Préserver un témoin rare de l'architecture en bois de Basse-Terre : c'est l'enjeu de la maison de l'historien Auguste Lacour, inscrite aux titres des monuments historiques par arrêté préfectoral du 27 avril 2016. Le 19 septembre 2026 a marqué une étape importante avec la remise, dans le cadre de la 9ème édition du Loto du patrimoine, d'un chèque de la mission patrimoine de soutien à ce chantier.
Un geste qui vient couronner un accompagnement financier déjà acté par une convention en octobre 2025 avec la direction des affaires culturelles de Guadeloupe, et qui témoigne de l'attention portée à ce patrimoine en bois, si caractéristique et si fragile du bâti basse-terrien.
Au 4, rue de l'Historien Lacour, au cœur du quartier Saint-François de Basse-Terre, se dresse une maison qui raconte une histoire mouvementée. Construite en 1845 par Louis Lavau, elle devient en 1867 propriété d'Auguste Lacour, conseiller honoraire à la cour impériale et historien de la Guadeloupe et, auteur d'une monumentale Histoire de la Guadeloupe en quatre tomes. Né à Basse-Terre en 1805, Lacour acquiert en 1867 cette maison qu'il décrit comme "son ermitage", après avoir perdu cinq de ses enfants, dont sa fille Louise emportée par le choléra en 1865. Il n'y vivra que deux ans.
Restée dans la famille Lacour jusqu'à la faillite des héritiers en 1927, la maison est finalement acquise en 1940 par Yvette Pitat, sage-femme, qui installe dans l'annexe voisine une « maison de naissance ». C'est là, précisément, que naît en 1951 son neveu Jean-Claude Pitat, actuel propriétaire et maître d'ouvrage des travaux. Un attachement personnel explique la détermination de ce dernier à restaurer l'édifice, resté sans entretien depuis près de quarante ans.
Une architecture rare, entre cour et jardin
La maison, illustre un type d'habitat aujourd'hui exceptionnel à Basse-Terre : entièrement en bois, en rez-de-chaussée surélevé sur un vide sanitaire maçonné, avec un galetas aménagé sous une toiture à demi-croupes percée de lucarnes. La galerie qui borde la façade avant, la grille en fer forgé ponctuée de piliers en briques jaunes surmontés de lions en terre cuite, ainsi que les pots Médicis qui couronnent les angles, forment un ensemble décoratif rare en Guadeloupe.
Un chantier d’ampleur, fidèle à l’histoire
Débuté en février 2026 pour un achèvement prévu en mai 2027, le chantier dont le coût global atteint presque 2 millions €, a nécessité une déconstruction en raison de l'état sanitaire très dégradé de l'édifice. Cette étape a néanmoins permis la découverte de l'escalier d’accès d'origine desservant l'entrée, jusque-là masqué par une galerie plus tardive datant des années 1940. Les vestiges de l'aménagement hydraulique, en particulier un bassin en pierre ovale, comptent également parmi les rares témoins de ce type encore conservés à Basse-Terre.
Fidèle à l'esprit du lieu, le maître d'ouvrage a fait le choix de restituer les dispositions d'origine plutôt que l'état connu avant travaux : l'escalier retrouvera sa place resserrée sur l'entrée, la galerie sera restaurée sur toute la façade, mais les terrasses qui l'entouraient ne seront pas reconstruites — un changement visuel assumé, au service de la fidélité historique.
Autre défi : le bois. Si la volonté de n'employer que des essences locales était forte, l’absence de certification CE et de classification selon la norme permettant d’employer le Mahogany pour la structure a contraint la maîtrise d’ouvrage à se tourner vers des bois importés de Guyane. Ces bois seront assemblés selon des méthodes rigoureusement identiques à celles d'origine.
Gageons qu'en mai 2027, ce chantier s'achèvera avec succès et que la maison Lacour retrouvera sa place au cœur de Basse-Terre.
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