Camille Claudel était-elle vraiment la seule femme sculptrice de son temps ? L'exposition « Au temps de Camille Claudel, être sculptrice à Paris » vient battre en brèche cette idée reçue. Présentée au musée des Beaux-Arts de Tours, elle révèle l'existence d'un véritable réseau de sculptrices qui, autour de 1900, ont bravé les obstacles liés à leur condition pour s'illustrer dans un domaine réservé aux hommes.
Charlotte Besnard, Marie Cazin, Madeleine Jouvray, Jessie Lipscomb, Agnès de Frumerie, Anna Bass, Jane Poupelet... Ces noms, longtemps effacés de l'histoire de l'art, reprennent aujourd'hui leur juste place. Françaises ou étrangères, souvent filles ou épouses d'artistes, ces femmes ont été les camarades d'atelier, les amies ou parfois les rivales de Camille Claudel.
La reconnaissance par le label « exposition d'intérêt national », décerné par le ministère de la Culture, témoigne de l'importance scientifique et patrimoniale de ce projet. Ce label s'accompagne d'un soutien financier de l'État, permettant au musée des Beaux-Arts de Tours de réunir près de 90 œuvres provenant de collections nationales et internationales. Sculptures, portraits peints ou photographiés, correspondances : ces prêts exceptionnels redonnent vie à l'entourage artistique féminin de Camille Claudel, depuis ses débuts dans le Paris cosmopolite des années 1880 jusqu'à son internement en 1913.
L'aide de l'État permet également d'assurer les conditions optimales de conservation et de présentation de ces œuvres fragiles, dont certaines n'avaient jamais été exposées au public. Ce dispositif garantit aussi l'accessibilité de l'exposition au plus grand nombre, avec un programme de médiation culturelle enrichi.
L'exposition en collaboration avec le musée Camille Claudel et le musée de Pont-Aven, s'articule en quatre temps. Elle explore d'abord les stratégies déployées par ces pionnières pour accéder à la formation artistique malgré leur exclusion de l'École des Beaux-Arts. Elle reconstitue ensuite le compagnonnage artistique vécu par Claudel à l'Académie Colarossi, cette alternative moderne où elle étudia aux côtés de jeunes femmes françaises, britanniques et scandinaves. La troisième section aborde les relations complexes entre ces sculptrices et Auguste Rodin, entre transmission, influence et désir d'émancipation. Enfin, l'exposition se clôt sur l'après-Rodin, période où Claudel et ses contemporaines cherchèrent à se libérer de l'emprise du maître.
Un projet de recherche collectif
Cette exposition s'inscrit dans le sillage des travaux pionniers d'Anne Rivière, qui depuis les années 1980 œuvre à la reconnaissance des sculptrices de la Belle Époque. Elle s'appuie également sur les recherches d'une nouvelle génération de chercheuses, dont les thèses ont permis d'éclairer les stratégies de carrière et les conditions de formation de ces artistes.
Ce panorama, bien que non exhaustif, souligne combien l'histoire de l'art repose sur un effort collectif, associant étroitement recherche universitaire et diffusion par les musées. Les musées de Nogent-sur-Seine, Tours et Pont-Aven, réunis autour de ce projet, se font ici les relais essentiels de cette recherche en mouvement. En confrontant leurs collections, leurs approches et leurs publics, ils montrent que les musées ne sont pas seulement les lieux de la mémoire mais aussi des espaces de questionnement, de pédagogie, de transmission et d'engagement. Dans la lignée de leur programmation respective et à travers ce partenariat, ils affirment leur rôle actif dans la reconnaissance des artistes femmes et dans la valorisation d'un patrimoine longtemps négligé. Comme toute exposition, « Au temps de Camille Claudel, être sculptrice à Paris » résulte de choix assumés : ici, celui de mettre en lumière le réseau artistique féminin qui entoura Camille Claudel au fil de sa trajectoire, depuis son apprentissage dans le Paris de la fin du 19e siècle jusqu'à son internement en 1913.
Grâce à de nombreux partenariats, la programmation diversifiée permet à tous les publics de (re)découvrir les collections de manière savante ou ludique, en s'appropriant la recherche menée par les commissaires ou en rencontrant des experts, artistes et historiens de l'art (conférences, Nuit européenne des musées le 23 mai 2026, journée d'étude le 12 avril 2026, Visiteurs du soir une fois par mois de 19h à 21h, ateliers de pratique artistique ou visites théâtralisées etc).
Informations pratiques
Au temps de Camille Claudel, être sculptrice à Paris
Du 31 janvier au 1er juin 2025
Musée des Beaux-Arts de Tours
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