Les grandes baies des deux bras de transept de la cathédrale de Bayeux, fragilisées depuis une tempête survenue en 1760, font aujourd’hui l’objet d’une création contemporaine de vitraux, confiée à Véronique Joumard, dans le cadre du dispositif de la commande publique artistique porté par le ministère de la Culture. A mi-parcours du projet, une rencontre avec l’artiste était organisée le 26 septembre 2022, à Bayeux.

Conférence de presse

Suite à la réalisation effective des deux premières tranches des travaux, l’objectif de la conférence de presse du 26 septembre 2022 était de maintenir la communication autour de ce projet majeur de création artistique contemporaine. Elle regroupait ainsi toutes les parties prenantes à ce projet (artistes, artisans, partenaires institutionnels, médias), autour, de la projection d’un projet de documentaire sur l’œuvre, au cinéma Le Méliès de Bayeux ; et, d’une conférence de presse en contrebas de l’œuvre, dans le transept de la cathédrale.

L’installation d’une telle œuvre suppose effectivement le déploiement de plusieurs chantiers parallèles (de maçonnerie, de création de remplages, de restauration des baies sud et nord) et mobilise un grand nombre d’artisans.

La relation quasiment dialectique entre le secteur du patrimoine monumental et celui de la création artistique dans un tel endroit est exemplaire.

L’artiste Véronique Joumard nous parle du projet ( Vidéo en lien sur l'image ) :

 

Une commande publique à la cathédrale de Bayeux

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Ce grand édifice roman érigé au XIe siècle, la « cathédrale de Guillaume », chef-d'œuvre de la Normandie ducale, se révèle être dès le XIIe siècle un laboratoire de l’introduction du style gothique en France. Classée en totalité au titre des monuments historiques en 1862, la cathédrale a bénéficié de plusieurs programmes successifs de restauration durant ces trente dernières années. Les toitures du chevet, du déambulatoire, de la nef ont ainsi pu être reprises, le beffroi, la bibliothèque du chapitre, plusieurs balustrades et autres maçonneries hautes ont également été restaurés. Les grandes baies des deux bras de transept étaient, quant à elles, demeurées en état de réparation, à la suite de la tempête de 1760 qui avait vu disparaître les créations originelles des maîtres verriers. Ces huit grandes baies font aujourd’hui l’objet d’une création contemporaine de vitraux, confiée à Véronique Joumard, dans le cadre du dispositif de la commande publique artistique porté par le ministère de la Culture.

Cette procédure est une volonté de l’Etat et des partenaires multiples qui l’accompagnent (Conseil régional de Normandie, Conseil départemental du Calvados, Mairie de Bayeux) de contribuer à l’enrichissement du cadre de vie et du développement du patrimoine national par la présence d’œuvres d’art en dehors des institutions spécialisées dans le domaine de l’art contemporain.

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La lumière au cœur de la création

De tout temps, les huit baies du transept ont produit dans la cathédrale, une lumière à la fois pâle et crue au cœur de la croisée. Cette lumière blanche éclaire et révèle naturellement la splendeur de l'architecture intérieure, au point de singulariser l'édifice pour les visiteurs qui s'y sont habitués. Sa perception rompt avec la cohérence des différentes ambiances lumineuses et colorées de la nef au chœur, et avec l'unité habituellement recherchée dans les espaces intérieurs d'une cathédrale.

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Dans l’édifice, la Paix fait l'objet d'une thématique spirituelle toute particulière. Suite aux événements qui ont marqué le territoire normand en 1944 et qui ont annoncé la fin de la Seconde guerre mondiale, il est apparu que cette valeur fraternelle méritait ici une attention proportionnelle à sa dimension universelle. Et le travail sur la lumière pouvait aussi à cet endroit prendre tout son sens.

L’idée force de la conception des vitraux pour les huit baies du transept est donc de jouer des qualités optiques de prismes de verre intégrés dans le verre clair des vitraux. Leur présence, par le truchement de la lumière naturelle et du passage du soleil, provoque de multiples tâches colorées à l’intérieur de la cathédrale, en préservant la transparence et la clarté de l’ambiance lumineuse connue au cœur de la croisée.

Après plusieurs recherches et essais avec différentes formes et qualités de prisme, il s’est avéré que c’est la forme du cristal, dont la taille rappelle celle des diamants, qui produit le meilleur effet. Ses facettes nombreuses réfractent les rayons lumineux en dissociant la lumière selon la longueur d’onde des différentes couleurs qui la composent, et créent ainsi de multiples arcs en ciel mobiles, du sol au plafond de la croisée. La forte teneur en oxyde de plomb du cristal lui donne ses qualités de réfraction et sa grande transparence, le cristal irise la lumière qui le traverse.

Le cristal est littéralement serti, à l’aide de baguettes métalliques renforcées, dans le verre « antique cathédrale » légèrement bullé, légèrement grisé de la baie. Chaque cristal se trouve à la croisée de deux lignes, l’une verticale, l’autre horizontale. Situés de façon aléatoire à différents endroits de chacune des baies, les cristaux composent, telle une partition, un dessin rythmé que l’on pourrait qualifier de musical.

En écho à ce premier principe qui compose les deux tiers bas de chaque baie, le tiers haut utilise des verres dichroïques. Fabriqués par fusions multiples de différents métaux (titane, chrome, d'aluminium, de zirconium, de magnésium ou de silicium), ces verres dichroïques créent à leur tour des couleurs et des reflets divers, réfléchissants, selon l'angle de vue.

Ainsi, évoquant à nouveau le dessin des facettes du cristal, les tympans hauts et autres polylobes sont composés de triangles de couleurs changeantes, choisies pour chacune des baies en fonction de leur orientation au soleil. Selon l’angle de vue et la lumière extérieure, là encore, les couleurs viendront à se transformer.

Aussi la recherche sur la lumière, sur l'ambiance lumineuse, la couleur, leur articulation sensible dans les espaces intérieurs, ont guidé le souhait d'une intervention artistique contemporaine, pour la création de vitraux dans le transept de la cathédrale.

S'inscrivant dans un paysage historique, cultuel, culturel et esthétique particulier, cette intervention accompagne ici la mise en valeur de ce patrimoine architectural et spirituel. Elle a vocation à produire dans ce contexte, au sein de cet édifice mais aussi de la cité, une perspective culturelle et artistique nouvelle en direction de tous les publics.

Ce projet pour la cathédrale Notre-Dame de Bayeux s’avère parfaitement novateur tant sur le plan esthétique que sur le plan technique de la mise en œuvre. Il réunit les qualités d'une véritable réussite artistique et d'une promesse sensible faite à tous les visiteurs.