En lançant le Lexicosports, un lexique français, anglais, italien des sports olympiques et paralympiques, les ministères de la Culture (délégation générale à la langue française et aux langues de France) et des Sports de la Jeunesse et de la vie associative (Délégation Ministérielle à la Francophonie sportive) ont souhaité montrer que le sport, en plus d'être une activité physique et parfois une compétition, est aussi une affaire de langage.
Comprenant 3 985 termes, son objectif est de faciliter la communication entre athlètes et journalistes et la compréhension des compétitions par les publics francophones, anglophones et italophones, tout en promouvant la présence du français aux Jeux olympiques, conformément à la Charte olympique. Cette publication s’inscrit dans la dynamique formidable de terminologie des Jeux olympiques de Paris, dans une perspective de promotion du plurilinguisme.
Un soin particulier a été apporté à la féminisation des noms de pratiquantes des sports au programme des JO et de toutes les personnes qui interviennent dans le cadre des compétitions car la parité et l’égale visibilité des femmes et des hommes dans la pratique du sport passe par des ressources lexicales adaptées. Paul de Sinety, délégué général à la langue française et aux langues de France au ministère de la Culture, répond à nos questions.
Le sport poursuit sa féminisation. En est-il de même de la langue française ?
La féminisation de la langue française est davantage une question de pratique que de transformation. Notre langue dispose déjà de noms au féminin et de règles qui permettent de forger aisément ceux qui manqueraient. L’État a été exemplaire. D’abord, avec la commande du Premier ministre à l’Institut national de la langue française d’un « Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions », intitulé « Femme, j’écris ton nom… », édité en 1999, qui fait toujours référence dans toute la Francophonie. L’Académie française a suivi l’État dans le rapport qu’elle a adopté le 28 février 2019.
Et l’État l’applique dans les textes – il suffit de regarder Légifrance – et dans les annonces d’emploi.
Enfin, la Commission d’enrichissement de la langue française, dont le ministère de la Culture – la délégation générale à la langue française et aux langues de France – coordonne les travaux, est très attentive à recommander systématiquement des noms féminins et masculins chaque fois qu’une activité nouvelle est abordée.
Cela a évidemment toujours été le cas à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024 et, maintenant, pour les Jeux d’hiver qui débutent en Italie. Nous sommes déjà prêts pour les Jeux de 2030 !
Est-ce que l’ensemble du lexique sportif a pu trouver un équivalent féminin ?
Dans le lexique trilingue français-anglais-italien édité pour les Jeux olympiques de Turin en 2006, la forme féminine apparaissait seulement pour deux termes « skieur » et « sportif » ! Alors que ce lexique contient près de 300 noms de pratiquants de sports d’hiver et de nombreux intervenants dans les compétitions.
Pour l’édition 2026, la DGLFLF a proposé sans aucune difficulté des équivalents féminins pour tous ces noms. Il suffisait de les écrire noir sur blanc. Les règles de formation du féminin sont simples et sans difficulté.
Beaucoup de noms sont déjà en usage à l’oral et à l’écrit, on les trouve dans la plupart des dictionnaires d’usage du français, mais ils sont trop souvent absents de la réglementation ou de la documentation des fédérations sportives.
La DGLFLF a donc invité la Commission d’enrichissement et son groupe d’experts de terminologie du sport à recommander au Journal officiel 22 noms de pratiquants et pratiquantes de sports, des plus récents – « paracurleuse » et « paracurleur » pour celles et ceux qui pratiquent le curling en fauteuil, aux plus classiques – « hockeyeuse » et « hockeyeur » ou « fondeuse » et « fondeur ».
Une fois publiés au Journal officiel, ces termes deviennent d’emploi obligatoire pour les administrations et leurs agents. Un coup de pouce indispensable.
En quoi la langue est-elle le moteur de ces évolutions ?
La langue peut être vue comme un vecteur de revendications. Divers groupes sociaux exercent chacun à leur manière une forme de pouvoir sur la langue. Ainsi, des militants défendent diverses causes à travers des mots, des néologismes.
Mais elle est aussi et avant tout le « liant » de la nation, un puissant facteur d’inclusion et de cohésion sociale. Nommer les choses, les situations, les rôles, c’est les rendre plus concrets, c’est les faire exister aux yeux de l’ensemble de nos concitoyens.
Bien sûr, des championnes donnent l’exemple, mais l’existence d’un terme féminin peut aussi inciter une jeune fille à se dire : « ce sport est pour moi ».
Lexicosports, comment ça marche ?
Pour utiliser le Lexicosports, il suffit de naviguer dans l’application qui réunit 3 985 entrées en trois langues : français, anglais, italien, auxquelles s’ajoute l’allemand pour les intitulés des épreuves au programme de Milan Cortina. Les termes sont répartis en 30 sections, couvrant 18 disciplines olympiques et 7 disciplines paralympiques. Enfin, pour garantir une prononciation correcte des mots du lexique, TV5 Monde a produit une vidéo explicative.
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