Chaque année, le ministère de la Culture décerne le label Exposition d'intérêt national à une sélection d'expositions répondant à des critères d'excellence, présentées en région par des musées de France. Qualité scientifique, caractère innovant des actions de médiation, accessibilité à tous les publics, c'est précisément à ces exigences que répond pleinement « Fidji 1838, face à face ».
La politique culturelle de proximité est une priorité de la Drac Centre-Val de Loire (ministère de la Culture). En encourageant des projets ambitieux, au cœur des territoires et au plus près des citoyens, le label Exposition d'intérêt national illustre le rôle déterminant que jouent les musées de France et les collectivités territoriales qui les gèrent dans la mise en œuvre des politiques de recherche, de diffusion artistique et d'élargissement des publics.
La DRAC Centre-Val de Loire, dont l'avis a été « très favorable », a accordé son soutien financier, en cohérence avec le Projet Scientifique et Culturel (PSC) du musée validé par l'État le 8 juillet 2024. L'État accompagne par ailleurs en investissement le chantier des collections démarré en 2023, témoignant d'un engagement global et durable aux côtés de la Ville de Chartres.
La genèse : un trésor océanien enfoui dans les collections chartraines
L'exposition trouve son origine dans un fonds exceptionnel conservé depuis 1970 au musée des Beaux-Arts : le fonds Bouge. Emma Quille, veuve du gouverneur honoraire Louis Joseph Bouge (1878-1960), a légué à la Ville les collections océaniennes de son époux, rassemblées au fil de sa carrière dans la France d'Outre-mer. Trois grands ensembles le composent, conchyliologie, ethnographie et bibliophilie, faisant du musée de Chartres l'un des détenteurs des fonds documentaires les plus importants de France sur le Pacifique.
C'est en travaillant à l'écriture d'un nouveau Projet Scientifique et Culturel (PSC) que la Ville a redécouvert toute la richesse de cet ensemble. Les dessins d'Ernest Goupil et la plupart des objets qui composent l'exposition n'ont jamais été publiés. Ils sont pourtant essentiels pour la connaissance des arts des îles Fidji au XIXe siècle. À l'occasion de l'exposition, ces œuvres ont fait l'objet d'une restauration approfondie afin d'offrir au public une expérience visuelle optimale.
Comme le résume Grégoire Hallé, directeur du musée des Beaux-Arts de Chartres : « Notre but avec cette exposition est de mettre en lumière la richesse du fonds que nous conservons, et de partager au public un moment clé de l'histoire fidjienne, grâce à des œuvres et objets d'importance majeure pour les îles Fidji en 1838. »
1838 : un instantané inédit d'un archipel en mutation
Le 13 octobre 1838, le navigateur Jules Dumont d'Urville aborde les îles Fidji à bord de l'Astrolabe, accompagné d'une seconde corvette, la Zélée. Ce séjour de deux semaines se déroule à un moment charnière : l'archipel est en pleine transformation politique et sociale, à la veille des bouleversements qui le feront basculer dans l'ère coloniale.
L'artiste embarqué Ernest Goupil (1814-1840) immortalise ces quelques jours avec une sensibilité remarquable. Ses dessins, portraits, paysages, architectures, pirogues, scènes de vie quotidienne, composent une mosaïque d'une finesse inouïe. On y reconnaît des figures historiques majeures, parmi lesquelles Tanoa Visawaqa, le puissant chef de guerre de Bau, dont l'influence allait durablement marquer l'histoire de l'archipel. Parmi les lieux représentés figure aussi Levuka, qui deviendra quelques années plus tard la première capitale des îles Fidji et figure aujourd'hui sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Un face à face entre deux visions de l'histoire
L'exposition s'articule autour de quatre grandes thématiques, dans un dialogue entre les dessins de Goupil et des objets fidjiens d'exception issus des collections muséales françaises et internationales :
La religion ouvre le parcours dans la chapelle du musée, avec notamment un temple miniature (bure kalou) entièrement réalisé en fibres de coco, prêté par le musée du Quai Branly – Jacques Chirac. Ce lieu chargé d'histoire impose d'emblée une interrogation sur la façon d'aborder le sacré.
La politique et le pouvoir évoquent les grands changements qui secouent Fidji à cette époque, à travers les figures de haut rang que Goupil a croquées sur le vif.
Les femmes sont omniprésentes dans les dessins de Goupil. Elles restent pourtant les grandes oubliées des récits historiques. L'exposition révèle leurs savoir-faire exceptionnels à travers des œuvres tressées et des pièces textiles d'une grande sophistication.
L'ethos masculin complète ce tableau en déployant les activités, les arts et les identités masculines tels que les a saisis l'artiste.
Un partenariat d'envergure, inédit au niveau national
Ce projet est le fruit d'une coopération scientifique internationale sans précédent. En juin 2025, le musée des Beaux-Arts de Chartres a signé une convention de partenariat avec le musée du Quai Branly – Jacques Chirac, qui apporte près de 50 œuvres et un commissariat scientifique associé. Le musée des Confluences de Lyon et le musée national d'Irlande contribuent également par des prêts exceptionnels. Le Fiji Museum de Suva accueillera quant à lui sa propre version de l'exposition, et l'ambassade de France à Fidji a apporté un soutien primordial à l'ensemble du projet.
La voix fidjienne au cœur de l'exposition
L'exposition ne se contente pas de regarder le passé : elle lui donne une résonance contemporaine. Les événements d'octobre 1838 continuent de vivre dans la mémoire collective fidjienne, transmis de génération en génération à travers la tradition orale, le talanoa. En réponse aux mots des navigateurs français, le poète et co-commissaire Samson Verma, Fidjien vivant en France, a composé des textes originaux et deux œuvres contemporaines en forme de patchwork, illustrant la rencontre entre traditions fidjiennes et matériaux d'aujourd'hui.
Une médiation pensée pour tous les publics
Pensée pour être accessible au plus grand nombre, l'exposition propose une médiation adaptée à tous les âges. Les enfants sont guidés par un fil conducteur original : une chauve-souris roussette, animal emblématique des Fidji. Des podcasts bilingues (français/anglais) permettront d'approfondir certains sujets liés à la culture fidjienne et à l'histoire des voyages d'exploration. Un catalogue de 104 pages, richement illustré, accompagne l'exposition. Une riche programmation partenariale (concerts, conférences, visites guidées) est prévue tout au long des quatre mois.
Informations pratiques Musée des Beaux-Arts de Chartres
29, cloître Notre-Dame, 28000 Chartres
Exposition du 4 avril au 2 août 2026
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