Le 15 avril 2019, les flammes qui ont ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris ont profondément ébranlé la France et le monde entier. Au-delà du choc émotionnel, cet incendie a mis en lumière une réalité préoccupante : les grandes cathédrales françaises n'étaient pas toutes dotées de plans opérationnels permettant de protéger efficacement leurs trésors en cas de sinistre.
En réponse, le ministère de la Culture a considérablement accéléré la mise en place des Plans de sauvegarde des biens culturels (PSBC) dans les édifices patrimoniaux les plus emblématiques. Ces documents opérationnels, élaborés en étroite concertation avec les Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), définissent avec précision les priorités d'intervention, les protocoles d'évacuation des œuvres et l'organisation des équipes en cas de crise. Ils nécessitent cependant d'être régulièrement mis à jour et, surtout, testés dans des conditions proches de la réalité.
L'an dernier, plusieurs départs de feu ont été signalés dans des églises de la région : à Pontlevoy (Loir-et-Cher), La Châtre (Indre) et Pocé-sur-Cisse (Indre-et-Loire). Des rappels douloureux que le risque n'est jamais écarté.
Un plan de sauvegarde élaboré en concertation
À Blois, le Plans de sauvegarde des biens culturels de la cathédrale Saint-Louis a été élaboré à partir de 2020 par la Conservation régionale des monuments historiques, avec l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine, l’affectataire (principalement le curé de la cathédrale) et le SDIS du Loir-et-Cher, particulièrement investi dans la protection du patrimoine.
Le plan a été conçu en tenant compte d'une contrainte majeure propre aux cathédrales : la plupart des œuvres qu'elles abritent sont monumentales, et donc impossibles à évacuer rapidement. Quinze œuvres prioritaires ont ainsi été répertoriées à la cathédrale Saint-Louis, chacune faisant l'objet d'une procédure spécifique selon sa taille et sa fragilité.
Le scénario : un incendie dans l’orgue de chœur
Pour ce premier exercice grandeur nature, un scénario réaliste a été imaginé conjointement par la CRMH et le SDIS 41 : un départ de feu d'origine électrique dans l’orgue de chœur.
« Nous intervenions à la suite d’un départ fictif de feu d'origine électrique dans l'orgue et considérant que le feu ayant déjà été éteint à notre arrivée. Sur les lieux, le chef de groupe utilise le plan indiquant où se trouvent les œuvres et la méthodologie à suivre, pour les protéger ou les évacuer selon leur taille », explique le commandant Michaël Adler, chef du centre de secours principal de Blois nord, qui supervisait l'opération.
L'exercice était délibérément centré sur la préservation des œuvres plutôt que sur l'extinction des flammes. Guidés par Christophe Niedziocha, Conservateur des monuments historiques à la CRMH, les soldats du feu ont mis en œuvre les procédures définies dans le Plans de sauvegarde des biens culturels : déploiement de bâches de protection stockées à l'intérieur de la cathédrale, chacune taillée aux dimensions de l'œuvre à couvrir, et déplacement des chandeliers vers une zone de repli.
Du côté de l'Unité départementale de l'architecture et du patrimoine (UDAP), Régis Carbonié-Suils, architecte des Bâtiments de France et conservateur de la cathédrale, a assuré la coordination entre les différents acteurs mobilisés. Il insiste sur la dimension collective de cet exercice : « C'est une mission qui s'exerce en binôme. Je suis épaulé par Karine Grandemenge, technicienne des Bâtiments de France, à qui cette mission a été confiée et qui est un pilier de la gestion quotidienne de la cathédrale. »
Des résultats encourageants, des axes d'amélioration identifiés
Le bilan de l'exercice est globalement positif. Comme le résume Christophe Niedziocha : « L'objectif était de voir de façon pratique comment le plan se mettait en œuvre, et d’améliorer certains points, notamment l’appropriation du document, et l’identification du matériel. Il était essentiel également de voir avec les pompiers comment manipuler correctement des objets fragiles. D’où l’intérêt de mettre en place cet exercice dans des conditions simulées pour être efficace, tout en espérant que l’épreuve n’arrive jamais. »
Plusieurs procédures ont fonctionné de manière satisfaisante, certaines même plus rapidement que prévu, notamment le déplacement des chandeliers. Des points de vigilance ont néanmoins été identifiés : une difficulté d’accès au parvis (parking), et les premières minutes ont révélé des hésitations dans la lecture du document de sauvegarde. Dans des conditions réelles, avec le stress et la pression du temps, chaque seconde compte, le plan doit pouvoir être mis en œuvre le plus rapidement possible. A la suite, un échange est prévu avec le SDIS pour améliorer au mieux le document et l’identification du matériel stocké.
Étendre la démarche aux autres grands monuments du Loir-et-Cher
Au-delà de la cathédrale, cet exercice s'inscrit dans une ambition plus large portée par la DRAC. Christophe Niedziocha résume l'enjeu : « L’État (DRAC) s’efforce d’être pilote sur les monuments nationaux, et particulièrement les cathédrales, dont il a la charge. A l’échelle blésoise, une mission est confiée ainsi à Maël de Quelen, architecte en chef des monuments historiques, sur l’amélioration de la sécurité incendie de l’édifice. L’étape d’après propre au plan de sauvegarde des œuvres, c'est inciter et accompagner au mieux ce travail sur les autres monuments protégés, dotés d’ensembles mobiliers importants. »
Le Loir-et-Cher compte en effet de nombreux monuments historiques dont beaucoup ne disposent pas encore de plan de sauvegarde des œuvres opérationnel. L'exercice blésois, riche d'enseignements, devrait contribuer à accélérer leur déploiement.
Pour Régis Carbonié-Suils, cela s'inscrit pleinement dans la mission quotidienne des Bâtiments de France en faveur de la conservation des Monuments Historiques, en parallèle des missions d’urbanisme patrimonial et de promotion d’un cadre de vie de qualité : « C'est vraiment une mission qui se conjugue entre conservation du monument et réponse aux enjeux de sécurité. C’est jongler, avec un budget restreint comme partout ailleurs, entre à la fois les travaux d’entretien, considérables sur un bâtiment de cet ampleur, ouvert tous les jours au public, et destiné au culte et à la culture (suivre les dallages et sols, traiter les nuisibles et invasifs, réparer les cloches, purger les façades des éléments détériorés) et les interventions de plus grande ampleur, au service de la sécurité, de la sûreté ou de la restauration du bâtiment. »
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