent médiateurs, comme elle l’observe : « Le plus beau retour, c’est quand les enfants reviennent avec leurs parents. Ils deviennent eux-mêmes médiateurs, ils leur expliquent les œuvres. Très souvent, les parents nous disent qu’ils n’osent pas aller dans les musées, des barrières sont ressenties. Donc nous sommes très heureux de voir les enfants échanger autour de l’art, avec leurs parents. »
Le MuMo et le Centre Pompidou : une ambition commune pour le rayonnement du patrimoine culturel
Le MuMo, imaginé par Ingrid Brochard en 2011, s’est depuis imposé comme un acteur incontournable de l’art itinérant et de la démocratisation culturelle. Pensé comme un véritable lieu de vie, le camion-musée s’installe le temps de quelques jours sur une place, dans une école, un Ehpad. En 2020, le MuMo renforce cette ambition grâce au partenariat avec le Centre Pompidou, dont la diffusion de l’art contemporain est au cœur de son action : « La démocratisation fait partie de l’ADN du Centre Pompidou tout en restant à la pointe de la recherche, de la découverte de nouveaux artistes, de nouvelles manières de faire de l’art aujourd’hui. C’est un équilibre parfois difficile à tenir, mais cela nous tient très à cœur. », souligne Anne Lemonnier. Rester le plus ouvert possible à la découverte tout en transmettant l’histoire : avec « Pompidou Circus », le MuMo devient un prolongement du musée. Il est l’un des dispositifs qui permet à l’institution de maintenir le lien avec le public pendant sa fermeture jusqu’en 2030. « Le MuMo est plus que jamais dans l’esprit de l’opération menée pendant ces années de fermeture, que le président du Centre, Laurent Le Bon, appelle « Constellation », c’est-à-dire diffuser les œuvres, faire rayonner la collection du Musée national d’art moderne. C’est notre patrimoine, il appartient aux citoyens, et se rapprocher des citoyens en parcourant ces routes, c’est tout à fait dans l’esprit de la « Constellation », ajoute-t-elle. Une initiative qui fait donc écho à celle du MuMo, conçu pour rendre accessible l’art contemporain aux publics les plus éloignés. Ingrid Brochard s’est elle-même inspirée de son expérience personnelle : « Quand j’étais petite, j’attendais le bibliobus. Je me suis dit pourquoi pas s’en inspirer pour les œuvres d’art. Ce n’est pas forcément inné de pousser la porte d’un musée, d’une galerie, qui peuvent être impressionnants. Donc j’avais envie de faire venir le musée au public. »
Pour toucher ce public, les villes de moins de 3 000 habitants et les quartiers prioritaires de la politique de la ville sont concernés. Le rapport à l’art est différent d’un public à l’autre, en fonction de son histoire, comme l’explique Ingrid Brochart : « Parfois, des gens nous racontent leur vie par rapport à une œuvre parce qu’elle va déclencher quelque chose chez eux. J’aime bien cette phrase de Robert Filliou qui dit que l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. J’ai l’impression que c’est un peu ce qui se passe au MuMo. » La rencontre avec l’art se réinvente : elle devient vivante, singulière, accessible. Telle est la promesse, tenue, de cette collaboration entre le MuMo et le Centre Pompidou.
Et si le Centre Pompidou et le MuMo venaient à vous ?
Ecoles rurales, quartiers prioritaires de la politique de la ville… le MuMo sillonne le territoire à la rencontre de tous les publics.
Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) :
- Du 07 au 11/04 : Valensole et Manosque - Durance Luberon Verdon Agglomération (04)
- Du 13 au 17/04 : Castellane et Annot en coopération avec la Maison Nature & Patrimoines (04)
- Du 20 au 24/04 : Breil-sur-Roya et Sospel (06)
- Du 25 au 30/04 : Jausiers, Barcelonnette et La Bréole dans la Vallée de l’Ubaye en coopération avec le Frac SUD et le centre d’art de Jausiers (04) - Inauguration régionale le samedi 25/04 à Jausiers
- Du 04 au 08 ou 09/05 : Seyne et Digne-les-Bains dans la Provence Alpes Agglomération (04)
- Du 18 au 22/05 : La Roquette sur Siagne et Saint-Cézaire-sur-Siagne (06), en collaboration avec Piste d’Azur – Centre Régional des Arts du Cirque
- Du 26 au 30/05 : Carros (06)
- Du 01 au 05/06 : Provence Verdon (83)
- Du 08 au 12/06 : Golfe de Saint-Tropez (83)
- Du 15 au 19/06 : Sault (84)
- Du 22 au 26/06 : Guillestre et commune dans le Oueyras, en collaboration avec l’association Bienvenue là-haut (05)
- Du 29/06 au 03/07 : Levens et Puget-Théniers (06)
- Du 13 au 17/07 : Brignoles et commune dans la Provence Verte (83)
- Les 25-26/07 : Marseille – Étape au Parc Chanot (13)
- Du 27/07 au 07/08 : Marseille (13)
Centre-Val de Loire :
- Du 07 21/08 : Gien (45)
- Du 24 au 28/08 : Pithiviers (45)
- Du 07 au 11/09 : Tours (37)
- Du 14 au 18/09 : La Chatre-Sainte-Sévère (36)
- Du 28/09 au 02/10 : Bourges (18)
- Du 05 au 09/10 : Berry Grand Sud (18)
- Du 12 au 16/1O : TER du Dunois (18)
- Du 19 au 23/10 : Vierzon (18)
- Du 16 au 20/11 : Dreux-Vernouillet (28)
- Du 23 au 27/11 : Vouvray (37)
- Du 30/11 au 04/12 : Paris-Saclay (91)
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